Tristan
Deplus

UP . 10.06.2026

Les ronronnements de l'HP

Résidence de recherche-création avec l'antenne îlot-R, 2021

“Ici aussi, le lo-fi résiste à l’accélération vertigineuse d’un constant ravalement qui, en rendant toute surface brillante et scintillante de propreté, nous interdit de nous situer dans le déroulement du temps. Jouir de la crasse, c’est s’insérer dans la réalité du temps qui passe (et qui salit fatalement tout ce qui est né propre et que l’on ne nettoie pas constamment). Nos centres-villes aseptisés nient à la fois leur ancrage dans un certain lieu (logos, vitrines, designs des chaînes se ressemblent partout) et dans un certain temps (ils paraissent toujours neufs). Ils veulent donner en tout l’impression de l’immédiat : les produits sortent juste de l’usine (sans avoir eu le temps d’être manipulés, donc salis), ils émanent directement du designer (sans avoir eu le temps de se démoder). Faire voir et faire entendre la crasse, c’est faire sentir le temps, qui défraîchit tout sur son passage.”

Rudy Dario et Citton Yves, « Le lo-fi : épaissir la médiation pour intensifier la relation », Ecologie & politique, 2014/1 N°48, p. 109-124.

Fruit d’un assemblage collectif, la petite sono DIY de l’antenne Îlot-R s’est transformée en studio improvisé où se mélangent amplis à faux contacts, hauts-parleurs à nu, platines tremblantes sous le poids des basses, nuées de câbles entremêlés dans les contrôleurs, micros aux « larcins » insaisissables… 

En passant une porte de service et en traversant des sous-sols aux allures de warpzone, nous y avons croisé, pêle-mêle, le Diable Dégoutant & Fiesta en el vacio, les émissaires du Ruff a Dub Soundsystem, l’ambassadeur du studio Roll’n’Record, la prolifique bande du Jam’n’Joy Soundsystem, l’opératrice Diane lors d’une permanence de l’agence de voyage du Télétour du Monde, Jaune Sun et son contrôleur numérique, Nino & Pipo avec les bras chargés des trésors de Groove Rennes, Wilhlem Vitesse le temps d’une course poursuite entre les années 80 et le nouveau millénaire, Ras Grenier qui nous a embarqué pour l’île Maurice et ses rythmes de Sega… et beaucoup d’autres ami.es et passioné.es. Jusqu’à la fin de l’hiver, le temps d’un énième « confinement », elle a ronronné au chaud, lovée dans les creux d’un bâtiment aux contours flous, mais sans jamais oublier de gronder à heure fixe.

Polaroids, 9x11cm

K7 audio et édition papier
Reliure spirale, 29,7x42cm, 50ex.
Design graphique : S.Riollier
Photos : Tristan Deplus