John
Cornu

UP . 28.01.2026

Les âmes grises

2025
Structures métal, photographies noir et blanc imprimées sur bâches, chaises modernistes (d’après la chaise Wassily / B3 de Marcel Breuer)
Dimensions variables

Exposition personnelle BAU, 27+, Hangzhou, Chine, 2025

Vues de l’exposition "BAU", 27+, Hangzhou, Chine, 2025
Photos : John Cornu

Interrogeant la relation entre le regardeur, l’espace et la représentation, l’installation sculpturale Les Âmes grises, produite pour 27+ à Hangzhou, est une pièce contextuelle qui renvoie à l’expérience sensible de l’artiste lors de sa résidence dans le bâtiment.

Elle met en scène, au sein du white cube, un ensemble de morceaux choisis du quotidien : des photographies prises depuis sa chambre, située au 23ᵉ étage, à travers les rideaux couvrant les larges baies vitrées. À la fois ouverture et fermeture, le rideau est une surface de contact entre intérieur et extérieur, qui bloque tout autant qu’il rend disponible le panorama urbain. Ce dernier, vu par l’artiste puis donné à voir aux visiteurs, transparaît au travers d’un filtre tramé, un quadrillage formé par les fils tissés.

Imprimées en noir sur des bâches opaques, puis réparties dans l’espace — au mur et sur des portants métalliques — chacune des images fonctionne comme « une fenêtre sur le monde » : la représentation occupe en effet la même fonction que l’objet auquel elle réfère. Toutes ouvrent sur le paysage, les buildings alentour, le fleuve, et dans le même temps maintiennent le regard captif ; le matériau choisi — la bâche — ne laissant plus passer la lumière, comme c’était également le cas du cuir noir de la Fresh Widow de Marcel Duchamp (original 1920, fabrication 1964).

Outil pour explorer la perspective, cadre dans le cadre pour guider le regard et inviter à la contemplation, dispositif de visibilité et d’invisibilité, le motif de la fenêtre permet à nombre d’artistes d’explorer la relation au monde, la subjectivité du regard, ainsi que des thèmes existentiels comme le désir, la curiosité, mais aussi l’isolement, la surveillance ou la quête de vérité.

Frontière entre l’intime et l’extime, limite entre le connu et l’inconnu, entre le rêve et la réalité, la fenêtre opère ici comme une métaphore de la vision de l’artiste. L’installation Les Âmes grises convie les spectateurs dans un hors-temps méditatif. Elle invite à la contemplation, au repli intérieur, loin du brouhaha de la ville. Libre à chacun de s’asseoir dans un des fauteuils — répliques du modèle Wassily/B3 conçu par Marcel Breuer en 1925-1926 — mis à disposition par l’artiste.