John
Cornu

MÀJ . 28.01.2026

Cut-up

2009-2011
Journaux Libération (12 septembre 2001 ; Hors-Série septembre 2001),
Magazine U.S.News (14 septembre 2001), marie-louises, encadrements entre 2 verres.
60 x 41,5 cm, 64 x 41 cm, 42,5 x 28,5 cm

Photos : John Cornu

is that named
AIM-120C-7 Advanced Medium Range Air-
to-Air Missiles thirty-two for $63 million
damn, superpowers. I made us fight
fight stronger driving farther Standard
Missile-3 Block 1B Missiles and Standard Missile-3 Block 2A Missiles

eight + thirteen for $561 million
made us need more I will have us stand, stand still, I swear

I’ll make money rain, and it feels like a

a year ago

three, King Air 350 extended range aircraft with customer unique post-modifications
for Intelligence, Surveillance

and Reconnaissance operations 

$300 million
Armed Bell 407GX helicopters configured with M240 7.62mm Machine Guns

five for $82.5 million, now I’m

a stranger
I’m what in here is a lie and the camera, well reminder
MK 15 Phalanx Close-in Weapon System Block IB Baseline 2

Upgrade Kits fifty for $75 million
it was recording.

Se ressaisir d’une œuvre permet d’apporter la preuve qu’il se passe bien là quelque chose. is that named est donc une récurrence, ou démonstration par l’exemple de ce que font, à mon sens, les Cut-Up de John Cornu (2009-2011).
Les données d’un registre de l’armée américaine (des ventes souvent en direction du Moyen-Orient, références et montants réels), entrent en collision avec ce que serait le dialogue retour de cet homme allongé — en tout cas, lui en tant qu’image. Une rotation de 90° horaire fera que nous ne le reconnaîtrons pas toujours immédiatement.
Sa chute nous est pourtant familière. Elle a produit des effets : combattre, faire de l’argent,
tenir tête (ou : « se tenir droit »); et puis il y a la compression du temps, la teneur en mensonge
des images, et finalement lui, qui n’a rien demandé—mais c’est comme ça : la caméra filmait.
Comment en faire quelque chose, est-ce que ça peut même se nommer. Ce qu’a réussi John Cornu ici n’est pas anodin : d’un geste simple (ce qui, en matière de création, est évidemment ce qu’il y a de plus difficile), il fait de ces images des accalmies, sans pour autant rien nier de ce qu’elles contiennent.
Il isole un élément ; il introduit un temps retard. La technique du cut-up permet précisément cette hésitation, et ce glissement du local, contextuel, vers de la matière dont on peut se ressaisir des années après. De petites trouées dans le mortel.
Ventes d’armes, ou images d’actualité : le contingent est souvent bête et méchant. Et depuis la fin de la modernité : envahissant. On ne peut pas, ou plus, simplement décider de faire comme si le flux des images, des messages, des marchandises ne nous concernait pas, comme s’il épargnait les œuvres, voire qu’il puisse nous séduire, parfois.
Alors, il faut le travailler. En l’échantillonnant, et en composant avec, en lui appliquant un traitement sensible (abstraire, faire douter le regard, produire du sens au-delà des définitions du dictionnaire), on rend possible — même si l’espace d’un instant, un autre rapport au monde, hors du régime contemporain informationnel.
Entre deux verres, ces œuvres affirment la nécessité des pas de côté ; nous avons John Cornu à remercier.

Muriel Leray
in John Cornu, catalogue monographique, Edition cultureclub-studio – La Criée centre d’art contemporain – Les presses du réel, 2025.