John
Cornu

17.01.2024

Butoir

2017- 2021
Bois, feu et chaînes de levage
Dimensions variables de l’installation
Vues de l’exposition Le Rack, commissariat : 40mcube—HubHug Sculpture Project, Liffré
Butoir, 2017
Bois, feu et chaînes de levage
Dimensions variables de l’installation

Vues de l’exposition Le Rack, commissariat : 40mcube—HubHug Sculpture Project, Liffré, 2017- 2021
© John Cornu

Tout en conservant un lien avec l’ensemble de son œuvre, la sculpture nommée Butoir de John Cornu s’en démarque. Située dans la continuité d’une première installation datant
de 2011 qui portait le titre Assis sur l’obstacle, celle-ci véhicule une idée de domination que l’on peut réduire à celle de l’artiste sur la forme et le matériau. L’obstacle est en effet récurrent dans le travail de John Cornu, reproduisant des formes qui divisent l’espace, qui rendent la circulation moins aisée. Malgré leur épuration et leur simplification, ces formes sont immédiatement reconnaissables, car issues de l’architecture ou de dispositifs guerriers offensifs comme défensifs.

On retrouve dans Butoir la référence à la sculpture moderne et minimale, constante
dans le travail de l’artiste. Ici c’est plus particulièrement la colonne sans fin de Brancusi qui est clairement citée, mais aussi un module sculpté repris d’un tabouret Peul et répété

sept fois, chiffre sacré. Sachant que Brancusi a lui-même été influencé par la sculpture africaine, John Cornu met en place un principe de poupée gigogne en intégrant la référence
de la référence. Ces citations sont d’autant plus explicites que pour une fois, l’artiste laisse le bois naturel, sans le teinter par l’un des procédés qu’il utilise couramment, ses couleurs de prédilection étant le noir et le gris béton.

Cependant, si cette sculpture reste, comme les autres œuvres de John Cornu, sobre, voire énigmatique, référencée mais peu bavarde, c’est le choix de présentation de Butoir qui surprend. Produite pour intégrer le parc de sculptures de 40mcube, le HubHug Sculpture Project, et plus spécifiquement pour être présentée sur Le Rack, dispositif de présentation d’œuvres dans l’espace public s’apparentant à un rack de stockage géant, Butoir est présentée de manière frontale et suspendue par des chaînes. Prête à défoncer, en somme. Si John Cornu reprend régulièrement des formes sobrement menaçantes, noires, pointues, en équilibre précaire, Butoir est clairement plus violente. Cette sculpture au titre imagé renvoie à cet autre objet qu’est le bélier, utilisé depuis l’Antiquité pour enfoncer des portes ou des murs. À la position d’attaque face à la personne qui regarde l’œuvre s’ajoute des éléments suggérant une agressivité inhabituelle, des chaînes métalliques grossières, archaïques, qui contrastent avec la douceur du bois lissé. Un mobile à la lourdeur évidente, empêché dans son mouvement, contraint, contenu, retenu, un butoir bloqué, une sculpture dominée.

Anne Langlois
in John Cornu, catalogue monographique, Edition cultureclub-studio – La Criée centre d’art contemporain – Les presses du réel, 2025.