Nicolas
Floc'h

13.02.2026

OAO

Vues du bateau OAO
Photos Nicolas Floc'h

L’expédition artistique Initium Maris, fait partie de la série « Paysages productifs » révélant les paysages sous-marins des côtes françaises, projet entamé par Nicolas Floc’h en 2015.
Initium Maris et « Paysages productifs » proposent de donner à voir, à partir du point de vue photographique, ce qui s’étend sous la surface à perte de vue ; d’interroger les représentations qui sont faites de l’océan ; de présenter des typologies de paysages à un instant donné ; de diffuser ce travail dans le monde de l’art, mais aussi dans les milieux les plus divers : communautés scientifique, citoyenne, scolaire… La série photographique de Nicolas Floc’h « Paysages productifs » regroupe un ensemble de projets sur la représentation des paysages et habitats sous-marins et leur rôle en tant qu’écosystèmes productifs, fabrique du vivant. Indicateurs essentiels des grands enjeux de société, la couleur de l’océan et l’état des paysages permettent de visualiser des phénomènes tels que la modification et l’habitabilité des milieux. Ils évoquent aussi la régulation et la transformation du climat, la dégradation et la préservation de la biodiversité et de fait, une approche globale de la biosphère.

Initium Maris, 2020/2021, carnet de bord II/III

Initium Maris, expédition OAO, 2020

L’intensité des temps à bord, les navigations et leur préparation, les plongées et leur planning, l’intendance, la gestion du matériel et des imprévus liés à la météo et au fonctionnement général me laissent peu de temps pour écrire et rédiger ce journal. Je l’écris donc a posteriori, à mon retour d’expédition. Pour imaginer comment s’organisent les temps de travail, je commence par la mise en place d’un itinéraire sur une période donnée. À tout moment, cela peut changer en fonction de la météo et des aléas. Si la mer est trop forte, je ne peux pas plonger à l’endroit prévu. La turbidité est également déterminante : si l’eau n’est pas claire le jour J sur le site prévu, je ne peux pas prendre d’image. J’observe donc en permanence un ensemble de paramètres comme les vents, la houle, la mer du vent, la turbidité, les pluies avec les apports terrigènes qui peuvent me faire changer de route. À ceci, il faut ajouter les facteurs humains et matériels – nous verrons qu’ils modifient également les possibilités de travail…

Il n’y a pas vraiment de journée type, mais l’emploi du temps est déterminé en fonction de la marée pour l’apnée. Une plongée d’une durée de quatre heures, si la marée est dans la journée, et exceptionnellement, lorsque la marée basse est à 7h (donc à 19h30 également), une plongée le matin et une le soir. Si la marée est basse à 15h par exemple, la navigation depuis le point précédent se fait le soir, le matin ou la nuit en fonction des courants. Sinon, lever à 7h, petit-déjeuner, préparation du matériel photographique pour la plongée et navigation jusqu’à 11h (ou préparation de la navigation du soir). Ensuite, mouillage du bateau, préparation de l’annexe, descente du moteur hors-bord, chargement du matériel, déjeuner à midi, enfiler une combinaison à 12h45 et partir plonger environ deux heures avant la basse mer et deux heures après. Après quatre heures sur plusieurs sites, retour vers 17h à bord. Charger le matériel, le rincer, remonter le hors-bord, se changer.

18h, départ si la navigation se fait le soir ou/et s’occuper du matériel photo pour charger les images, recharger les batteries, vérifier rapidement le rendu de la plongée sans avoir le temps de développer les images. À 20h, préparation du dîner, puis se mettre à table et manger. Fin de navigation et arrivée au mouillage ou dans un port vers 23h/minuit, ou aller se coucher pour recommencer le lendemain, si les conditions le permettent.


IMB 2020
Départ le 14 juin de La Turballe avec Célia Calvez, mon assistante à bord. Le départ en mer est bien tardif cette année car l’épidémie de Covid-19 est venue bouleverser le calendrier. Mais à ce moment, je n’imagine pas encore à quel point cette année sera chamboulée.

Nous prenons la direction du golfe du Morbihan, où je dois plonger en compagnie des équipes du parc régional à partir du 15 juin. Un chercheur de l’université Bretagne Sud et Ronan Pasco du parc naturel doivent nous rejoindre. À mon approche de l’entrée du golfe, ils m’appellent pour m’annoncer qu’ils ont plongé ce jour et qu’il y a 25 centimètres… de visibilité. Je décide alors de changer de plan, et de cap. Je dois me rendre dans le Finistère, nous partons donc au nord-ouest pour trouver des eaux plus claires. Après une première nuit à Groix, nous naviguons la journée suivante, en partie sous la pluie, jusqu’à Douarnenez.

IMB-P020 Morgat, 17/06/2020, -2 à -8 m, temp. 15 °C, BM 9h13, H 2,29 m, tracé GPS, coefficient 50.
Observations : zone de laminaires, algues, présence importante d’étoiles de mer par zone, eau chargée, un peu turbide.

Première plongée réalisée dans le Finistère en 2020. Reprise un peu particulière après les mois de confinement… J’ai l’impression que je m’essouffle davantage, facteur psychologique, séquelles de la Covid-19, ou réalité ?

IMB-P021 Crozon, pointe de la Chèvre (cap de la Chèvre ?), 18/06/2020, -2 à -7 m, temp. 15 °C, BM 10h29, H 1,92 m, coefficient 64.
Plongée à la pointe de la Chèvre/plongée au cap de la Chèvre. Une très belle zone avec des tapis d’anémones, des laminaires, une grande diversité d’algues.

Après quelques jours d’interruption, ayant laissé le bateau à Brest, je reprends la mer pour me rendre à la célébration des dix ans de l’association Finis Terrae de mon ami Marcel Dinahet. Marcel et Ann Stouvenel organisent des résidences et m’ont demandé si je pouvais embarquer deux jeunes artistes pour quelques jours : Julia Borderie et Éloïse Le Gallo embarquent à Brest. Pour notre départ, nous avons le vent/contre-courant dans le goulet et OAO danse en signe de bienvenue. La sortie de la rade est vivifiante. Je profite d’avoir de l’aide à bord pour réaliser une couleur de l’eau en sept points entre Brest et Ouessant, en passant par le sud de Molène. Une fois dans la baie de Lampaul, nous mouillons près du petit bateau bleu de Marcel.

IMB-P022 Ouessant, Penn ar Roc’h, -2 à -12 m, temp. 15 °C, BM 13h54, H 1,78 m, coefficient 76.
Cette partie de l’île est difficilement accessible par la mer. Élie me dépose à Penn ar Roc’h en voiture et revient me chercher trois heures plus tard, merci Élie. La zone est relativement turbide ce jour-là le long du Fromveur. Des zones de laminaires sont habitées par des nuées d’alevins.

IMB-P023 Ouessant, pointe de Pern, 25/06/2020, -10 à -30 m, temp. 15 °C, coefficient 76.
Tombants rocheux et blocs épars au fond.
La pointe de Pern est un de mes endroits préférés de l’île. J’aime m’y promener en apnée. C’est aussi une des zones dangereuses où les courants sont puissants. Dans la baie, un peu en retrait de la pointe, avec Paul du club de plongée, je descends en bouteille sur la zone des 30 mètres, là où les laminaires éparses deviennent plus rares, où la lumière baisse et les roches claires sont mouchetées d’oursins.

IMB-P024 Ouessant, Gavinig, 27/06/2020, -2 à -15 m, temp. 16 °C, BM 16h33, H 2,11 m, coefficient 66.
Dernière plongée avant de rentrer à Brest pour laisser le bateau deux semaines, le temps de monter une exposition.

IMB-P025 Lanildut, Men Garo, 10/07/2020, -2 à -5 m, temp. 15 °C, BM 15h54, H 2,09 m, coefficient 66.
L’eau est trouble en ce début juillet. Un léger vent d’ouest et une mer marquée du vent brasse les têtes de roches de l’entrée de l’aber. J’explore la zone de récolte de laminaires plus à l’abri.

Départ de Brest le 10 juillet. J’ai convoyé le bateau pour travailler dans le Finistère cette année et les trois prochaines semaines doivent m’emmener jusqu’aux Glénan, en repartant doucement vers le sud. Plusieurs personnes doivent me rejoindre à bord : Laurent Bernenon, qui réalise un documentaire et Louis Guillaume, un jeune artiste. Célia est arrivée la veille au soir et nous appareillons à 6h pour prendre le courant vers le nord. Nous arrivons en fin de matinée à l’Aber-Ildut. Je prépare les affaires pour la plongée et pars photographier les zones de récolte de laminaires. Célia se sent enrhumée depuis la veille, elle est un peu planante mais je ne m’inquiète pas plus que ça. À mon retour de plongée, trois heures plus tard, Célia se sent épuisée, a des maux de tête, des courbatures, a perdu le goût, se sent fiévreuse… tous les symptômes de la Covid-19. Célia quitte le bord dans la soirée pour rejoindre Rennes et se faire tester. Le test ne sera possible que quatre jours plus tard – à cette période les temps d’attente sont longs pour avoir un rendez-vous et les résultats. Nous venons de passer vingt-quatre heures ensemble à bord. Dans l’incertitude, je dois annoncer à Laurent, qui nous rejoint de Marseille, qu’il ne pourra pas venir et je décide de ramener OAO à son port d’attache, dans l’éventualité où je tomberais malade. Je pars donc le 11 juillet de l’Aber-Ildut à 7h30 du matin, m’arrête entre 23h et 6h du matin à Lorient pour arriver à 14h à La Turballe, fatigué et triste que cette partie d’expédition, longuement préparée, soit bousculée, mais aussi préoccupé pour Célia, qui sera finalement négative. Résultat obtenu une semaine après avoir quitté OAO ! Étant seul à bord, je décide de travailler dans la zone proche de La Turballe.

IMB-P026 Le Croisic, Bonin du Four, pointe ouest, 14 /07/2020, -12 à -20 m, temp. 18 °C, coefficient 38.
Après mon retour, je réalise quelques plongées en bouteille. Le Bonin du Four est une zone que je connais bien. Par 18-20 mètres de fond, les roches sont couvertes de gorgones, d’éponges, et de gros oursins de la taille d’un pamplemousse, que l’on trouve en Bretagne. Les paysages émergent d’une brume dense et blanche sur la zone des 18 mètres.

IMB-P027 Le Croisic, Bonin du Four, secteur Rebent, 17/07/2020, -10 à -20 m, temp. 18 °C, coefficient 47.
Ce secteur Rebent, situé au niveau des courants au Bonin du Four, présente un site exceptionnel où la faune fixée ponctue les paysages de taches jaunes et blanches.

IMB-P028 Le Croisic, plateau du Four, 18/07/2020, -2 à -8 m, temp. 19 °C, BM 9h58, H 1,67 m, coefficient 56.
Le plateau du Four est peu profond. La côte, vers La Turballe, a perdu ses forêts d’algues mais à 6 miles au large, le plateau reste un très bel endroit. Il me rappelle les paysages disparus que j’observais enfant, entre la plage de la Bastille et Lérat, au fond de la baie.

IMB-P029 Île Dumet, 19/07/2020, -2 à -10 m, temp. 19 °C, BM 19h49, H 1,43 m, coefficient 65.
L’île Dumet, c’est un peu l’île aux pirates gardée par les goélands. Ce sont mes souvenirs d’enfant sur ces plages où les rochers me semblaient immenses. L’ancien fort, un repère intriguant, et l’île, une réserve d’oiseaux impénétrable, surveillée par des goélands hurleurs qui chargent en rase-motte pour protéger leur descendance. Sous l’eau, l’île reste tout aussi mystérieuse. Les laminaires assez denses, proches de la surface, laissent rapidement – plus qu’ailleurs – la place aux étoiles de mer, gorgones et espèces plus profondes. Dès 4 à 5 mètres, les gorgones apparaissent (15/18 mètres habituellement). L’île étant à la sortie de l’estuaire, les rejets de la Vilaine créent des phénomènes d’eutrophisation des eaux qui, trop chargées en phytoplanctons, ne laissent plus passer la lumière, ce qui détermine les paysages plus profonds.

IMB-P030 Île Dumet, secteur Rebent, 24/07/2020, -2 à -12 m, temp. 19 °C, BM 14h26, H 0,85 m, coefficient 90.
À 4 ou 5 mètres de profondeur, les laminaires laissent la place aux gorgones.

IMB-P031 Houat, Beg Pell, 28/07/2020, temp. 16 °C, BM 14h44, H 1,11 m, coefficient 81.

IMB-P032 Golfe du Morbihan, Er Lannic, 29/07/2020, temp. 17 °C, BM 6h46, H 1,53 m, coefficient 56.
À l’entrée du golfe du Morbihan, face à Gavrinis, le long du puissant courant de la Jument, sur l’île d’Er Lannic, se trouvent deux cromlechs (cercle composé d’un ensemble de mégalithes). Le golfe du Morbihan était autrefois une plaine traversée de rivières, et dont les nombreuses collines abritaient quelques-uns des plus beaux sites mégalithiques de Bretagne. La mer montant en moyenne d’un mètre par millénaire, elle était environ 6 mètres plus basse au moment de l’édification des deux cercles de 60 mètres de diamètre. Seule la moitié du cercle nord est aujourd’hui émergée, les restes se trouvant dans la zone de l’estran ou la zone sous-marine. Je suis donc allé plonger sur ce site et photographier le Grand Menhir brisé (8,20 mètres), qui se trouve à la jonction des deux cercles.

IMB-P033 Houat, Tréach er Béniguet, 29/07/2020, temp. 17 °C, BM 15h28, H 1,36 m, coefficient 72.
Eau turbide et dynamique, forêt d’algues et banc de sable à la limite des courants, entre la pointe de Quiberon et Houat.

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En fin d’été, je me rends à Belle-Île pour réaliser quelques plongées supplémentaires sur les jours qu’il me reste avant d’entamer le montage de mon exposition « Paysages productifs » au Frac Provence-Alpes-Côte-d’Azur, à Marseille. La météo s’annonce moyenne, mais je décide de tenter ma chance, espérant pouvoir plonger sur la partie abritée de l’île. Décidément, ce n’est pas la bonne année, il y a plus de 40 nœuds de vent, une houle de 5 à 6 mètres au large, et l’eau est tellement brassée que la visibilité est nulle sur tout le pourtour de l’île. J’attends que le temps se calme, mais je ne peux attendre plusieurs jours que l’eau soit plus claire, et je n’ai pas le temps de poursuivre ma route vers des zones plus abritées. Je suis donc contraint de terminer cette année 2020 de manière aussi catastrophique qu’elle avait commencé, et fait route vers La Turballe, porté par les douces montagnes de la houle molissante.

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IMB 2021
Ayant prévu de naviguer trois semaines à partir d’avril, mes plans sont encore une fois perturbés par le calendrier Covid-19 devenu plus contraignant que la météo marine. Je parviens à réaliser une première semaine dans le golfe du Morbihan et des plongées dans les courants et sur les grands sites de gorgones. Mon guideau ne fonctionne plus, je dois remonter l’ancre manuellement. La deuxième semaine, je pensais me rendre aux Glénan mais face au mauvais temps annoncé, j’ai juste une fenêtre de deux jours. Je décide donc de travailler sur une grille de « La couleur de l’eau » dans l’estuaire de la Loire, depuis le large de Saint-Nazaire jusqu’à Nantes.

IMB-P034 La Turballe, La Bastille, 05/04/2021, -2 à -6 m, temp. 11 °C, BM 18h28, H 2,14 m, coefficient 41.
Cette zone, en raison des phénomènes d’eutrophisation, subit des transformations menant à ce que l’on appelle des « zones mortes ». Les estuaires de la Loire et de la Vilaine, combinés au rejet des eaux usées des communes environnantes débouchant dans la baie, génèrent des déséquilibres au sein des écosystèmes avec des apports de phosphates et nitrates, entre autres.

L’excès de phytoplancton qui en est la conséquence ne permet pas aux grandes algues de survivre, les paysages se transforment, la biodiversité s’effondre, les poissons disparaissent. Depuis près de quinze ans, la baie est devenue un désert.

IMB-P035 La Turballe, 06/04/2021, -2 à -6 m, temp. 14 °C, BM 19h54, H 2,06 m, coefficient 42, peu profond, mauvaise visibilité, première plongée.
Sable, étoiles de mer, roches.
Cette plongée me permet de tester du matériel dont un nouvel objectif, peu concluant. Ancienne zone de laminaires où la diversité s’est effondrée, le paysage est simplifié…

IMB-P036 Golfe du Morbihan, Île-aux-Moines, 18/04/2021, -2 à -5 m, temp. 11 °C, BM 17h12, H 0,54 m, coefficient 46.
Sable, sargasses dans le courant.

IMB-P037 Golfe du Morbihan, Govihan, 19/04/2021, -1 à -12 m, temp. 11 °C, BM 17h59, H 0,72 m, coefficient 41.
Zostères, sargasses, laminaires et grande diversité d’algues. Je me laisse dériver dans les courants dans cette zone entre les îles. Les algues sont belles au printemps !
Je termine la plongée dans une zone où les paysages sont recouverts d’épiphytes.

IMB-P038 Golfe du Morbihan, Rebent, Gregan, 20/04/2021, -12 à -25 m, temp. 12 °C, coefficient 36.
Site Rebent à l’entrée du golfe. Mauvaise visibilité. Beaucoup de gorgones. Les scientifiques du Muséum ont observé sur ce site, qui fait l’objet de suivis réguliers, la présence d’une éponge invasive.

IMB-P039 Golfe du Morbihan, Les Gorets, 20/04/2021, -10 à -25 m, temp. 12 °C, coefficient 36.
Ce site est le plus grand champ de gorgones connu d’Europe : leur densité est impressionnante. La zone se trouve à l’entrée du golfe du Morbihan, proche des puissants courants. Les conditions de visibilité sont très aléatoires. Le vert fluo domine à mi-profondeur, à 25 mètres il fait déjà très sombre, le vert y est presque sapin.

P2021-40 Île Dumet, 21/04/2021, -2 à -10 m, temp. 12 °C, BM 9h44, H 1,52 m, coefficient 68.
Roches, algues, colonies d’étoiles de mer.

P2021-41 Belle-Île-en-Mer, Port Blanc, 11/06/2021, temp. 17 °C, BM 12h13, H 1,30 m, coefficient 73.
Laminaires, éponges.
C’est reparti, c’est le dernier temps avec OAO pour Initium Maris et ces cinq semaines sont très importantes pour pouvoir terminer le projet. J’embarque pour cette dernière étape Malo Legrand, jeune artiste tout juste diplômé de L’EESAB-site de Rennes. Malo m’accompagnera dans les plongées en apnée et sera mon assistant à bord. Nous quittons La Turballe par beau temps le 10 juin. Notre retour est prévu le 17 juillet.
Première plongée en compagnie de Malo qui prend ses marques. L’eau est moyennement claire. De nombreuses éponges peu profondes ponctuent le parcours.

P2021-42 Glénan, île Saint-Nicolas, 13/06/2021, -2 à -10 m, temp. 16 °C, BM 13h25, H 1,38 m, coefficient 71.
Beau temps, nous profitons du soleil et des îles. Ces trois jours aux Glénan seront les plus doux des cinq semaines. Sous l’eau, c’est magnifique. La première plongée le long de l’île Saint-Nicolas dévoile des paysages grandioses. Malo est fasciné par les phoques. Celui qui nous suit une partie de la plongée est trop jeune pour que je sois tranquille : c’est presque un bébé. Il joue avec nos palmes, mais je suis méfiant car je ne vois pas sa mère.

P2021-43 Glénan, intérieur archipel, 14/06/2021, -2 à -6 m, temp. 17 °C, BM 14h04, H 1,46 m, coefficient 67.
À cette saison, les hymantales forment des pompons qui rendent les paysages japonisants. Les épiphytes de l’intérieur de l’archipel sont impressionnants, tout comme les sargasses immenses, les zostères d’un vert vif et le blanc du sable réfléchissant la lumière. Cet endroit est vraiment extraordinaire.

P2021-44 Glénan, Basse du Chenal, 15/06/2021, -15 à -35 m, temp. 17 °C, coefficient 63.
Plongée sur les 25-35 mètres le long des tombants. L’eau est claire, les roches parsemées d’oursins, d’étoiles, d’éponges. Un bel univers des profondeurs, là où la lumière se fait plus rare et les immenses parois rocheuses font apparaître dans leurs reliefs des sculptures mystérieuses.

P2021-45 Glénan, Men Skeï, 15/06/2021, -15 à -24 m, temp. 17 °C, coefficient 63.

P2021-46 Le Guilvinec, Les Étocs, 16/06/2021, -2 à -12 m, temp. 17 °C, BM 15h33, H 1,76 m, coefficient 58.
Un coup de vent est annoncé pour les prochains jours. Nous mouillons devant Le Guivinec. Le bateau est à l’abri de la houle qui commence à monter. Nous partons avec l’annexe vers les roches des Étocs. D’énormes phoques surplombent le sommet des rochers. Nous faisons une première plongée dans les brisants, face à la houle où les grandes algues dansent. Au début de la montante, nous nous mettons à l’abri entre les rochers, au milieu les hymantales et des sargasses. Malo joue avec les phoques pendant que j’explore et tente d’enregistrer une lecture perceptible de ces paysages grandioses.
En fin de journée, de retour au bateau, le moteur a du mal à redémarrer. Par prudence, nous redescendons à Loctudy pour voir un mécanicien et nous mettre à l’abri du coup de vent annoncé. À l’arrivée du « docteur des machines », le moteur démarre bien évidemment au quart de tour et nous ne pouvons identifier la panne. Cela recommencera trois fois dans la journée… En présence du mécanicien, le moteur fonctionne et lorsqu’il n’est plus là, plus rien ne fonctionne. À suivre…

P2021-47 Aber Wrac’h, île Stagadon, 19/06/2021, -2 à -12 m, temp. 14 °C, BM 7h08, H 2,36 m, coefficient 51.
Après deux jours à Loctudy, nous faisons route vers le nord, passons le raz de Sein, le Four et arrivons à l’Aber Wrac’h, où nous avons rendez-vous avec Stefan Cornic et l’équipe d’AM Art Films. Stefan réalise un portrait filmé et doit me suivre quelques jours dans mon quotidien. Le chef opérateur Valentin Tibault et Franck Seguin en sécurité m’accompagnent dans mes plongées en apnée autour de l’île Stagadon. Ludo, du club de plongée, se joint à nous pour les plongées bouteille. Ludo est un vrai soutien lors du tournage, il nous emmène à l’Aber Benoît, sur ses sites de plongée.

P2021-47 Aber Wrac’h, île Stagadon, 19/06/2021, -2 à -12 m, temp. 14 °C, BM 7h08, H 2,36 m, coefficient 51.
Orage en surface.
Le temps est épouvantable, il fait froid, il pleut, nous avons des pulls et des vestes en juin, cela dure depuis trois semaines. Les paysages sous-marins de l’Aber sont toujours aussi beaux…

P2021-48 Aber Benoît, La Grande Fourche, 21/06/2021, -15 à -30 m, temp. 14 °C, coefficient 63.
Deux plongées en compagnie des équipes de tournage d’AM Art Films sur les tombants rocheux, sous la limite des laminaires.
Le dernier jour, le moteur de OAO ne veut plus repartir. Rien à faire. Un mécanicien constate que le démarreur est HS. OAO est immobilisé trois jours. Nous irons plonger plus loin sur la côte, nous déplaçant en voiture avec Maureen Robin, une jeune artiste venue nous voir quelques jours. Ni Malo ni moi n’avons de permis de conduire sur terre. Grâce à Maureen, je ne perds pas deux jours de plus dans le programme des plongées.

P2021-49 Tresseny, Amann ar Rouz, 24/06/2021, -2 à -8 m, temp. 14 °C, BM 12h28, H 1,36 m, coefficient 90.
Paysages de forêts d’algues, étendues sableuses et roches découpées.

P2021-50 Plouescat, Roc’h ar Skeiz, 25/06/2021, -2 à -8 m, temp. 14 °C, BM 13h19, H 1,26 m, coefficient 94
Forêts d’algues animées.

P2021-51 Lanildut, Men Hom, 26/06/2021, -12 à -22 m, temp. 14 °C, coefficient 94.
OAO redémarre sans problème. Nous naviguons jusqu’à Lanildut, où j’ai programmé avec le club Madéo Plongée des sorties sur la côte et à Ouessant sur un site (Rebent) entre 20 et 45 mètres de profondeur. Il est souvent plus souple de se rendre sur les sites avec l’aide d’un club qu’avec une équipe scientifique, dont le calendrier ne correspond pas forcément au mien. La première plongée se fait sur un tombant à l’entrée de l’Aber. Belle diversité et de grands bancs de lançons près du fond.

P2021-52 Mazou, Men Du, 26/06/2021, -12 à -21 m, temp. 14 °C, coefficient 94.
Men Du est composé d’une tête de roche principale couverte de laminaires, de roches isolées sur un fond de sable. De grands bancs de lançons tentent d’éviter l’attaque des lieus. Les eaux sont claires dans cette zone face au Four.

P2021-53 Molène, Les Trois-Pierres, Baz Link, 27/06/2021, -2 à -12 m, temp. 13 °C, BM 13h58, H 1,35 m, coefficient 91.
Entre deux plongées bouteille, nous partons pour une journée d’apnée autour de Molène. Prune Courteille, une de mes anciennes étudiantes devenue marin, nous accompagne pour la journée. Une belle plongée dans les puissants courants de Molène. Après avoir exploré des zones abritées, je longe la côte et les roches autour de Molène, me laissant emporter par le courant, Malo assure ma sécurité depuis l’annexe. Il fait froid, c’est beau !

P2021-54 Porspaul, Porz Gwen, 28/06/2021, -2 à -8 m, temp. 13 °C, BM 14h43, H 1,59 m, coefficient 84.

P2021-55 Ouessant, Gorle Vihan, Rebent, 29/06/2021, -15 à -46 m, temp. 14 °C, coefficient 75.
La sortie est un peu exceptionnelle pour le club Madéo Plongée qui fait rarement la traversée jusqu’à Ouessant. Tous les encadrants du club sont là, le site est très beau, les laminaires descendent à près de 30 mètres. Je n’ai jamais vu l’équivalent en Bretagne, les stipes sont énormes et s’allongent, mesurant au moins 3 mètres, pour aller chercher la lumière au plus près, dans les eaux claires de la baie du Stiff. D’immenses bancs de bars nous escortent dans les laminaires, plus profonds. Vers 45 mètres, les éponges et espèces profondes prennent le relais.

P2021-56 Ouessant, pointe de Lost Logol, 29/06/2021, -12 à -38 m, temp. 14 °C, coefficient 75.
Nos deux plongées sont trop courtes.

P2021-57 Douarnenez, pointe de Tréfeuntec, 30/06/2021, -2 à-3 m, temp. 15 °C, BM 16h10, H 2,01 m, coefficient 65.
Le fond de la baie est saturé d’algues qui donnent une teinte orange à l’eau. L’épaisseur de la nappe et les algues stagnantes au fond empêchent tout déplacement dans certaines zones.

P2021-58 Douarnenez, pointe de la Jument, 01/07/2021, -10 à -23 m, temp. 15 °C, coefficient 55.
Je pars avec le club de plongée de Douarnenez sur ce site présentant de beaux tombants rocheux.

P2021-59 Sein, Ar Vouzerez, 03/07/2021, temp. 14 °C, BM 6h31, H 2,25 m, coefficient 44.
À Douarnenez, nous embarquons Sébastien Deltombe d’artconnexion pour quelques jours à bord. Sébastien travaille sur la production du projet Initium Maris et n’est pas habitué aux bateaux. Il est surpris par l’intensité des journées à bord : le rythme des plongées, les navigations, l’énergie et la logistique nécessaires pour aller chercher ces images.

P2021-60 Sein, chaussée de Sein, 04/07/2021, -2 à -8 m, temp. 15 °C, BM 7h33, H 2,32 m, coefficient 42.
La chaussée de Sein est sans doute l’endroit le plus impressionnant où j’ai plongé. Les algues sont gigantesques, les paysages sublimes. C’est également une des zones les plus dangereuses. J’aimerais avoir plus de temps pour d’autres plongées à cet endroit, mais la météo nous oblige à bouger. Demain il est annoncé plus de 50 nœuds de vent. Nous faisons route vers Brest avant la tempête. Je fais une pause de quelques jours car je dois intervenir dans un festival.

P2021-61 Camaret-sur-Mer, pointe de Pen-Hir, Tas de Pois, 12/07/2021, -2 à -12 m, temp. 15 °C, BM 13h18, H 1,56 m, coefficient 76.
De retour à Brest nous repartons avec Malo pour notre dernière semaine. Nous passons les Tas de Pois et mouillons à l’abri, le temps d’une plongée. Ensuite, nous prenons le courant pour arriver à la renverse dans le raz de Sein et prendre le « tapis roulant » vers le sud jusqu’aux Glénan.

P2021-62 Glénan, Penfrent, 13/07/2021, -2 à -6 m, temp. 15 °C, BM 13h50, H 1,21 m, coefficient 76
Après près de quatre semaines de gris, nous retrouvons le soleil qui ne nous quittera plus jusqu’à notre retour. Nous apprécions la chaleur et la douceur de l’air de l’été. Les plongées sont plus douces et les paysages des Glénan, toujours aussi féeriques et luxuriants.

P2021-63 Groix, pointe des Chats, 14/07/2021, -2 à -8 m, temp. 17 °C, BM 14h28, H 1,47 m, coefficient 75.
Étendue de laminaires blanchies, belles algues, paysages représentatifs de Bretagne Sud visibles de Hoëdic aux Glénan.

P2021-64 Belle-Île-en-Mer, Goulphar, 15/07/2021, -2 à -15 m, temp. 17 °C, BM 15h27, H 1,58 m, coefficient 71.
Longer les falaises de Belle-Île en bateau est toujours agréable. Sous l’eau, le spectacle continue, la topographie y est similaire mais recouverte d’un végétation exubérante, jungle des profondeurs. Il est toujours difficile de faire percevoir sur les images l’immensité de ces paysages, la profondeur des grottes et la chute vertigineuse des parois rocheuses vers les profondeurs.

P2021-65 Belle-Île-en-Mer, pointe de Skeul, 16/07/2021, -2 à -15 m, temp. 17 °C, BM 16h17, H 1,70 m, coefficient 66.
L’expédition touche à sa fin. Nous arrivons dans la nuit à La Turballe, port d’attache de OAO. Nous sommes fatigués mais heureux de ces semaines passées ensemble et du travail accompli.

Initium Maris Deep Sea
Paysages productifs, Initium Maris, Deep Sea, campagne Chereef-Ifremer, canyon de Lampaul, golfe de Gascogne, 2021.

Images réalisées à partir d’un dispositif photographique de Nicolas Floc’h placé sur le HROV Ariane de la flotte océanographique française lors des plongées de la mission Chereef.

Canyon de Lampaul
Les canyons sous-marins, à l’image du canyon du Tarn ou du Grand Canyon aux USA, sont des formations géologiques dues à l’érosion de reliefs préexistants qui agissent sur des dizaines, voire des centaines, de kilomètres et durent quelques centaines de millions d’années. Les canyons du golfe de Gascogne se sont formés dès l’ouverture de l’océan Atlantique, il y a 120 millions d’années, par le double processus de déstabilisation de flancs de canyon et d’apports continentaux. Ces derniers sont plus intenses juste après les époques glaciaires (la dernière était il y a 18 000 ans), lorsque la mer est à son plus bas niveau, 120 mètres, que, le climat se réchauffant, les fleuves déversaient leurs cours jusqu’au rebord du talus continental. Les apports sédimentaires, par effet de masse, d’accumulation et d’éboulement et par l’effet des courants de marée accentuent les phénomènes d’érosion qui creusent aujourd’hui encore, entre 200 et 4 200 mètres de profondeur, les canyons du golfe de Gascogne. Les canyons entaillent différentes roches sombres (gabbro : roche volcanique), claires (calcaire : roche sédimentaire) ou blanches (craie : roche sédimentaire). Ces paysages profonds sont habités de falaises, chutes et replats où la neige marine se confond avec le vivant, étoiles des profondeurs.

001 -864 m, neige marine, coraux isolés sur un replat rocheux.

002 -1 123 m, sédiments, coraux (scléractiniaires, antipathaires et gorgones) sur une falaise.

À proximité de la tête du canyon, une gigantesque falaise en forme de fer à cheval nous fait abruptement plonger de 800 mètres à plus de 1 100 mètres. Sur l’une des branches du fer à cheval, la falaise est recouverte par des bancs d’huîtres et des coraux récifaux. Sur la branche opposée, plus abrupte et moins colonisée, les coraux noirs (antipathaires) dominent.

003 -843 m, sédiments, coraux sur une falaise.

004 -1 054 m, succession de marches rocheuses sur le flanc ouest du canyon.

005 -806 m, mur d’huîtres et coraux à flanc de falaise.

006 -916 m, coraux isolés sur falaise.

007 -1 102 m, flanc de falaise.

008 -1 573 m, récifs coralliens et crinoïdes sur le sommet d’une falaise à Solenosmilia.

À 1 500 mètres de profondeur, deux chutes vertigineuses se succèdent qui nous font plonger jusqu’à près de 2 000 mètres. À flanc de falaise, les coraux récifaux de l’espèce Solenosmilia variabilis offrent un habitat complexe pour de nombreuses autres espèces.

009 -1 130 m, gorgones et antipathaires sur un surplomb rocheux.

009 -1 027 m, gorgones sur le flanc est du canyon.

Initium Maris - journal de bord, campagne Chereef, Thalassa
J1- Brest, 04/08/2021, 10h, temp. 16 °C, temps couvert, pluie.

Je passe la barrière du port de commerce et approche du navire Thalassa de l’Ifremer, de la flotte océanographique française. Un homme garde l’entrée du bateau. Il vérifie les papiers nécessaires à l’embarquement et prend ma température, mesure Covid-19 oblige. En effet, L’Atalante – un autre navire – vient de rentrer de campagne avec dix malades à bord…

J’embarque pour trois semaines, chargé de cinq malles avec du matériel et d’un petit sac avec vêtements et affaires personnelles. Je charge l’ensemble sur le pont supérieur et pénètre dans le bateau. Deux scientifiques m’accueillent et me guident jusqu’à ma cabine, deux niveaux plus bas. Je ne suis pas habitué à des vaisseaux aussi imposants : le bateau fait 74 mètres de long, par 15 de large. Nous sommes 49 à bord : 25 scientifiques, autant de marins, techniciens et un artiste. Ma cabine est confortable, j’ai un bureau, une bannette, des rangements, une douche avec toilettes. Contrairement aux trois campagnes réalisées sur OAO depuis 2019, je vais pouvoir prendre le temps d’écrire. Ici, je ne gère ni la navigation ni l’intendance, et je dois seulement anticiper le fonctionnement de mon appareil photo qui plongera à ma place, là où je ne peux pas aller. Je suis impatient de pouvoir « approcher » et percevoir cet environnement profond où je tente de me projeter depuis longtemps, sans arriver à en saisir une représentation.

La mission scientifique de cette campagne océanographique se nomme Chereef (Characterization and Ecology of Cold-water Coral Reefs). Elle intervient dans le cadre du projet européen Marha et propose d’étudier plus en détail les habitats de coraux d’eaux froides du golfe de Gascogne. Nous allons explorer le canyon de Lampaul, situé à 350 kilomètres au large de Brest, sur le talus continental. C’est l’espace des grands fonds. Il faut imaginer un grand plateau, puis des falaises et des parois descendant jusqu’aux plaines abyssales. La zone d’exploration se situe entre 700 et 2 000 mètres de profondeur. Les engins habités sont moins utilisés aujourd’hui et c’est avec le HROV Ariane (robot sous-marin) que nous « descendrons ». J’ai la chance de pouvoir adapter un de mes appareils photographiques sur le robot, spécialement pour cette mission. Cette fois-ci, je ne travaillerai pas en lumière naturelle mais je profiterai des « phares » d’Ariane pour éclairer les paysages et ainsi poursuivre mon travail sur les paysages sous-marins, dans des zones totalement inaccessibles physiquement. J’espère que la « météo » au fond sera au rendez-vous… et que tout fonctionnera correctement, après tant d’anticipation et de préparation.

J2- Navire Thalassa, rade de Brest, 05/08/2021, temp. 16 °C, vent 35 nœuds, temps couvert.
Nous passons la journée dans la rade pour tester les différents équipements, puis nous faisons route vers le canyon dans la nuit pour arriver sur site le matin. Il y a un peu de vent et de la mer annoncée pour la nuit. Les marins et les scientifiques préparent leur mission et leur matériel. Je fais la même chose et je commence à me familiariser avec les différents espaces du bateau. Demain, nous mettrons le HROV à l’eau à 9h. Mon appareil ne sera placé sur le robot que le dimanche 8 août. Le HROV possède bien un appareil, mais son optique est trop serrée pour ce que je veux faire. De plus, il est utilisé par les scientifiques qui ne regardent pas la même chose que moi. L’observation des paramètres de prise de vue me permet cependant de mieux préparer les réglages de plongée de mon appareil. Vers 18h, j’ai une heure pour réaliser une « colonne d’eau » de la couleur de l’eau avec mes caissons, jusqu’à 100 mètres de profondeur. Tous les deux jours, je peux réaliser un point en fin de journée. Je suis habitué à le faire depuis OAO mais ici, c’est plus facile à mettre en œuvre : il y a un treuil et des marins pour m’aider. La mission actuelle n’étant pas dédiée au projet « La couleur de l’eau », je n’obtiens que des colonnes isolées, c’est-à-dire des gradients verticaux, sans pouvoir choisir des séries de points, comme je le fais habituellement.

J3- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 06/08/2021, temp. 15 °C, H 4 m, vent 35 nœuds.
Aujourd’hui devait être le premier jour de plongée pour tous les appareils embarqués. Il y a 4 mètres de houle, assez peu de mer et du vent. Ce n’est pas grand-chose pour le bateau, mais c’est compliqué de mettre des engins à l’eau. La première journée d’exploration est donc reportée. Plusieurs scientifiques ont le mal de mer, certains marins aussi, le poste de contrôle science est désert. Tout le monde prend l’air le long du bord. Je regagne ma cabine pour travailler un peu sur mon ordinateur en attendant que nous puissions immerger le matériel. Le bateau parcourt le canyon avec le sondeur multifaisceaux pour cartographier la zone même si, en raison de la mer et du mouvement du bateau, les données sont plus imprécises.

J4- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 07/08/2021, H 2 m, vent 25 nœuds.
Ce matin Ariane va descendre au fond. Pour cette première plongée, un fond plat a été choisi pour calibrer au mieux les instruments. Il est 9h, les marins s’activent sur le pont autour d’Ariane. En surplomb, les scientifiques observent l’immersion de l’engin. Le portique à bascule le soulève et le dépose à l’eau, je rejoins le poste de contrôle pour accéder à l’appareil photo du HROV le temps de la descente. En effet, les scientifiques n’utilisent l’appareil qu’une fois au fond, je profite donc de ce temps pour observer les conditions d’éclairage dans la colonne d’eau et faire quelques tests pour paramétrer plus précisément mon appareil. L’image devient noire à partir de 150 mètres – point où ce jour-là, le HROV stationne alors que nous devons descendre à 1 500 mètres. Nous apprenons par l’équipage qu’il y a un problème de treuil, que le HROV est bloqué, on ne peut rien faire. Pendant deux heures les mécaniciens cherchent la panne, les spéculations fleurissent, devons-nous rentrer à Brest pour aller chercher les pièces manquantes et procéder à la réparation ? Les deux disjoncteurs principaux paraissent HS. Finalement la panne est identifiée, il s’agit de la sécurité d’une porte de coffret électrique dont le contacteur met en défaut l’ensemble. Le HROV pouvait théoriquement repartir, mais le câble de fibre optique qui le relie à la surface était emmêlé, ce qui obligeait à remonter l’engin sans pouvoir effectuer la plongée prévue. Une fois à la surface, le bout permettant de fixer le câble principal au HROV s’est rompu et l’équipage a dû mettre un zodiac à l’eau pour le récupérer… Il y a 2 mètres de houle, trois marins partent casqués pour repêcher l’engin, ils s’activent dans l’écume au cul du bateau, et parviennent à fixer le câble. Nous pouvons enfin remonter Ariane. Ces conditions démontrent bien la nécessité d’avoir un temps calme pour déployer les engins sous-marins, dont la récupération et la mise à l’eau peuvent s’avérer très périlleuses dès qu’il y a un tout petit peu de mer.

Dans l’après-midi, vers 14h, mon profil vertical de la couleur de l’eau est programmé avec mes appareils. Le châssis que j’utilise sur OAO pour fixer mes deux appareils photo paraît minuscule accroché au grand portique latéral du Thalassa. Nous descendons les appareils à 80 mètres pour cette première journée. Je retrouve ce que j’avais observé avec le HROV : un bloom de surface, c’est-à-dire du vert sur les 30 premiers mètres, puis un gradient vert bleu entre 30 et 60 mètres, et du bleu au-delà. C’est la première fois que je photographie ce gradient en vertical.

À 18h, nous déployons Salsa (Serial Autonomous Larval SAmpler), une station de pompage et filtration de l’eau en profondeur. Durant deux heures trente, l’eau est filtrée à 350 mètres de profondeur, dans une zone montrant une densité au sondeur. Ces prélèvements sont destinés à des analyses ADN sur les micro-organismes prélevés. Le soir, la mission AUV (Autonomous Underwater Vehicle) est annulée en raison de temps.

J5- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 08/08/2021, H 2,5 m, vent 25 nœuds.
Le petit déjeuner est servi à partir de 6h30 à bord de Thalassa. À 7h, je déjeune en compagnie de Magali Zbinden, nous parlons de la symbiose bactérienne de la crevette des abysses, basée sur la chimiosynthèse, passionnant… Notre enthousiasme retombe un peu quand Lenaick Menot, le chef de mission, vient nous annoncer qu’Ariane n’ira pas à l’eau aujourd’hui, trop de mer, l’équipe du HROV ne veut pas renouveler la tentative de la veille. Cela mettrait le matériel en danger. Après cette déception, Lenaick m’annonce qu’ils vont changer la configuration du HROV, pour la version prélèvement, avec des bras articulés. Avec cette configuration, je peux adapter mon caisson. La pression monte, je dois mettre en place mon appareil. Je vais pouvoir vérifier si mon système fonctionne.
Aujourd’hui c’est dimanche et notre chef rompt la continuité de la campagne par le déjeuner dominical : melon jambon, gambas, verre de vin blanc, magret de canard, gratin dauphinois, verre de vin rouge, cake au citron coulis de caramel au beurre salé. Après ce repas, je fais une micro-sieste.
Cet après-midi, je réalise mon profil vertical à 15h20. Après avoir préparé ce matin le caisson « abysse », je dois préparer mes caissons « couleur de l’eau ». Ensuite, la station Salsa est déployée jusqu’à 800 mètres au bout d’un câble. Un problème de programmation fait que les échantillons se mélangent. On ne connaît donc pas la profondeur de leur prélèvement, ce qui les rend invalides.
À 20h30, nous immergeons l’AUV Idefx pour la première fois. L’AUV est un véhicule autonome qui ressemble à une torpille, il est équipé d’un sondeur multifaisceaux permettant de cartographier le fond avec une grande précision. Il travaille seul toute la nuit et remonte le matin.

J6- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 09/08/2021, H 1 m, vent 15 nœuds.
Vers 7h, j’apprends qu’Idefx est remonté vers 23h, au lieu de ce matin. Les techniciens retravaillent la programmation pour ce soir. C’est le grand jour pour moi : ce matin, après des mois de préparation, je peux placer mon appareil sur Ariane. Ifremer m’a prêté une enceinte, un boîtier étanche avec hublot qui peut descendre à 6 000 mètres (soit supporter 600 kilogrammes de pression au centimètre carré). La partie intégration de l’appareil photo dans le caisson m’incombait. En effet, les appareils utilisés par Ifremer ne sont pas configurés avec un grand angle pour la photographie, alors que je suis intéressé par des vues panoramiques des paysages. Je devais donc mettre au point un système me permettant d’obtenir les résultats escomptés. Les équipes d’Ifremer ont fabriqué un panier pouvant contenir mon caisson, afin de le fixer sur Ariane. À 7h30, j’ai préparé mon matériel, vérifié l’étanchéité et nous avons placé le caisson sur Ariane, qui est parti à l’eau à 9h. Après trente minutes de temps en surface, une heure de descente, il y avait une heure de calibrage du HROV à 30 mètres du fond pour cette première plongée. Vers 11h30, à 780 mètres de profondeur, le fond commence à apparaître avec des bordures de falaise, des étendues de sédiments, des paysages étranges. La plongée se poursuit, nous suivons la progression sur les écrans. Vers 15h, nous remontons le HROV à bord, les batteries du robot sont à plat. J’espère que tout a fonctionné et que mon appareil n’est pas « noyé ». Je le récupère, ouvre le caisson, vérifie les images. Tout a fonctionné ! L’éclairage est à ajuster, mais j’ai bien obtenu ce que je souhaitais, j’ai hâte de développer les fichiers pour voir plus en détail les résultats.
À 21h, nous mettons Idefx à l’eau. Cette nuit encore, il rencontrera quelques problèmes de fonctionnement.

J7- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 10/08/2021, H 0,5 m, vent 10 nœuds.
Ce matin Ariane est déployée sans mon appareil pour pouvoir faire plus de prélèvements. Je dois convaincre l’équipe d’embarquer le plus souvent possible mon caisson, mais cela réduit le nombre de prélèvements possibles de six à quatre en raison de son occupation dans le panier.
De mon côté, j’ai pu voir, en développant les images faites entre 800 et 900 mètres de fond, que les résultats sont intéressants. Ils donnent vraiment à voir ces espaces et me rappellent les images des missions spatiales : on dirait la Lune habitée par des poissons. J’espère vraiment pouvoir montrer la diversité des paysages traversés par Ariane.
La plongée se déroule bien jusqu’à midi, puis soudain plus de retour image. Un problème de fibre ! Ariane remonte deux heures avant la fin de la plongée, sans avoir eu le temps de prélever d’échantillons.

J8- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 11/08/2021, vent 10 nœuds, mer calme.
Le chef de mission et les scientifiques ont validé le fait de conserver mon appareil avec quatre paniers pour les prélèvements. Comme ils ne sont pas sûrs de pouvoir prélever plus de trois à quatre échantillons, cela ne devrait pas les gêner. Je pourrai ainsi effectuer davantage de plongées et révéler davantage de paysages. Je viens de préparer le caisson, Ariane va repartir dans trente minutes. Je suis toujours un peu angoissé à l’idée d’envoyer mon matériel à plus de 1 000 mètres de fond.
La plongée a duré cinq heures, les paysages étaient magnifiques. Mon appareil est remonté sans encombre mais sans pouvoir faire d’images : soit la batterie externe s’est déconnectée, soit la carte mémoire n’a pas supporté le rythme. Ma frustration est immense. Pourtant, je vérifie toujours plusieurs fois tous les paramètres avant chaque plongée. Aujourd’hui c’était mon tour de malchance. Espérons que cela ne dure pas.

J9- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 12/08/2021, vent 15 nœuds, mer belle.
J’ai très mal dormi, repensant sans cesse à cette plongée de la veille. Je parviens à relativiser en pensant à la pression qui pèse également sur les scientifiques lors de telles missions. Bien que préparées depuis des années, elles ne se déroulent jamais sans encombre : c’est la mer, un milieu dynamique et extrême, où les aléas sont nombreux. De plus, quand cela concerne les grands fonds, tout est décuplé.
Il faut imaginer la complexité de piloter au mètre près un engin à 2 kilomètres sous la surface, depuis un bateau qui glisse comme une savonnette sur l’océan. De la haute précision en milieu fluide, avec des équipes qui gardent un calme et un sang-froid permanents, malgré leur probable ébullition intérieure.
Ce matin, je peux replacer le caisson, mais le trajet prévu est moins conséquent. J’espère, pour ma part, que ma plongée sans enregistrement d’images ne pèsera pas trop lourd dans la balance finale. Je m’apprête à préparer le caisson une nouvelle fois. J’ai testé et répété toutes les manipulations plusieurs fois en préparation de la campagne, mais ce matin je suis plus inquiet que jamais après mon expérience de la veille.
Au retour à la surface, tout a bien fonctionné, la plongée a révélé des paysages étonnants, grandioses et étranges. Je suis soulagé et heureux. C’est une bonne journée, pour l’AUV Idefx aussi, il a fonctionné toute la nuit sans problème.

J10- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 13/08/2021, H 2 m, vent 10 nœuds.
Le caisson va repartir ce matin au fond. Il me reste deux plongées, peut-être trois. Ensuite, on doit placer le sondeur multifaisceaux et je ne pourrai plus mettre l’appareil.
Heureux de mes résultats de la veille, j’équipe mon caisson. Nous devons explorer une crête qui promet d’être monotone, et ensuite une falaise à 1 500 mètres de profondeur : c’est la falaise qui m’intéresse.
Aujourd’hui, c’est vendredi 13… La plongée fait défiler le même paysage durant deux heures sur la crête du canyon et quelques coraux, mais rien de très intéressant – ni pour les images ni pour les scientifiques qui ne trouvent pas les coraux espérés dans cette zone. Chaque plongée est un pari. Les scientifiques se basent sur leurs explorations précédentes et les parallèles qu’il peuvent faire avec des canyons explorés lors d’autres missions pour déduire l’emplacement possible des « jardins de coraux ». Cependant, tout reste tentative et seul le fait de se « rendre sur site » permet de confirmer ou non les intuitions. Au moment de changer de site et d’aller voir la falaise, le moteur d’Ariane ne rembobine pas la fibre optique, donc retour en surface et pas de falaise….

J11- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 14/08/2021, H 1 m, vent 15 nœuds.
Ce matin nous explorons un flanc du canyon. Nous débutons la plongée à 1 380 mètres de profondeur pour remonter progressivement sur les 1 000 mètres. La plongée se passe bien, beaucoup de sédiments dans cette zone, peu de relief. Je suis étonné, comme toujours en développant les images, de voir de la vie partout. Les profondeurs sont beaucoup plus habitées que je ne l’imaginais.
Le soir, l’AUV ne sera pas mis à l’eau par précaution car du vent est annoncé.

J12- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 15/08/2021, H 3 m, vent 30 nœuds.
Ce matin le commandant et l’équipe du HROV décident de ne pas plonger : il y a trop de mer.

J13- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 16/08/2021, H 1,5 m, vent 20 nœuds.
Le vent et la mer sont un peu tombés, l’équipe HROV attend cependant 10h pour mettre le HROV à l’eau. Normalement, c’est la dernière plongée sur laquelle je pourrai greffer mon appareil photo.

J14- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 17/08/2021, H 1 m, vent 10 nœuds.
Depuis quelques jours, l’AUV marche bien, il sillonne le canyon toutes les nuits. Aujourd’hui Ariane ne plonge pas car l’équipe technique change l’appareillage du HROV pour mettre le sondeur multifaisceaux.

J15- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 18/08/2021, vent 10 nœuds, mer belle.
Ariane plonge avec le sondeur multifaisceaux qui permet de cartographier les falaises. À partir de demain, David, le responsable du HROV, et Lenaick m’autorisent à bricoler une plateforme pour adapter le caisson 6 000 mètres sur le robot.
Le soir, c’est barbecue à bord. Nous sommes 49 en tout, soirée très agréable avec l’équipage du Thalassa qui est vraiment formidable.

J16- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 19/08/2021, vent 10 nœuds, mer belle.
À 7h, je bricole un support en bois pour le caisson dans l’atelier du bord. Nous le fixons sur Ariane et à 8h30, le caisson est en place, prêt à plonger. Pour la cartographie, le HROV fait deux passages en remontant les falaises, une à 40 mètres où le fond n’est pas en visuel, et une à 5 mètres du fond où j’ai le fond en visuel. Si tout va bien, je gagne cinq plongées de plus, dont celles à 2 000 mètres sur la « falaise 3 » et à 1 800 mètres sur la « falaise 2 ». C’est inespéré !

J17- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 20/08/2021, mer belle.
Aujourd’hui mon appareil a bien plongé, mais je n’ai pas d’image. J’ai eu un problème de carte mémoire qui n’a pas tenu la durée de la plongée. Espérons qu’après formatage elle fonctionne demain. Les paysages étaient sublimes…

J18- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 21/08/2021, mer belle.
Le caisson est bien reparti ce matin, mais je n’aurai sans doute pas d’image aujourd’hui. Il y a trop de courant au fond et Ariane n’arrive pas à s’approcher des falaises.

J19- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 22/08/2021, mer belle
Belle plongée, tout fonctionne.

J20- Navire Thalassa, golfe de Gascogne, canyon de Lampaul, 23/08/2021, mer belle.
Pour cette dernière journée de campagne, nous faisons une longue et belle plongée de l’autre côté du canyon. Tout fonctionne. Sur onze plongées au total, neuf sont réussies. Je rentre avec le sentiment d’avoir pleinement atteint mes objectifs, au-delà de mes espérances. Pour l’équipe scientifique, il en est de même, les objectifs de la mission sont remplis.

J21- Navire Thalassa, port de Brest, 24/08/2021, démobilisation.
Je quitte le navire et pars directement pour ma résidence à Cannes découvrir, en plongée, les prairies de posidonies des îles de Lérins.

2020-2021
Couleur de l’eau, colonnes d’eau

Loire-Bretagne
Entre 0 et -150 m

Avec « La couleur de l’eau », je réalise des prises de vue dans la colonne d’eau, de la couleur et de ses variations en fonction de la profondeur et de l’éloignement par rapport à la côte ou depuis le large vers l’intérieur des terres. Les photographies, au grand angle, sont prises à intervalles réguliers dans la colonne d’eau, à différentes profondeurs jusqu’à -100 mètres, de manière verticale.

La mosaïque d’images obtenue forme une coupe dans les masses d’eau montrant un double dégradé, l’un vers l’ombre et les profondeurs, l’autre vers la transformation de la couleur depuis la côte vers le large ou du fleuve vers l’océan.

1 Baie de Douarnenez, 2 colonnes d’eau, 2020
2 De Brest à Ouessant, 7 colonnes d’eau, entre 0 et -70 m, 2020
3 De Houat à La Turballe, 7 colonnes d’eau, entre 0 et -30 m, 2020
4 De La Turballe à Belle-Île-en-Mer, 4 colonnes d’eau, 0 et -30 m, 2020
5 De La Roche-Bernard à l’île Dumet, estuaire de la Vilaine, 13 colonnes d’eau, entre 0 et -30 m, 2021
6 De Saint-Nazaire à Nantes, estuaire de la Loire, 22 colonnes d’eau, 0 et -40 m, 2021
7 De Camaret à l’Elorn, 14 colonnes d’eau, entre 0 et -25 m, 2021
8 Canyon de Lampaul, golfe de Gascogne, 5 colonnes d’eau, entre 0 et -150 m, 2021