Vivant sur la presqu’île de Crozon dans le Finistère, je travaille dans les divers lieux où l’on m’accueille. Je fabrique des objets pour nous rassembler. Il y a tout d’abord la cueillette de matières et de savoirs spécifiques aux zones géographiques où je suis amenée à concevoir des projets : apprendre un milieu à partir des vivants qui y résident. Ainsi j’observe les plantes, les animaux, les terres qui deviennent matières entre les mains curieuses qui ont appris à les transformer et ont transmis ces connaissances. En étant instruite à mon tour de ces mains, je travaille avec des outils qui traversent les siècles et contribue à faire perdurer les savoirs qui en découle. Ma grand-mère était couturière et […]
Vivant sur la presqu’île de Crozon dans le Finistère, je travaille dans les divers lieux où l’on m’accueille.
Je fabrique des objets pour nous rassembler. Il y a tout d’abord la cueillette de matières et de savoirs spécifiques aux zones géographiques où je suis amenée à concevoir des projets : apprendre un milieu à partir des vivants qui y résident. Ainsi j’observe les plantes, les animaux, les terres qui deviennent matières entre les mains curieuses qui ont appris à les transformer et ont transmis ces connaissances. En étant instruite à mon tour de ces mains, je travaille avec des outils qui traversent les siècles et contribue à faire perdurer les savoirs qui en découle.
Ma grand-mère était couturière et m’a appris les travaux d’aiguilles et de crochet, sur la presqu’île et dans le Béarn j’ai été initiée au fuseau et au rouet. Pendant l’enfance, dans mes études et encore aujourd’hui j’apprends l’argile. Mettre bout à bout ces savoirs c’est être en lien direct avec les matières d’un territoire, apprendre à connaître leur transformation et leur permanence. Nous nous couvrons du savoir des autres et nous couvrirons les suivant·es de la même manière.
Le textile me permet de créer des dispositifs légers, pliables et transportables facilement. Ces fils qui font surfaces sont des abris ou des lieux de rassemble- ment qui se déploient, des coiffes ou des capes qui nous transforment en autre.
Ils sont fragiles et pragmatiques. Ce sont des parois, des frontières, des seuils, des épidermes qui séparent autant qu’ils réunissent. La céramique elle se fait espace prédigestif, contenant déversoir, déversant dans notre corps contenant, naviguant entre perméabilité et imper- méabilité. Dans mon travail il est souvent question de ce qui se met dans ou sur nous, ce qui nous distingue et ce qui nous rassemble. Cette écologie de travail nous parle de la manière dont nous habitons ensemble et comment nous nous organisons.
L’assemblage de mets cuisinés ou non, la présence des plantes à goûter ou à sentir permet l’activation des installations. Dans ce geste commensale, l’invité.e, l’invitante, le lieu d’invitation se ren- contrent et font du groupe un seul corps, un essaim oeuvrant à la même tâche se déplaçant dans l’espace à la recherche d’une expérience commune où chaque individualité prend place.