Tony
Regazzoni

NEW . 02.04.2026

Sitcom

2020
Installation et performance à la MPAA Saint-Blaise, Paris

Invitation : Pier Lamandé

[…] Sitcom emblématique des années 90, Hélène et les garçons a bercé d’illusions bon marché des générations d’ados tout juste pubères et de ménagères de moins de 50 ans […]. De la belle Hélène, bonne poire, à la pomme de Cricri d’amour, le public s’est identifié à cette bande d’étudiant.e.s hyper-formatée, incarnant des stéréotypes de genre aujourd’hui amplement dépassés. […] Rejouée par trois reines de la nuit (Gio Ventura, Babouchka Babouche et Shlagazza la Casse), le standard d’AB Productions se transforme en un show extravagant, libre et inclusif, qui dynamite toutes les conventions du genre. Le projet se déploie en deux parties : le jour de l’inauguration, la performance Hélèn.e est jouée sur place, en public et filmée, puis diffusée dans un second temps au sein même de l’espace de tournage. La scénographie de ce qui devient l’exp(l)osition, largement reprise des décors originaux, est revisitée par le plasticien sous une forme murale, qui joue sur des effets de perspective et de trompe-l’œil pour créer l’illusion. Ajoutant du simulacre à la mascarade, Sitcom adopte la forme du divertissement pour mieux troubler l’économie sexiste de ses représentations. 

[…] Tony Regazzoni revisite ici les décors emblématiques de la série, réalisés avec une économie de moyens qui en renforce la facticité apparente. […] Binaire et sexiste, l’aménagement des lieux dans la série est le reflet de tous les poncifs que les drags vont allègrement fouler aux pieds […]. Habituellement réduites à prendre soin d’elles et à séduire les garçons, ces Hélène, Cathy et Johanna d’un autre genre s’émancipent ici de leurs rôles assignés et prennent le pouvoir comme on s’empare d’une scène.

[…] Plongé au cœur des coulisses, [le (télé)spectateur] prend conscience du faux réalisme de la sitcom et de la contingence des constructions sociales, confronté au spectacle de la fluidité des genres. Car au final où se trouve la caricature ? Dans la féminité lisse et édulcorée des séries B ou dans la realness de ces créatures assumées ? Imitation sans original véritable, comme le pose Judith Butler dans Trouble dans le genre, la drag apparaît ici comme le puissant moyen de se défaire des archétypes fantasmés du féminin et d’en moquer la rigidité. Si l’on admet avec elle que le genre se « performe », avec Lacan que l’identité est une « mascarade » ou avec Goffman que tout rôle social est une « parade », alors il nous faut voir ici combien la féminité est avant tout une affaire de comédie, un jeu irréductible à du temps de cerveau disponible.

Hélèn·e et les garçonnes de Florian Gaité

Photos : Tony Regazzoni

Extraits de la performance Hélèn.e avec la complicité de Samy Khoukh
Performeur.euses : Babouchka Babouche, Gio Ventura & Schlagazza la Casse

Dialogues originaux : Jean-François Porry
Adaptation : Tony Regazzoni et Samy Khoukh
Décors : Tony Regazzoni
Vidéo : Jérémy Aubert
Régie lumière : Steven Chardonnet
Régie son : Cyrille Coutant
Régie générale : Eric Merlino
D’après la série « Hélène et les garçons » produite par © AB Productions, 1992

Photos : Jérémy Aubert