Sans titre (Fleury-Mérogis)
Dimensions variables de l’installation
Photos : John Cornu
Collection Musée des beaux-arts, Rennes
Dimensions variables de l’installation
Vues de l’exposition Des inconnus dans la maison, avec Guillaume Pinard [Pierre, 2013] et Lilian Bourgeat [Pupitres, 2011], commissariat : Anne Dary, Musée des beaux-arts, Rennes, 2013
Collection Musée des beaux-arts, Rennes
« Sans Titre (Fleury-Mérogis) » se compose de cinq éléments de formes géométriques simples en bois teinté de noir, fabriqués de manière artisanale par l’artiste. La forme « tripale » de chaque banc ainsi que le dessin hexagonal de l’ensemble, reprend le plan des bâtiments de la prison de Fleury-Mérogis. Ces éléments associent à la fonction purement spéculative de la sculpture, celle utilitaire de bancs et conjuguent la référence à l’art minimal à une dimension narrative. Cette œuvre joue ainsi sur les associations d’idées qui jaillissent autour de l’objet du banc (du banc des accusés aux bancs publics), et de la sculpture, qui évoque le positionnement du corps dans l’espace, de l’espace public à l’espace carcéral. Comme dans d’autres de ses œuvres, la source d’inspiration de l’artiste est l’architecture moderniste, ici celle de la prison de Fleuy-Mérogis. Construite en 1968 et considérée à l’époque comme “modèle”, elle est devenue, au fil des ans, une prison surpeuplée et dégradée.
Anne Dary
Fleury-Mérogis est entré dans la collection du Musée des beaux-arts de Rennes en 2013. Présentée en permanence au premier étage, dans la grande galerie des retables des XVIIe- XVIIIe siècles, cette œuvre, par sa densité, sa symétrie et sa simplicité, contribue à la majesté de cet ensemble de grands tableaux religieux. Elle permet aux visiteur·se·s une pose méditative et crée un hiatus entre des médiums, des époques et des finalités de l’art.
La sculpture de John Cornu se compose de six éléments indépendants1
de formes géométriques, en bois teinté de noir, fabriqués de manière artisanale par l’artiste. La forme « tripale » de chaque banc ainsi que le dessin hexagonal de l’ensemble reprennent le plan des bâtiments de la prison de Fleury-Mérogis. Ces éléments associent à la fonction purement spéculative de la sculpture celle utilitaire de bancs et conjuguent la référence à l’art minimal à une dimension narrative. L’œuvre joue ainsi sur les associations d’idées qui jaillissent autour de l’objet du banc, du banc des accusés aux bancs publics, et évoque le positionnement du corps dans l’espace, de l’espace public à l’espace carcéral. Elle oppose des éléments formellement rigoureux issus de l’art construit, à un « faire » artisanal et à un matériau traditionnel de la sculpture, le bois de sapin de Douglas, qui laisse entrevoir les traces de l’outil qui l’a taillée. Une des sources d’inspiration de l’artiste est l’architecture moderniste, cette œuvre comme son titre l’indique prend sa source dans la prison de Fleury-Mérogis. Considérée comme une prison « modèle » au moment de sa construction en 1968, par son architecture efficace et rationaliste, elle est devenue au fil des ans, un espace carcéral surpeuplé et dégradé. Même si l’inspiration est formelle, Fleury-Mérogis évoque pour tout un chacun, la prison et le flot d’évènements tragiques qui s’y rattachent.
John Cornu représente une nouvelle génération d’artistes qui, tout en revendiquant une filiation à l’art minimal, s’en démarque par une distance empreinte d’ironie et sans doute la revendication d’un art plus engagé, plus métissé, loin de celui des années 70, épuré et radical.
Anne Dary
in John Cornu, catalogue monographique, Edition cultureclub-studio – La Criée centre d’art contemporain – Les presses du réel, 2025.
- Le complexe pénitentaire de la maison d’arrêt de Fleury- Mérogis compte cinq bâtiments pour hommes majeurs, et un bâtiment pour femmes. ↩