John
Cornu

MÀJ . 28.01.2026

Macula

2008
Bois, peinture noire et cirage
Dimensions variables
MACULA, 2008
Bois, peinture noire et cirage
Dimensions variables

Vue de l’exposition Tant que les heures passent – Part III, Ricou Gallery, Bruxelles, 2009
Photo : John Cornu
John Cornu - Macula
MACULA, 2008
Bois, peinture noire et cirage

Dimensions variables 
Vues de l’exposition Qu’on en finisse, Galerie Anne de Villepoix, Paris, 2013
Photo : Aurélien Mole
MACULA, 2008
Bois, peinture noire et cirage
Dimensions variables
Photo : John Cornu
MACULA, 2008
Bois, peinture noire et cirage
Dimensions variables 
Vues de l’exposition Le Retour de la lumière, avec Pierre Soulages [Peinture 100 x 73 cm, 9 novembre 1954, 1954; 16 mars 2017, 2017] et Jean Degottex [Suite obscure III, 25 novembre 1964], commissariat: Jean-Roch Bouiller, Musée des beaux- arts, Rennes, 2020
Photo : John Cornu

Collection Musée des beaux-arts, Rennes

De ces châssis de peintre a priori carbonisés, victimes d’un incendie iconoclaste émergent un travail de représentation, un travail de peinture que l’on pourrait qualifier de « paradoxal ». La frontière entre la représentation et le ready-made semble ici se dissoudre, comme s’il fallait signifier que le présenté et le représenté n’étaient que les deux faces d’une même médaille.

Emma-Charlotte Gobry-Laurencin

Hubert Robert en a rêvé, mais la grande galerie du Louvre n’a jamais connu la ruine. Pas plus que l’atelier de John Cornu n’a été ravagé par les flammes. C’est pourtant un peu cela qu’évoque son œuvre Macula, ensemble de châssis romantiquement carbonisés adossés aux murs du white cube dans des compositions dont l’allure varie en fonction des lieux. Voilà du moins l’image qui surgit au premier regard. Mais c’est là une image trompeuse, car l’extrême maîtrise avec laquelle l’œuvre a été réalisée, à coups de scie sauteuse, de meuleuse, de ponceuse, de pinceaux gorgés d’encre de Chine et de brosses de cirage, cette retenue pleine de contrôle, contraste avec la spontanéité dévastatrice que l’on prête à cet incendie imaginaire.

On sait en général que la « macula » désigne la zone d’acuité maximale de l’œil, zone par laquelle surviennent des formes de dégénérescence qui se manifestent par l’apparition de petits points sombres dans le champ de la vision. Or Macula de John Cornu provoque justement un surgissement d’images, celles des ombres de ce feu, celles de toutes les compositions qui auraient pu recouvrir les toiles brûlées, celles aussi des formes qui se dessinent à travers les lignes verticales et horizontales des cadres. Ces petites croix, dont les dispositions ont souvent été guidées par les nœuds même du bois, évoquent même, si on les aplatit d’un regard, les paysages presque abstraits que Mondrian a dessinés à la fin de sa vie.

Les formes de John Cornu empruntent souvent à l’abstraction et à l’art minimal, mais on y retrouve toujours ici et là une portée documentaire et des bribes de narration, que ce soit lorsqu’il utilise le vocabulaire de la guerre ou de la peur (des barrières anti-char ou les plans d’une prison panoptique) ou lorsqu’il s’empare de sujets plus paisibles (le polyèdre de Dürer). À cela s’ajoute ici une ironie mordante, peut-être inspirée de Claude Rutault, en quelque sorte un commentaire sur l’art et sur son marché. Au fond, si Macula se réfère de manière distanciée au minimalisme et aux recherches de Supports/Surfaces, c’est aussi une manière de dire qu’il faut en finir avec ces tableaux qui se vendent très cher pour être accrochés au-dessus des canapés, et en revenir à l’essentiel dans le champ des images, que ce soit celui de la peinture, de la sculpture ou de l’installation.

Anaël Pigeat
in John Cornu, catalogue monographique, Edition cultureclub-studio – La Criée centre d’art contemporain – Les presses du réel, 2025.