John
Cornu

MÀJ . 28.01.2026

La Mort dans l'âme

2009
Billots de boucher, peinture noire et cirage
Dimensions variables
LA MORT DANS L’ÂME, 2009
Billots de boucher, peinture noire et cirage
Dimensions variables

Vues de l’exposition John Cornu, Galerie Anne de Villepoix, Paris, 2014
Collection CNAP, Ministère de la culture et de la communication
Photos : John Cornu
LA MORT DANS L’ÂME, 2009
Billots de boucher, peinture noire et cirage
Dimensions variables

Vue de l’exposition Activité permanente, commissariat : David Coste, Émilie Flory, Laurent Proux et Cécile Poblon, Centre d’art le bbb, Toulouse, 2018
Photos : John Cornu
LA MORT DANS L’ÂME, 2009
Billots de boucher, peinture noire et cirage
Dimensions variables
Photos : John Cornu
John Cornu - La mort dans l'âme
LA MORT DANS L’ÂME, 2009
Billots de boucher, peinture noire et cirage
Dimensions variables

Vue de l’exposition Des inconnus dans la maison, commissariat : Anne Dary, Musée des beaux-arts, Rennes, 2013
Photos : John Cornu
LA MORT DANS L’ÂME, 2009
Billots de boucher, peinture noire et cirage
Dimensions variables

Vue de l’exposition Monument, commissariat : Barbara Forest, Musée des beaux-arts, Calais, 2015
Photos : John Cornu

« La mort dans l’âme » est une série de « ready-mades » romantiques, anciens billots de boucher noircis, achetés à des professionnels en fin de carrière ou décédés. Vanités aussi palpables que fantomatiques, ces pièces - dont la surface s’est comme vallonnée au fil du temps - donnent à voir, simplement et directement, les traces et les stigmates des coups de lames reçus. Cette violence peut trouver écho dans les guerres et conflits. (…) Creusée par l’accident et les coups de couteau répétitifs, cette surface noire traduit l’idée d’un territoire désolé, érodé, abîmé et usé. Ces billots deviennent des paysages dévastés, ceux d’un champ de bataille ou d’une guerre de tranchées.

Barbara Forest

Puissante et énigmatique, cette œuvre conserve tout son mystère. Comment la définir : billots de boucher ? Paysages ? Stèles ? Autobiographies d’objets ?
Robustes et molles, massives et flottantes, ces formes d’une beauté singulière frappent par leur présence. En effet, ces objets simples et bruts tracent les contours d’une vie consacrée au labeur. Certains témoignent de la violence des gestes répétés inlassablement, d’autres trahissent les cicatrices survenues avec le temps, et, d’autres, enfin, soulignent des réparations vaines et désespérées.
Avec cet ensemble de billots, John Cornu se glisse dans les failles de plusieurs vies personnelles. Il s’approprie, en effet, chacun de ces objets. L’espace de l’autre est accaparé, son histoire récupérée. Ainsi conçoit-il l’objet, comme un espace vécu et mental qui esquisse, dans l’exposition, un paysage complexe. Réifiés et transformés, ils forment des vues mélancoliques.
Réceptacles scénographiques, ils sont en attente d’un sens nouveau. Un sens que John Cornu leur confère en les associant les uns aux autres. Cette dynamique introspective
qui se traduit, par la répétition et la différence (manipulation), est caractéristique du travail de l’artiste. En jouant de la variation sur un même thème, il révèle la remarquable diversité formelle de ces objets considérés, à priori, comme dénués de qualités esthétiques.
Cet effet est renforcé par les règles de présentation : une facture dépouillée et austère, un refus de l’anecdotique. Déserts, lisses, froids, ces objets révèlent un monde de solitude. Ils évoquent les lieux intérieurs que chacun peut porter en soi ; suggèrent les liens perdus avec le passé, les strates enfouies ou les vérités refoulées.
Navigant entre passé et présent, l’artiste joue du déplacement et de l’appropriation pour créer d’étranges collisions entre mémoire individuelle et collective. Il ne propose pas
de reconstituer des moments de vie ou de raconter des récits. Il libère les objets de leur fonction qui, par mutation, deviennent des formes défuntes. Fermées sur l’avenir, elles sont désormais ouvertes sur le vide. Qu’y a-t-il en elles, sinon de l’absence? Des formes désossées et vidées? Ni leur vocation antérieure ni leur éventuelle destination n’est lisible. Leur devenir est incertain. Leur identité aussi : on hésite entre stèle et ruine, formes achevées ou à l’agonie.
Leur intérêt réside dans leur ambivalence, à la fois frêles et résistants, forts et fragiles; ces corps aveugles où se lisent les signes d’une vie absente appellent et interpellent la pensée. Invisibles, ils sont désormais visibles. L’artiste les as sauvés de l’oubli. Sorte de mémorial,
cette série qui rend hommage à ces mal aimés, questionnent et sondent en creux notre propre résistance face au monde, au labeur et au temps.

Mouna Mekouar
in John Cornu, catalogue monographique, Edition cultureclub-studio – La Criée centre d’art contemporain – Les presses du réel, 2025.