Urbicandes
Vues de l’exposition "BAU", 27+, Hangzhou, Chine, 2025
Photos : John Cornu
Urbicande (composition), 2025
Tubes et modules métal, chaises modernistes (d’après le modèle MR10 de Mies van der Rohe et Lilly Reich), tables modernistes (d’après le modèle Adjustable Table/E1027 de Eileen Gray)
Dimensions variables
Vues de l’exposition "BAU", 27+, Hangzhou, Chine, 2025
Photos : John Cornu
URBICANDES
Urbicande (composition) s’ajoute à une longue série de productions initiées par John Cornu depuis 2008. Les « Urbicandes » sont des sculptures réalisées à l’aide de tubes et connecteurs métalliques qui se déploient dans l’espace selon différentes trames géométriques, soit de façon in situ, soit situées, soit autonomes, comme c’est le cas ici.
Leur titre, Urbicande, est emprunté à une bande dessinée franco-belge publiée en 1985, La Fièvre d’Urbicande, écrite par Benoît Peeters et dessinée par François Schuiten. L’histoire se déroule dans la ville fictive d’Urbicande, une cité rigide et autoritaire, structurée selon des principes urbanistiques très stricts. Le héros, Eugen Robick, est un urbaniste influent, adepte de l’ordre, des lignes pures, de la symétrie et d’une rationalité géométrique inspirée de Le Corbusier. Un jour, il découvre dans son bureau un petit cube métallique, une sorte de grille en 3D ou de « modulor ». Cette structure commence alors à croître de façon organique, sans explication. Imprévisible et défiant les lois physiques, elle envahit peu à peu la ville, échappant à tout contrôle humain. Symbolisant à la fois l’ordre et la perte de contrôle, la rupture et l’éveil, la grille transcende les règles établies et les espaces. Elle devient une métaphore de la société moderne, d’un changement en cours.
L’installation Urbicandes (composition) fonctionne elle aussi selon un principe d’utopie/dystopie. Entre différence et répétition, l’œuvre mêle passé, présent et futur, combinant des sculptures architecturées futuristes avec des rééditions de mobilier iconique du Bauhaus1
, commandées sur le site Alibaba : trois chaises d’après le modèle MR10, conçu en 1927 par Mies van der Rohe et Lilly Reich, et trois tables d’après le modèle Adjustable Table/E1027, conçu entre 1926 et 1929 par Eileen Gray.
Questionnant la notion d’auteur, l’unicité de l’œuvre et la reproductibilité technique, Urbicande (composition) est une installation qui contient en puissance un déploiement massif, une croissance incontrôlée, une occupation maximale de l’espace disponible.
URBICANDE, 2024
Tubes et modules d'acier
Dimensions variables
Vue de l’exposition « L’étale », Quinconce, Montfort-sur-Meu, 2024
© John Cornu - Courtesy the artist and Galerie Gilla Lörcher, Berlin
URBICANDE, 2023
Tubes et modules d'acier
Dimensions variables
Vue de l’installation, Biennale internationale de Saint-Paul de Vence
Commissariat : Ludovic Delalande et Claire Staebler, Saint-Paul de Vence, 2023
© John Cornu - Courtesy the artist and Galerie Gilla Lörcher, Berlin
Dimensions variables
Vue de l’exposition Laisse venir, commissariat : Perrine Lacroix, La BF15, Lyon, 2011
Dimensions variables
Vue de l’exposition Filiations, avec Niele Toroni [Empreintes de pinceau n°50 répétées à intervalles de 30 cm, 1975] et Joseph Kosuth [C.S. n°17, These are the facts of the case, 1989], commissariat : Fabienne Fulchéri, EAC–Espace de l’Art Concret, Mouans-Sartoux, 2012
Evoquant l’univers fantastique d’un Luc Shuitten autant que les productions de Mondrian et du groupe De Stijl, la pièce « Urbicande III » est une production spécifique, réalisée à l’occasion de l’exposition « Filiations » à l’EAC - Espace de l’Art Concret, qui fait écho à l’œuvre de Niele Toroni conservée dans les collections de l’EAC (« Empreintes de pinceau n°50 répétées à intervalles de 30 cm », 1975).
Produite in situ, « Urbicande III » prend son lieu de présentation comme point de départ, comme référent. La structure en tube a en effet été formée, moulée à même l’architecture, à même le lieu. Elle en constitue une trace, une empreinte tridimensionnelle. La forme retracée en tube a été ensuite répétée trois fois avant d’être présentée en quinconce à même le sol, à intervalle régulier.
Dimensions variables
Vue de l’exposition Nouvelles donnes, commissariat : Fabienne Fulchéri assistée de Claire Spada, EAC–Espace de l’Art Concret, Mouans-Sartoux, 2020
Dimensions variables
Vue de l’exposition Double détente, avec Michel Verjux [Demi-disque de lumière projetée, tangent à l’angle, 2009] et Guillaume Abdi [Spirit of ecstasy, 2008], l’Orangerie, Fontenay-le-comte, 2009
Dimensions variables
Vues de l’exposition Come as you are, commissariat : Ann Stouvenel, Le palud de Mez ar Zant–Le Dourduff-en-Mer, Plouezoc’h, 2011
Dimensions variables
Vue de l’exposition Nous ne vieillirons pas ensemble, avec Daniel Firman [Up Down #2, 2008], commissariat : label hypothèse, La Générale en Manufacture, Sèvres, 2009
Dimensions variables
Vue de l’exposition Nous ne vieillirons pas ensemble, commissariat : label hypothèse, La Générale en Manufacture, Sèvres, 2009
Dimensions variables
Vue de l’exposition Last chance to see the show, avec Yngvild Rolland [Faster, Faster, Faster, 2008], Hot Desking, Manifesta 7, commissariat : Christian Alandete et Esther Lu–Curatorlab, Point éphémère, Paris, 2008
Dimensions variables
Vue de l’exposition Nous ne vieillirons pas ensemble, avec Claude Rutault [définition/méthode 145 Légende, 1985], commissariat : label hypothèse, Galerie Nivet-Carzon, Paris, 2009
Les sculptures de John Cornu résultent d’une appropriation ou d’une relecture d’un vocabulaire formel et matériel hérité des avant-gardes abstraites, de l’art minimal, de l’art conceptuel, ou encore de l’architecture et du design moderniste : volumes géométriques simples, matériaux industriels, néons, etc. Mais sa démarche déplace évidemment les enjeux et les significations de ce répertoire de formes et de matériaux. Ainsi, alors que l’art minimal consista souvent à affirmer de façon tautologique « ce que vous voyez est ce vous voyez », les œuvres de John Cornu se situent sur un territoire beaucoup plus référentiel, ouvert aux interprétations fictionnelles et aux résurgences d’une posture romantique.
« Urbicande » s’inscrit dans la continuité de productions récentes déclinant des assemblages géométriques de tubes et de modules d’acier. Entre sculptures minimales, arborescences schématisées en 3D et ruines fantastiques (cf. François Schuiten et Benoît Peeters, La Fièvre d’Urbicande dans la série de B.D. Les Cités obscures, 1985), ces volumes viennent se situer dans un espace en s’y greffant, en s’y logeant, en l’habitant d’une manière qui oscille entre la mise en évidence et le parasitage. Ce mode de fonctionnement correspond à l’esthétique virale que John Cornu tente de déployer dans son travail, c’est-à-dire une esthétique fonctionnant par propagation ou par prolifération. Par contamination. Il est intéressant de noter que les structures installées sur le site ostréicole de La Palud de Mez Ar Zant ont elles-mêmes été soumises à une forme de propagation virale qu’est la rouille, favorisée par l’air marin chargé d’humidité et de sel. Il s’agit donc d’une œuvre hautement entropique : exerçant une force entropique sur le site dans lequel elle tente de s’insinuer, mais aussi soumise à l’entropie de ce dernier.
Jérôme Dupeyrat , in Catalogue de l’exposition Come as you are , 2011.
- École d’architecture et d’arts appliqués, fondée en 1919 en Allemagne par Walter Gropius, et courant artistique éponyme concernant aussi bien l’architecture, que le design, la photographie, le costume ou encore la danse. ↩