Quentin
Yvelin

NEW . 16.01.2026

Le bleu du souffle

2023

« La médecine est née du mal, si elle n’est pas née de la maladie et si elle a, au contraire, provoqué et créé de toutes pièces le malade pour se donner une raison d’être. »
Antonin Artaud

Au commencement de cette série se trouve une réflexion. Un constat que je me suis fait à propos d’un certain nombre de mes ami·es et intimes en prise avec des pathologies respiratoires ou des problèmes de souffle plus ponctuels. C’est par ce prisme que j’ai eu envie de questionner des tempéraments et des manières d’être, lorsque notre respiration est contrariée et parfois obstruée. Partant d’un manquement ou d’une « faiblesse », j’ai voulu explorer et rendre visible des singularités et des sensibilités qui se sont construites sur ce qu’on appelle un handicap ou une malformation. Mon propos n’est pas empreint de pathos ou d’un désir de donner à voir une opinion distanciée et clinique. Bien au contraire, il interroge et donne à voir les mécanismes d’une résilience et d’une adaptation. Observer comment le corps et la psychologie s’adaptent et composent avec ce manque, et créer les possibilités d’une résilience, d’une adaptation, d’un surpassement.

La rencontre avec Pauline a été rapide. Elle a eu lieu dans un contexte de résidence artistique où j’ai été invité, par la compagnie Nathalie Beasse, à poursuivre mon travail et mes recherches sur La poitrine creuse. L’enjeu était pour moi, à ce moment-là, de ne pas céder à une forme de précipitation et d’impatience pour obtenir un résultat de cette rencontre. Il fallait laisser faire, lâcher prise. La réalité de vie de Pauline et de sa pathologie respiratoire était aussi beaucoup plus impressionnante et délicate. La nécessité de « prendre soin » et d’envisager la rencontre et la collaboration dans une dimension quasi thérapeutique ont donc été évidentes et très enrichissantes. J’ai aussi dû recevoir et appréhender les retours et les réactions de ses proches qui, ayant partagé de nombreuses épreuves avec Pauline, pouvaient avoir des interrogations sur mes motivations et ma démarche ainsi que sur la forme plastique donnée à la série qui lui est consacrée, Le bleu du souffle.