Tristan
Deplus

UP . 10.06.2026

Riverside

2005-2011
Intervention urbaine collective, photographie et auto-édition

En 2005, dans l’enceinte de la gare de Saint-Quentin-en-Yvelines et à quelques mètres des quais, entre les voies ferrées et la route nationale 10, un petit groupe d’amis découvre un espace bétonné, abrité et laissé à l’abandon d’une superficie de 870m2. Ce qui semble être une ancienne zone de déchargement de camions est alors investi par une première action, consistant à bâtir par nous-même une courbe en béton après avoir dévalisé un chantier de travaux publiques dans un quartier voisin.

En référence à la rigole d’évacuation d’eau qui le traverse, le lieu est nommé Riverside, un nom imprégné d’une certaine mythologie propre à la culture skate, où l’usage d’anglicisme est courant. Un jour de pluie, trois policiers en civil de la BAC nous y contrôlent sous couvert d’un rassemblement suspect, à la recherche de produits stupéfiants. Ne trouvant rien, ils tentent de vérifier les identités en nous interrogeant chacun isolément. À ce moment, je m’aperçois que je ne connais ni les prénoms (et encore moins les noms de famille) de la moitié des personnes avec qui je passe toutes mes journées dehors : nous ne nous appelons que par des « blazes », des surnoms ou des pseudonymes.

En partant, un des agents se retourne vers nous et lance : « Pour vivre heureux, vivez cachés ». 
Ces mots sont les mêmes que ceux de mon arrière-grand-mère donnant un conseil à ma mère à l’orée de sa vie adulte, mais contrairement à nous, elle avait vécu deux guerres mondiales et une partie de sa vie sous l’occupation nazie dans le Nord de la France.
S’en suivent quelques chantiers sporadiques, notamment avec une seconde tentative d’appropriation plus large de l’espace et de nouvelles constructions en 2008. Ce sera finalement plus d’une tonne et demie de béton qui sera coulée, sans faire de bruit ni rien demander, mais avec beaucoup de joie, de complicité et d’apprentissage.

En 2010, suite à la décision d’un projet de transformation du quartier en vue de le rendre « plus accueillant et sécurisé », Riverside est rasé. C’est aujourd’hui une gare routière, qui n’est pas abritée des intempéries. Riverside était aussi un passage facile pour aller emprunter les voies ferrées et y découvrir toutes sortes de présences : des graffeurs en bande comme des campements de fortune… Bref, certaines choses que l’on ne peut apercevoir que furtivement une fois aspiré dans le RER. Des peintures y ornent presque tous les pans de murs : FLMST, RIZOT, 7FA7, LF… Une autre trace, sans aucune vocation esthétique, y est récurrente et repasse quotidiennement les autres inscriptions par un simple trait signé CAT, accronyme pour Cellule Anti-Tag.

Installation d’un accès PMR à la gare de SQY, photographie numérique issue du fonds d’archive Riverside, 2010
Photos : Tristan Deplus