John
Cornu

MÀJ . 28.01.2026

Brume

2012-2024
300 chausse-trappes et peinture.
Dimensions variables

Brume, 2024
Installation in situ. Chausse-trappes de la Première Guerre mondiale et peinture noire 

Dimensions variables de l'installation

Vues de l'exposition « Blast », CIAM–La Fabrique, Toulouse, 2024
curation : Hélène Virion and Alain Josseau

Photo : John Cornu

Brume, 2012
Installation in situ. Chausse-trappes de la Première Guerre mondiale et peinture noire
Dimensions variables de l'installation
Vues de l'exposition Viser la tête, Le Parvis–centre d’art contemporain, Ibos, 2012
Commissariat : Magali Gentet


Photos : Alain Alquier

Brume, 2012
Installation in situ. Chausse-trappes de la Première Guerre mondiale et peinture noire
Dimensions variables de l'installation
Vue de l’exposition Monument, The Undercroft, SCVA–Sainsbury Center for Visual Arts, Norwich, 2014
Commissariat : Amanda Geitner

Photos : John Cornu

Brume, 2012
Installation in situ. Chausse-trappes de la Première Guerre mondiale et peinture noire
Dimensions variables de l'installation
Vue de l’exposition No shooting in this area, Le Bel Ordinaire, Pau, 2016
Commissariat : Émilie Flory et Cécile Archambeaud

Photos : John Cornu

350 objets énigmatiques, à quatre branches peints en noir, sont suspendus au sein de l’espace d’exposition. Ce sont des chausse-trappes allemands trouvés aux abords d’un chemin, à fleur de terre, non loin de Verdun. Ces armes ancestrales blessaient les pieds des hommes comme des chevaux. John Cornu en détourne la fonction originelle et en désamorce la nature dangereuse par un geste à la fois documentaire, artistique et mémoriel : la suspension. « Brume », ce mobile léger et élégant, fige l’explosion dans son mouvement meurtrier et brouille la perception de l’espace dans lequel elle se déploie. La légèreté vaporeuse qu’elle inspire dissimule, à peine, les stigmates de son vieillissement et une histoire à charge, agressive et sournoise.

Barbara Forest

Brume pulvérise trois cents chausse-trappes dans les airs. L’œuvre explose comme une bataille de la Première Guerre mondiale à Verdun. Ces pièges de mort de fabrication allemande y ont été retrouvés, au début du XXIe siècle, par un chineur d’Histoire. John Cornu les met en scène. Pulvérisation stellaire, nuée de microcosmes, déflagration noir ébène, elles engagent les yeux vers les airs alors que ces chausse-trappes
ont été conçues depuis l’Antiquité comme des pièges de pesanteur ralentissant ou immobilisant, de leur pointe hérissée, le pas des fantassins, le galop des chevaux, l’avancée des chars… Semées dans le sol par volées, elles attendent leur proie avec patience pour produire un champ d’horreurs et de sang.
Mais Brume ouvre une issue. Comme la bombarde du dessin Mortier à boulets explosifs de Léonard de Vinci1 envoyant vers les cieux des boulets aussi volatils que des aigrettes de pissenlit, la légèreté de Brume naît de la lourdeur des chausse-trappes et de leur nocivité. L’œuvre agence une opération dialectique. Elle évoque le passage d’un désastre à un discours, du tohu-bohu à l’articulé, de la destruction à la construction. L’avènement de l’humain dans l’Homme naît de ce travail incessant, de cette victoire de la parole sur le chaos. Cette conquête incombe à tous·tes, à chaque génération ; le progrès reste toujours à accomplir. La sauvagerie de l’Histoire du XXe siècle en est pleine d’enseignements…
Brume fait souffler sur l’opacité de chacun·e un vent dont l’art est la boussole orientée à la vie. Cette direction permet de passer de la question du besoin, « comment survivre ? », à celle du désir, « pour quoi vivre ? ». Le destin s’y joue. S’y perd ou s’y gagne.

Annabelle Gugnon
in John Cornu, catalogue monographique, Edition cultureclub-studio – La Criée centre d’art contemporain – Les presses du réel, 2025.

  1. in Codex Atlanticus, fol. 9v-a, Biblioteca Ambrosiana, Milan.