La Caverne
350 x 150 x 30 cm
250 x 60 x 40 cm
Je ne fais ni de l’art pour l’art, ni de l’art contre l’art. Je suis pour l’art, mais pour l’art qui n’a rien à voir avec l’art. L’art a tout à voir avec la vie.
Robert Rauschenberg
[…] La Caverne renvoie directement à l’intérêt de l’artiste pour les fac-similés et les jeux d’illusions. […] Jean Baudrillard considère le simulacre, dérivant de simuler, feindre, comme étant cette « vérité qui cache le fait qu’il n’y en a aucune ». […] Le simulacre n’est pas la copie qui fait référence à un objet premier, mais d’une certaine manière copie de copie, perte de l’original.
[…] Inutilisables, les faux plugs de Tony Regazzoni sont des imitations faussées d’un objet qui est déjà en lui-même un substitut. On retrouve cette notion de copie de copie avec la série des Carpet, ces fausses peaux dont les motifs ou le grain sont des reprises des simili-cuirs.
[…] La métaphore est double : renvoyant d’un côté à la fable platonicienne, et de l’autre aux backrooms, arrière-salles de certains bars ou night-clubs, souvent cachées au sous-sol, créées à un moment ou l’homosexualité ne se vivait pas au grand jour comme aujourd’hui.
[…] Le rapprochement entre la caverne platonicienne et la backroom prend sa source dans une analogie visuelle. […] Plusieurs pièces mêlent tout à la fois la culture grecque et une sexualité contemporaine ou non. Comme les dessins évoquant l’aspect labyrinthique des backrooms et le dédale dans lequel fut enfermé le Minotaure, ou La Toison d’or qui rappelle celle de Jason tout en mimant un ustensile sexuel SM servant à écarter les lèvres du sexe féminin.
[…] Quel rapport entre le dialogue socratique, les backrooms, les mythes grecques ou les menhirs ? C’est la question des rituels, des codes et des symboles qui guident les comportements humains. Ces codes reposent-ils sur une vérité qu’ils incarnent ou ne sont-ils que des simulacres ? L’exposition joue sur l’illusion (Master Black Carpet) et le camouflage (Black Curtain) sans pour autant répondre à la question. L’aller-retour est permanent entre le vrai et le faux, l’essentiel et le superficiel, le naturel et le culturel, l’animal et l’intelligible sans possibilité de déterminer un point d’origine, un point d’où partir pour savoir où l’on va, quelle est la démonstration. […] Mais si l’aveuglement de celui qui se risque à sortir de la caverne est signe d’une approche de la vérité chez Platon, et d’une libération de la pression sociale présente dans la grotte et coupant l’homme de la vérité, à la sortie de la backroom, la lumière du jour est un retour aux codes et conventions sociales habituels dont ce type de lieu semble s’extraire, à la façon des rites festifs transgressifs décrits par Roger Caillois. Les deux systèmes sont en étroite relation, les deux fonctionnent suivant une dialectique du sacré et du profane : d’un côté le monde profane (c’est-à-dire celui de la quotidienneté humaine), de l’autre sa transgression nécessaire pour rebrancher l’existence profane sur la source – sacrée – de la vie, que cette source soit à trouver au fond de la nuit ou à la lumière du soleil.
Extraits du texte La Caverne de Céline Poulin.
180 x 40 x 30 cm
Dimensions variables
Photos : Tony Regazzoni