Cosmos
Série de dessins, graphite et crayons de couleur sur papier Buvard, 16 x 21cm, 2024
Je m’appelle Vincent Girard, je suis artiste peintre, je vis et travaille à Rennes en Bretagne. Je suis arrivé à La Réunion le 08 avril 2024 dans le cadre d’une résidence croisée entre La Cité des Arts de Saint Denis et Le CAC Passerelle de Brest.
En temps normal je travaille ma peinture comme une rupture dans le temps, j’aime penser qu’une toile ouvre une porte sur un monde parallèle au nôtre dans lequel se plonger l’espace d’un instant. Souvent empreintes d’un certain mysticisme lié aux références que j’assemble pour les réaliser, mes peintures reflètent et amplifient les aspects étranges, mystérieux, voire mystiques du monde réel pour mieux en déformer les contours. Je n’aurais jamais pu imaginer que le fantastique, le mystique étaient aussi intrinsèquement liés à cette île, tant dans son paysage que dans ses histoires qui s’y mêlent volontiers.
Pour arriver ici, j’ai lâché mes pinceaux et ma peinture en embarquant dans l’avion uniquement mon matériel de dessin et un appareil photo argentique. Dès mon départ j’avais en tête une peinture particulière, celle du Chien de Goya. Cette peinture nous montre, prise entre deux espaces picturaux, une tête de chien tentant de sortir de l’eau / de la boue. Son museau vers le ciel tendu et l’œil vide presque humain dans lequel une pointe de compassion peut être décelée, m’ont toujours marqué. Ce tableau m’apparaît comme une île tentant de survivre à la noyade, prise entre deux milieux (in) distincts, le ciel et la mer. Depuis mes débuts en peinture, ce chien m’accompagne et m’intrigue, il est un piton tout droit sorti des eaux. Venir sur cette île m’a permis d’observer ce duel à plusieurs échelles, de la vie et de la mort, de la mémoire sur l’oubli, de la magie dans le réel. Comprendre ce qui est déjà sous-jacent dans ma peinture, que le paysage est vivant et qu’il peut être son propre sujet.
Alors équipé de mon appareil photo j’ai arpenté le paysage réunionnais tout en me renseignant sur son passé douloureux et indissociable des récits oraux, des contes et légendes. En marchant dans ces paysages si variés, j’ai compris que la nature nourrissait ces récits et inversement. Marcher à La Réunion fut pour moi une rencontre avec le fantastique dans tout ce qu’il a de merveilleux, d’inquiétant et d’imprévisible. Le paysage n’était plus alors un décor mais un personnage avec lequel je dialoguais. Ici le temps change à une vitesse folle, du soleil assommant qui vous écrase vient le brouillard qui vous embrasse. Les arbres qui semblaient si sympathiques deviennent tout à coup menaçants. J’ai tenté en photographiant, sans le toucher, d’attraper ce paysage pour le garder. Mais le paysage fuit, il se dérobe, il est libre. Alors une fois la pellicule développée, je perdais ce que j’avais vainement tenté de glaner.
Ces mondes dont je parle en peinture et dans lesquels j’aime tant me perdre seront le sujet du travail que je vous présente aujourd’hui. Se perdre. On ne vole pas le paysage. Alors des photos prises, des souvenirs qui restent, des couleurs qui vous entourent, j’ai voulu en (re)dessinant rendre ce qui m’avait échappé. Tels des mondes extraterrestres, astres lointains de fiction ou non, est née cette série de dessins. Ils représentent moins qu’ils ne suggèrent, s’effaçant au profit de la couleur. Ici la couleur est omniprésente, je me suis perdu dedans, des forêts primaires vertes aux lagons bleus, des sables rouges du volcan à ceux noirs et olivâtres des plages en contrebas, des herbes jaunes de la savane à l’écume blanche des souffleurs, de l’or des toiles des Néphiles à l’argent du basalte vitrifié, pas une couleur n’échappe à cette île. Se perdre une fois de plus…
Alors je vous invite, vous aussi, à prendre le temps de vous égarer dans ces dessins mais aussi dans ce paysage exceptionnel qui nous entoure tous·tes.
J’ai choisi de présenter mes dessins tels des cartes postales de mondes lointains, punaisées au mur, aimantées au frigo. Ces dessins existent pour eux-mêmes mais seront aussi la base de futures peintures, des pistes, des études préparatoires pour la création de nouveaux espaces picturaux dans lesquels j’espère, un jour d’autres regards se perdront.
Je tiens à remercier toute l’équipe de La Cité des Arts pour leur accueil, la mise à disposition d’un tel espace de travail et pour m’avoir permis de vivre durant ces dix semaines sur une autre planète. Merci à Nicolas De Ribou de m’avoir suivi et conseillé durant cette résidence.