Lucie
Malbéqui

UP . 30.09.2026

Ce qui couvre - exposition

2026, vues de l'exposition à Image/Imatge centre d'art, Orthez.
Photo : Jean-Christophe Garcia
Œuvre produite avec le soutien de la Région Bretagne et Documents d'artistes Bretagne dans le cadre de la bourse aux jeunes artistes plasticien·nes de la Région Bretagne

L’exposition Ce qui couvre est le fruit d’un travail d’un an de recherche et de production mené par Lucie Malbéqui dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Elle s’intéresse aux couvre-chefs populaires et notamment au béret basco-béarnais : elle observe ses contextes d’usages et collecte les gestes ancestraux liés à sa fabrication tout en les reliant à des considérations contemporaines. Ce travail d’enquête l’a conduite à collaborer étroitement avec Sara Goupy, fondatrice de Barnabé, la manufacture de bérets d’Orthez ainsi qu’avec des personnes détentrices de savoirs liés à la transformation de la laine (filage, tissage, feutrage…). De ces rencontres découle un large corpus de formes plastiques et performatives (textiles, céramiques, défilé, chants…). Sensible et attentive aux enjeux écologiques, par l’utilisation de matériaux naturels et endémiques, Lucie a imaginé un ensemble de pièces solidaires et interdépendantes en s’inspirant de l’écosystème de la haie. Cette structure végétale abrite de nombreuses espèces qui se développent librement tout en cohabitant les unes avec les autres ; une manière collective de vivre et de faire qui se déploie dans de nombreux aspects du travail de l’artiste.

C’est l’histoire d’un championnat de lancer de couvre-chefs. Un Auvergnat s’approche de la ligne de départ et ôte son chapeau dans le brouhaha général du stade. Après avoir couru quelque peu spectaculairement, il envoie son feutre noir en poussant un hurlement tonitruant, façon joueur de tennis à Roland-Garros. Celui-ci dépasse les dix mètres, puis les vingt mètres, et atterrit peu avant le panonceau qui annonce les trente mètres. On applaudit (mollement). Au tour désormais d’une Bretonne, qui arrive sous les vivats de la foule. Elle retire précautionneusement sa coiffe bigoudène, défaisant lentement le nœud pour ne pas abîmer la broderie. Elle s’élance vivement, tournoie sur elle-même une bonne dizaine de fois et projette

la coiffe au loin. On entend dans les gradins des « Oh ! » et des « Ah ! » tout le temps du lancer. Après quelques secondes d’incertitude, celle-ci atteint les cinquante mètres. Arrive enfin un Basque. Dans un grand silence, il s’approche lentement de la ligne de départ, se saisit de son béret puis le lance. Et on ne l’a jamais retrouvé.

Extrait du texte de Camille Paulhan, 2026

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