La Louve Blanche
(ce texte est inspiré d’un conte que Michèle Bouhet m’a partagé. Au cours d’un entretien sur les récits oraux et les contes populaires du Poitou, elle a appris que ma mère habitait le village de Bonnes, près de Chauvigny. Là-bas se trouve un château aux nombreuses histoires, dont l’une qu’elle m’a confiée : celle de la Louve Blanche du château de Touffou. Ce moment suspendu, lorsque Michèle m’a partagé sa vision du conte, m’a laissé entrevoir des images qui m’ont inspiré pour la réalisation de la peinture présente, La Louve blanche.)
Dans les bois autour du château de Touffou, à Bonnes, il est possible d’apercevoir la nuit l’esprit d’une louve blanche. Se fondant dans les hautes herbes, elle laisse derrière elle des gouttelettes de sang provenant de sa patte blessée, il y a des siècles, par le seigneur de Touffou. Ce dernier, lors des croisades, avait ramené captive une femme noire pour en faire son épouse. Mais cette femme était douée de pouvoirs lui permettant de se changer en une louve blanche. Si son corps restait emprisonné, son esprit, lui, s’échappait de sa condition pour rejoindre les forces indomptables de la nature. La nouvelle châtelaine disparaissait ainsi chaque nuit dans les bois entourant le château, son esprit de louve lui commandant de se nourrir du bétail du village.
Malheureusement, un soir, elle fut aperçue par un paysan. En la pistant, celui-ci remonta sa trace jusqu’à voir de ses propres yeux la transformation de la louve en femme aux abords du château. Très vite, la nouvelle courut que la femme noire du seigneur était une sorcière, et justice fut réclamée ! Le seigneur décida alors de suivre sa femme la nuit et vit, en effet, qu’elle se métamorphosait en une somptueuse louve blanche. Fou de rage, il enfourcha son cheval et partit chasser l’animal. Il finit par la rattraper ; reconnaissant son regard, l’homme sans pitié dégaina son épée et trancha l’une des pattes de la louve. Cette dernière s’enfuit pour mourir dans la verdure environnante. Arrachée à sa propre terre, elle fut condamnée à errer pour l’éternité.
Certaines histoires racontent que le seigneur, se rendant compte de sa folie, se suicida avec son arme et que le fantôme de ce funeste cavalier suivrait désormais la louve blanche pour la traquer, sans jamais pouvoir l’atteindre. Pour ma part, je pense que la lâcheté retint son coup et que la honte de son acte ne le laissa jamais en paix.