Une réalité altérée
À partir d’iconographies ou d’éléments réels extraits du paysage et de l’intime, Gwenn Mérel représente une réalité altérée à travers le prisme du double, miroir d’une projection métaphorique qui pointe et interroge le postmodernisme comme symbole d’instabilité et de fugacité.
Elle exprime ce rapport antinomique en photographie ou en vidéo et en revisitant des techniques picturales et ancestrales comme le néo-impressionnisme et la broderie. Ses oeuvres transportent le spectateur dans un univers calme et serein aux accents poétiques et joyeux.
Cependant, derrière cette légèreté apparente, Gwenn Mérel impose un regard subtil et clairvoyant sur le monde.
Derrière l’esprit potache de Calendos, oeuvre semblable à un calendrier et qui compare la lune à un camembert, l’artiste renvoie l’homme à sa propre existence. La projection Sun in empty room représente une fenêtre dont la facture rappelle le peintre intimiste Pierre Bonnard. Réalisé sur diapositive, comme une volonté de croiser peinture et photographie, ce double projeté et isolé d’un intérieur domestique, évoque le nostalgique et l’inexorable passage des saisons.
La mélancolie s’empare également de Toupie, vidéo réalisée en 2013. Un couvercle en verre appartenant à un sucrier ou tout autre contenant suranné, tourne en boucle de la gauche vers la droite et projette son reflet déformé aux éclats flamboyants. Ce double étincelant apporte au couvercle une tout autre dimension. Il devient le joyau d’une époque révolue et merveilleuse, un objet de souvenir comme la si célèbre madeleine de Proust.
Il existe chez Gwenn Mérel cette capacité à représenter et questionner le monde à travers des oeuvres compendieuses. Elle va à l’essentiel et utilise des dispositifs simples mais efficaces et concis. Au bord de l’eau comme De l’autre côté du miroir, les propositions plastiques sont limpides mais engagent le spectateur dans des réflexions complexes autour de l’absence et du double. De même que les oeuvres plus récentes Points de vue et Icy assemblent la ripvière de la Villaigne et Isle, qui représentent en broderie le panorama d’un paysage et une miniature du XVIe siècle, invitent le public à s’interroger sur l’aspect historico-touristique et commercial de la communication patrimoniale.
David Chevrier, 2017