Deep Sea, 2021
Initium Maris est une œuvre de la série « Paysages productifs ». À partir d’une expédition artistique menée par Nicolas Floc’h à bord du ketch OAO, le long des côtes et iles bretonnes, en dialogue avec des équipes scientifiques et citoyennes, cette mission photographique initiée par l’artiste a pour objet de représenter les espaces sous-marins à une époque où le changement climatique génère des bouleversements majeurs au sein des écosystèmes.
Images réalisées à partir d’un dispositif photographique de Nicolas Floc’h placé sur le HROV Ariane, un robot sous-marin de la flotte océanographique française, lors des plongées de la mission Chereef. La campagne océanographique Chereef (Characterization and Ecology of Cold-water Coral Reefs) conduite par l’Ifremer représente la dernière étape du projet Initium Maris que je mène depuis trois ans le long des côtes bretonnes. En effet, l’institut m’a permis d’étendre mon exploration à l’environnement profond en m’embarquant sur cette mission de vingt et un jours. L’objectif scientifique était d’explorer le canyon de Lampaul, situé à 300 kilomètres au large de Brest, au bord du talus continental. La mission Chereef propose ainsi d’étudier les habitats de coraux d’eau froide du golfe de Gascogne, entre 700 et 2 000 mètres de profondeur, à l’aide du HROV Ariane, un robot sous- marin. Un observatoire déployé́ par 1 000 mètres de fond permet également à l’Ifremer d’effectuer un suivi durant plusieurs années sur ce site. Je souhaitais poursuivre mon inventaire des paysages sous-marins dans la « nuit » des profondeurs. Spécifiquement pour cette mission, je mets donc au point un système de prise de vue au grand angle différent de celui des scientifiques, qui privilégient des vues plus serrées. Je sangle un caisson sous-marin contenant mon appareil sur l’avant du robot Ariane, un peu comme si je le fixais sur le pare-chocs d’une voiture. Cette fois-ci, je ne travaille pas en lumière naturelle, mais je profite des « phares » d’Ariane qui éclairent ces paysages – totalement inaccessibles physiquement – lors de onze plongées entre –700 et –1 800 mètres. Au fond, c’est un peu Mars ou la Lune mais habitée par des poissons solitaires et des milliers d’espèces. Tout du long de la colonne d’eau, dans le substrat des échantillons prélevés que nous remontons, dans le détail de mes images, ce qui me surprend, c’est la vie, la quantité́ d’êtres habitant l’océan profond que l’on observe. Cette vie discrète qui apparaît distinctement dans la couleur de l’eau proche de la surface, dans les zigzags des zooplanctons lors de la descente dans la nuit hyperbare, dans la colonisation des parois des falaises du canyon à plus de 1 000 mètres de profondeur, dans le sédiment…