Bandeau
Wall painting (d’après le jeu colin-maillard), Saint-Briac sur Mer
Peinture noire Dimensions variables
Photos : culture-club studio - John Cornu
On connaît cet univers où ne cesse de se jouer un jeu de colin-maillard sinistre, où l’on avance toujours dans la fausse direction, où les mains tendues « griffent le vide », où tout ce qu’on touche se dérobe…
Nathalie Sarraute
La pièce Bandeau procède du « donner à voir », bien qu’elle soit paradoxalement le résultat d’un geste de masquage à l’instar du jeu colin-maillard1
. Ici, on se joue de la peinture. Cette dernière, noire, est apposée à la main, par tâtonnements, à même le mur et à hauteur de regard. Il s’agit de proposer une forme d’horizon scopique, une ligne blanche qui restitue visuellement une partie du support occupé.
Dans cette logique pleine de duplicité où l’on cache autant que l’on montre, la peinture opère via une approche tactile et rudimentaire de la paroi, et ce, dans un registre réductionniste. Pourtant les différentes références font aussi partie du jeu : Esther Ferrer, Barnet Newman, Helena Almeida, Richard Long, Claude Rutault…
Il y a aussi le rapport au site, qui est à comprendre comme un des constituants de cette action picturale, de ce dispositif de visibilité en bandeau.
L’opération, peu bavarde de prime abord, peut donc s’avérer complexe mais aussi convoquer une lecture plus symbolique où chaque regardeur.euse pourra élaborer sa propre trajectoire.
Affichant une réelle économie de moyen dans sa mise en œuvre – un peu de peinture noire et de l’adhésif de masquage –, Bandeau fait écho tout autant à l’art pariétal qu’aux tracés de craie et autres gestes picturaux enfantins.
Non sans rapport avec une autre pièce, intitulée Les Mains sales (2012), mais ayant le mur comme terrain de jeu, Bandeau évoque aussi la relation ambigüe entre l’Homme, la trace, la pollution… l’aveuglement.
Actualisable de façon non limitée dans le temps et au sein de l’espace, en intérieur comme en extérieur, par des protagonistes de divers âges et tailles, cette pièce se teinte et se charge à chaque fois d’une signification singulière selon les contextes.
- Jeu de société où l’un.e des joueur.euse.s – avançant les yeux bandés et les mains tendues – cherche à l’aveuglette les autres joueur.euse.s, jusqu’à ce qu’il.elle en attrape un.e, l’identifie à tâtons, et que celle ou celui-ci prenne sa place. ↩