Les fleurs amoureuses
Vues de l'exposition "Je te suivrai jusqu'à la frontière de ton odeur là où la lumière se déchire un peu" à la Terrasse, espace d'art, Nanterre.
Photo : Line Francillon
“Le point de vue surplombant proposé sur ce lys des Incas aux dimensions exagérées nous projette dans une perspective qui semble se rapprocher de celle des pollinisateurs ailés. Par cette amplification, l’œuvre change l’échelle de notre perception, tant en termes de dimensions physiques qu’en termes de l’importance accordée à cet être vivant et à
ses interdépendances. La matérialité douce et moelleuse du tapis invite à se poser sur le corps accueillant de la fleur comme le font les insectes lorsqu’ils viennent se nourrir de son pollen ou de son nectar. Et si à la lumière du jour les couleurs nuancées de cet alstroemère dessinent déjà des motifs singuliers sur la surface tuftée, d’autres signes se révèlent à notre œil lorsque changent les conditions lumineuses : les rayonnements de la lumière noire exposent lignes et taches dont certains insectes, capables de percevoir les ultraviolets ou la lumière polarisée, se servent pour atteindre les structures reproductrices des fleurs. Au cœur de celle-ci, l’artiste a en outre ajouté un parfum de sa composition, comme pour donner une voix à ce lys muet.”
Clara Muller
“En examinant les ingrédients de sa palette de parfumeuse à la lumière noire, Julie C. Fortier a découvert que nombre d’entre eux engendraient, dans ces conditions, des perceptions colorées inattendues. C’est ainsi guidée par des proximités chromatiques entre les matières premières qu’elle a composé neuf jus dont les teintes ne se déclarent qu’en dehors du spectre solaire. Chacun de ces dessins, à approcher d’abord par le nez, s’inspire d’une fleur dépourvue de parfum mais dotée d’autres atouts. Outre la couleur – conférée au dessin par les substances odorantes tirées d’autres végétaux – la lumière noire révèle également les motifs des guides nectarifères propres à chacune des fleurs choisies. Ces derniers, parfois invisibles à nos yeux d’humains, facilitent la recherche de nectar par les insectes et prennent, selon les familles et les espèces végétales, des formes très variées : cercles concentriques, lignes radiales, points ou taches de taille et densité variables, etc. En l’absence de fragrance émanant de leur corolle, ces signes adressés par les fleurs à leurs alliés s’avèrent d’autant plus nécessaires pour le maintien de leurs relations mutualistes.”
Clara Muller