Lunaisons
Lunaisons est composée de sculptures et dessins qui évoquent les mesures du temps, celles de la lune et des astres comme celles visibles grâce aux plantes et aux animaux. Les saisons, les périodes de croissance et de latence des végétaux rythment notre monde depuis la nuit des temps et pour cette exposition au Village d’Artiste de Rablay-sur-Layon, je me suis intéressée aux cultures des sols et aux regards portés vers le ciel.
Les matériaux constituant les sculptures ont été glanés ces derniers mois dans de vieux hangars, des greniers, d’autres ont été récoltés sur des terrains sauvages, des bordures d’habitations, des friches. Il y des graines de chardons, qui soignent les terres abîmés, des Lunaria Annua, qui nous rappellent l’astre nocturne, et des pissenlits, petits soleils jaunes des gazons. Il y a aussi des piquets de clôture, une baratte, une planche à lessive„ ces objets quotidiens parlent d’une époque révolue mais pourtant très proche, celle d’avant la modernisation de nos sociétés, une époque où la ressource, la matière, les cycles étaient pensés différemment. Ici, ils deviennent support de temps, disent de longues durées, celles de leurs utilisations répétés, mois après mois comme celle de leurs permanences à travers les générations.
Des draps se couvrent de constellations pour rappeler l’importance du ciel nocturne dans la mesure du temps. Certaines étoiles, par leur disparition et leur réapparition à certain moment de l’année, indiquaient les moissons ou les semis, le retour de l’abondance ou le repos hivernal.
L’exposition est organisée en quatre salles, la Salle du soleil et des étoiles, la Salle de la lune et des plantes, la Salle des décennies et des souvenirs des rivages et la Salle des infinis. Cette organisation joue de l’architecture du lieu d’exposition : en accentuant les ambiances colorées liées à la position des fenêtres, (au nord lumière froide, Salle de la Lune, au sud, lumière chaude, Salle du soleil), ou du passage du soleil (projection d’étoile le matin pour la salle des infinis). Chaque salle regroupe un ensemble de pièce évoquant un chapitre de nos rapport au temps, et propose une promenade entre le sol et le ciel, entre des symboles, des signes et des matériaux qui relient ces deux univers.
Vue de la salle du soleil et des étoiles
Les 7 sœurs est le nom ancien de la constellation des Pléiades. Chaque étoile était une des filles d’Atlas et de Pléioné.
Cette constellation est très représentée depuis la Préhistoire, elle semble selon les scientifiques, avoir été un repère temporel très important, et ce dans beaucoup de civilisations sur toute la surface de globe. De la Polynésie à Babylone son apparition ou sa disparition indiquait le temps des moissons et le temps de l’abondance, ou au contraire le temps du repos hivernal.Les astres ont servis de repères temporels depuis la nuit des temps. L’apparition de l’agriculture a ajouté ce lien entre culture des sols et astres.
Baratte dorée à la feuille d'or, 2026
Baratte, feuille d'or, 40 x 40 x 30 cm
Bois-soleil, 2025
morceau de meuble ancien, paille de blé, colle, 70 x 40 x15 cm
Sablier, 2018
Pierre de Tuffeau de l'Abbaye de Fontevraud déposée lors de travaux de rénovation, dimensions variables
Lors de mes études à l’école des Beaux-arts d’Angers, nous avons fait une exposition à l’Abbaye de Fontevraud, nous avions alors pu récupéré des pierres jetées lors de travaux de rénovation .Ce Tuffeau provient de ce bâtiment séculaire. Elle devient un sablier : le sable vient du cône creusé dans la pierre.
Sirius, 2026
drap de lin, fils à broderie, pissenlits, 300 x 280 cm.
Sirius est l’étoile la plus brillante du ciel nocturne. Chez les égyptiens anciens elle apparaissait dans le ciel au moment exact de la crue du Nil, ce qui marquait le début de leur année. Elle apparaissait rouge dans ces première lueurs au dessus de l’horizon, puis devenait blanche lorsque qu’elle s’en éloignait.
Vue de la salle de la lune et des plantes
Les lessives, 2026
planche à lessive, étain, 80 x 30 x 5 cm.
Quand je l’ai gravé, elle sentait le savon. Elle garde des souvenirs de draps, de mains, des mouvements, des sensations d’eau du lavoir en granit à Magoar, à côté de la statue de bois polychrome. Elle a compté des jours, des nuits, des peines, des saisons.
Chaque demi-sphère gravée est une nuit, les Pleines Lunes courent sur la surface, et sont représentées par des billes d’étain fondu.
Grand drap, 2025
drap, coquilles d'huîtres sauvage, colle , 400 x 300 x 10 cm
Passage, 2026
Miroir en train de devenir vitre, anciennes feuilles d'argent, 120 x 42 cm
Dans l’Abîme, poème concluant La légende des siècles, Victor Hugo déploie une mise en abîme de l’univers. La voie lactée dit alors «Je suis la forêt des constellations. C’est moi qui suis l’amas de yeux et des rayons, l’épaisseur inouïe et morne des lumières.»
Vue de la salle des infinis
Bronze fondu et patiné par Sandra Walle, atelier d’art de centre