Gabrielle
Herveet

MÀJ . 10.07.2026

Lunaisons

Exposition personnelle au Village d'Artiste de Rablay-sur-Layon, 2026
Bourse de recherche, de création et d'exposition « Prenez l'Art ! » du département du Maine et Loire

Lunaisons est composée de sculptures et dessins qui évoquent les mesures du temps, celles de la lune et des astres comme celles visibles grâce aux plantes et aux animaux. Les saisons, les périodes de croissance et de latence des végétaux rythment notre monde depuis la nuit des temps et pour cette exposition au Village d’Artiste de Rablay-sur-Layon, je me suis intéressée aux cultures des sols et aux regards portés vers le ciel.

Les matériaux constituant les sculptures ont été glanés ces derniers mois dans de vieux hangars, des greniers, d’autres ont été récoltés sur des terrains sauvages, des bordures d’habitations, des friches. Il y des graines de chardons, qui soignent les terres abîmés, des Lunaria Annua, qui nous rappellent l’astre nocturne, et des pissenlits, petits soleils jaunes des gazons. Il y a aussi des piquets de clôture, une baratte, une planche à lessive„ ces objets quotidiens parlent d’une époque révolue mais pourtant très proche, celle d’avant la modernisation de nos sociétés, une époque où la ressource, la matière, les cycles étaient pensés différemment. Ici, ils deviennent support de temps, disent de longues durées, celles de leurs utilisations répétés, mois après mois comme celle de leurs permanences à travers les générations.

Des draps se couvrent de constellations pour rappeler l’importance du ciel nocturne dans la mesure du temps. Certaines étoiles, par leur disparition et leur réapparition à certain moment de l’année, indiquaient les moissons ou les semis, le retour de l’abondance ou le repos hivernal.

L’exposition est organisée en quatre salles, la Salle du soleil et des étoiles, la Salle de la lune et des plantes, la Salle des décennies et des souvenirs des rivages et la Salle des infinis. Cette organisation joue de l’architecture du lieu d’exposition : en accentuant les ambiances colorées liées à la position des fenêtres, (au nord lumière froide, Salle de la Lune, au sud, lumière chaude, Salle du soleil), ou du passage du soleil (projection d’étoile le matin pour la salle des infinis). Chaque salle regroupe un ensemble de pièce évoquant un chapitre de nos rapport au temps, et propose une promenade entre le sol et le ciel, entre des symboles, des signes et des matériaux qui relient ces deux univers.

Vue de la salle du soleil et des étoiles

Peau de soleil, 2026
drap de lin, blé, colle, 230 x 200 cm
« Dans le crépuscule, j’ai glané dans un champ moissonné les derniers épis laissés après le passage des machines. Comme un reste de saison, un reste de printemps, les brins de paille sont des rayons de soleil transformés en végétaux. Sur un drap de lin ancien, usé, lui aussi produit d’une saison, j’ai cet hiver collé une à une les tiges de paille de ce dernier solstice. Alors peut être pourrions nous nous en couvrir. Se couvrir d’une saison, d’un temps de croissance, comme depuis des siècles et des siècles. »
Les 7 Sœurs, 2026
drap de lin, pissenlit séchés, 300 x 250 cm
Les fleurs reproduisent la constellation des Pléiades sur la surface du drap.
Les 7 sœurs est le nom ancien de la constellation des Pléiades. Chaque étoile était une des filles d’Atlas et de Pléioné.
Cette constellation est très représentée depuis la Préhistoire, elle semble selon les scientifiques, avoir été un repère temporel très important, et ce dans beaucoup de civilisations sur toute la surface de globe. De la Polynésie à Babylone son apparition ou sa disparition indiquait le temps des moissons et le temps de l’abondance, ou au contraire le temps du repos hivernal.Les astres ont servis de repères temporels depuis la nuit des temps. L’apparition de l’agriculture a ajouté ce lien entre culture des sols et astres.
Les Secondes, 2026
balancier d’horloge, fils de soie, graphite, 30 x 30 x 4 cm

Baratte dorée à la feuille d'or, 2026
Baratte, feuille d'or, 40 x 40 x 30 cm

Bois-soleil, 2025
morceau de meuble ancien, paille de blé, colle, 70 x 40 x15 cm

Sablier, 2018
Pierre de Tuffeau de l'Abbaye de Fontevraud déposée lors de travaux de rénovation, dimensions variables

Lors de mes études à l’école des Beaux-arts d’Angers, nous avons fait une exposition à l’Abbaye de Fontevraud, nous avions alors pu récupéré des pierres jetées lors de travaux de rénovation .Ce Tuffeau provient de ce bâtiment séculaire. Elle devient un sablier : le sable vient du cône creusé dans la pierre.

Le ciel autour du pôle nord céleste, 2024
graphite, papier, 50 x 50 cm
Le pôle nord céleste est le point immobile du ciel autour duquel les étoiles tournent chaque nuit. Du fait de la Précession des équinoxes, il décrit un cercle sur la voûte céleste en 25000 ans environ. Ainsi, le pôle nord céleste n’est pas un point fixe à travers le temps, on peut retrouver le ciel visible au Paléolithique en opérant des soustractions sur les portions du cercle. Ce dessin montre la partie du ciel autour du pôle nord céleste, et indique son déplacement au cours des millénaires.

Sirius, 2026
drap de lin, fils à broderie, pissenlits, 300 x 280 cm.

Sirius est l’étoile la plus brillante du ciel nocturne. Chez les égyptiens anciens elle apparaissait dans le ciel au moment exact de la crue du Nil, ce qui marquait le début de leur année. Elle apparaissait rouge dans ces première lueurs au dessus de l’horizon, puis devenait blanche lorsque qu’elle s’en éloignait.

Vue de la salle de la lune et des plantes

Les lessives, 2026
planche à lessive, étain, 80 x 30 x 5 cm.

Quand je l’ai gravé, elle sentait le savon. Elle garde des souvenirs de draps, de mains, des mouvements, des sensations d’eau du lavoir en granit à Magoar, à côté de la statue de bois polychrome. Elle a compté des jours, des nuits, des peines, des saisons.

Chaque demi-sphère gravée est une nuit, les Pleines Lunes courent sur la surface, et sont représentées par des billes d’étain fondu.

Grand drap, 2025
drap, coquilles d'huîtres sauvage, colle , 400 x 300 x 10 cm

Compter les nuit, 2026
Opercules de graines de Lunaria Anua, encre de chine, dimensions variables
Ces opercules de graines de monnaie des papes sont transformés en monnaie de temps, qui comptent les nuits et les phases de la lune.

Passage, 2026
Miroir en train de devenir vitre, anciennes feuilles d'argent, 120 x 42 cm

Vue de la salle des souvenirs de rivages et des dix dernières années
Décennie, 2025
drap de lin, graphite, 300 x 120 cm
Cette sculpture-calendrier représente les cycles de la lune de la décennie écoulée, elle commence en octobre 2015. Chaque nuit est représentée par un petit disque, les mois se succèdent en colonne et forme une surface géométrique. On peut voir ainsi les motifs cachés, sériels et répétitifs, qui sont latents à nos existences.
L’âge des nacres, 2025
couette de petit enfant, huîtres sauvages cousues, 300 x 200 x 15 cm
Les coquilles d’huîtres ont été ramassées sur l’estran. On peut lire leur âge par les cernes de croissance visibles sur leurs coquilles : comme pour les arbres, chaque saison chaude les marque. Les plus vieilles ont dix ans, les plus jeune quelques semaines. La surface de la sculpture devient une représentation du temps écoulé, des dix dernières années, les dix années d’existence partagé avec mon enfant.
L’amas des yeux et des rayons, 2024
graphite, papier, 30 x 100 cm
Reproduction et agrandissement en dessin d’une petite représentation de la voie lactée trouvée dans un ancien livre d’astronomie.
Dans l’Abîme, poème concluant La légende des siècles, Victor Hugo déploie une mise en abîme de l’univers. La voie lactée dit alors «Je suis la forêt des constellations. C’est moi qui suis l’amas de yeux et des rayons, l’épaisseur inouïe et morne des lumières.»

Vue de la salle des infinis

Voûte céleste de secours, 2020
draps brûlés selon l’Atlas de Messier, cartes astronomique des objets célestes non visibles à l’oeil nu
Le matin, ils projettent des étoiles en lumière de soleil dans la salle
Année, 2020
graphite sur papier, 80 x 40 cm
D’après Nebra, le ciel autour du pôle nord céleste, 2024
bronze doré à l’or fin, diamètre 22 cm
Bronze fondu et patiné par Sandra Walle, atelier d’art de centre
Le pôle nord céleste est le point immobile du ciel autour duquel les étoiles tournent chaque nuit. Du fait de la Précession des équinoxes, il décrit un cercle sur la voûte céleste en 25000 ans environ. Ainsi, le pôle nord céleste n’est pas un point fixe à travers le temps, on peut retrouver le ciel visible au Paléolithique en opérant des soustractions sur les portions du cercle. Le disque de Nebra est un artefact archéologique en bronze et or, daté du 2eme millénaire av.J-C. Il semblerait qu’il soit un objet donnant le rapport entre année lunaire et année solaire, en lien avec la constellation des Pléiades. J’ai pensé un bronze portant d’autres informations astronomiques : celles se rapportant aux déplacements du pôle nord céleste le long des millénaires.Les cercles dorés représentent les étoiles se trouvant autour dans cette région du ciel,(Polaris, Vega, Deneb…) et forment les constellations du Dragon, de la petite Ourse, du Cygne et de la Lyre.