Celebration
Celebration :
« Les formes de l’art n’ont d’autre origine que la fête* » nous dit l’écrivain et historien de l’art Georges Bataille. Le travail de l’artiste Tony Regazzoni fait écho à cette maxime. Il traite des rituels nocturnes, actuels ou anciens : la boîte de nuit, la fête foraine, les danses du solstice ou encore les monuments mégalithiques.
Dans une de ses premières expositions monographiques La Caverne, l’artiste mettait en relief la façon dont les humains jouent avec la vérité, se cachant derrière des simulacres, prenant l’ombre pour la lumière, des pierres pour des éléments magiques, des sculptures pour des fétiches.
Au Palais Ducal de Nevers, il nous plonge dans cet univers de la fête et dans ses représentations contemporaines. La fête, ce moment de transgression où tout devient possible et qui s’inscrit toujours dans la tradition avec la célébration d’un événement concret, qu’il soit politique, religieux ou personnel. Ce lien apparaissait clairement dans la Grèce antique avec les rites dionysiaques, où les excès tant sexuels que culinaires et alcooliques étaient permis. Accomplis en l’honneur de Dionysos, dieu du vin et du théâtre, ces festivités liaient intimement l’art à l’ivresse, la transe etc. Métaphores de cet ancrage intime et réciproque, les œuvres de Tony Regazzoni associent les symboles des cérémonies païennes (l’éclipse, les dolmens…) aux matières et images du spectaculaire actuel (systèmes et motifs lumineux, musique, etc).
Pour l’exposition, deux œuvres ont été produites : Deca/Dance (avec le soutien de la DRAC Ile de France), vidéo/clip où les corps, mouvant, se sculptent sous les effets lumineux d’un club reconstitué, se confrontant à des structures géométriques élémentaires qui viennent architecturer l’espace de la danse, et Corny, une série de sculptures murales mêlant des éléments et symboles naturels et artificiels.
Ces œuvres prennent place au Palais Ducal dans une scénographie pensée spécifiquement pour cet espace. L’invitation de Tony Regazzoni dans ce lieu chargé d’histoire n’est pas fortuite. Le Palais Ducal relie lui aussi présent et passé, ici de la ville de Nevers, anciennement habitation des Ducs, aujourd’hui espace dédié à la Mairie et à toutes les cérémonies officielles.
Les visiteurs pourront ainsi déambuler dans la salle Fernand Chalandre plongés dans un décor de fête étrange et en suspens. Par ce recours au vocabulaire de la fête contemporaine, qu’elle soit foraine ou clubbing (ambiance sombre, dispositifs d’exposition inspirés des parcs d’attractions…), Tony Regazzoni fige un instant de vie, qui peut prendre la forme de sculpture, de film ou installation et nous renvoie ainsi à notre propre pratique de la célébration.
Allée couverte, 2009
Polystyrène, lumières LED, fumigènes, bois, aluminium
600 x 240 x 250 cm
Corny, 2011
Corne de buffle, tissus, plâtre, polystyrène, crépi, peinture
Dimensions variables
Celebration Pretty Dancing, 2011
Video HD couleur, 7’58”
Musique originale : The Miracles Club, Portland
Rampe, 2009
Caoutchouc, acier, bois, miroir
350 x 225 x 250 cm
Photos : Tony Regazzoni