John
Cornu

MÀJ . 28.01.2026

Comme elle vient

Béton, laiton (fonte de cartouches et douilles usagées) et oxydation
34 x 21 x 5,5 cm chaque
Vues de l’exposition No shooting in this area, commissariat : Émilie Flory et Cécile Archambeaud, Le Bel Ordinaire, Pau, 2016
John cornu - Comme elle vient
COMME ELLE VIENT, 2009-2016
Béton, laiton (fonte de cartouches et douilles usagées) et oxydation
34 x 21 x 5,5 cm chaque

Vues de l’exposition No shooting in this area, commissariat : Émilie Flory et Cécile Archambeaud, Le Bel Ordinaire, Pau, 2016

Photos : John Cornu
COMME ELLE VIENT, 2009-2016
Documentations

Photos : John Cornu

À l’origine de cette série d’œuvres, une promenade en terre bretonne marquée par la découverte fortuite d’obus, vestiges des guerres passées dont la réapparition ponctuelle ne cesse de raviver la mémoire collective de ses traumas. Suivant le principe fondateur
qui régit sa pratique artistique, John Cornu a défini un processus spécifique, entre hasard et détermination, qui repose sur une succession d’actions et de gestes exécutés par l’artiste
ou par un tiers. Les obus tirés hier sur les blockhaus situés en front de mer, ont donné naissance à un ensemble de cavités qui révèlent et conservent, en négatif, les traces
des impacts dans leur mouvement ; des cavités que l’artiste a moulées puis tirées en fondant des cartouches et des douilles usagées. Si l’action est identique, le résultat est chaque
fois unique. Comme souvent chez John Cornu, la différence opère dans la répétition. Reliefs accidentés, aspérités anguleuses, contours imprécis, les empreintes de ces béances varient selon la force de collision. De tailles variables, ces masses ont ensuite été enchâssées dans
la partie supérieure de plaques de béton, d’un même format. À la rigueur et à la densité du béton répondent la fragilité et la sensualité du laiton, matériaux mis en tension, voire en friction. Ces formes circulaires vert-de-gris, de la couleur emblématique des statues qui ponctuent les paysages urbains, des places aux jardins, semblent en proie à une inexorable dégradation. Mais ici, nul effet du passage du temps qui aurait commis ses ravages sinon l’ajout volontaire d’un oxydant qui en a précipité l’érosion. À la manière d’un organisme vivant, ces chaires meurtries sont comme des plaies ouvertes qui continuent de suinter, en témoignent les dégoulinures qui s’en échappent pour venir maculer le béton de leurs acidités chromatiques.

Ces tableaux-reliefs de petits formats—à moins qu’il ne s’agisse de stèles ou d’icônes?— sont disposés au mur et accrochés à hauteur d’œil, à distances égales les uns des autres pour favoriser un dialogue intime, direct et frontal, dans un tête-à-tête avec le·la regardeur·se. Serait-il alors possible de voir dans les irrégularités de ces volumes verdâtres une évocation des gueules cassées, ces victimes de la Grande Guerre défigurées au combat ? Comme toujours chez John Cornu, le scénario est pluriel et soumis à la libre interprétation du·de la spectateur·rice.

Entre ruine et monument, cette galerie de portraits, où se mêle violence et poésie, continue de faire résonner le souvenir de la Grande Histoire conjugué ici à la Petite Histoire. Réalisées entre 2009 et 2016, ces œuvres sont réunies, individuellement et collectivement, sous un titre générique, aussi évocateur qu’énigmatique, Comme elle vient. Titre de chanson, de roman ou de film, cette formule laconique résonne comme une exhortation optimiste ou fataliste, une ritournelle entêtante que l’on ne cesse de vouloir compléter pour en percer le mystère.

Ludovic Delalande
in John Cornu, catalogue monographique, Edition cultureclub-studio – La Criée centre d’art contemporain – Les presses du réel, 2025.