John
Cornu

MÀJ . 28.01.2026

La pluie qui tombe

Depuis 2009
Affiches noir et blanc, 50 x 70 cm
Photographies noir et blanc,103,6 x 80,7 cm chaque

Photos : John Cornu

La nuit luit d’une illusion perceptive. Elle s’ouvre sur une image à double fond, sur une constellation de points blancs sur de grands aplats noirs qui prennent à défaut le fonctionnement des sens.
Face aux photographies de John Cornu la raison succombe à l’illusion dans le sillage de l’allégorie de la Caverne de Platon. De la surface photosensible du papier à la profondeur de la nuit, l’artiste nous invite à questionner la matière sensible, comme le médium photographique et son essence. Sous son objectif la lumière émerge des ténèbres, luit par le miroitement du réel. Il nous donne à voir une cosmogonie. Seul l’apport textuel dissipe toute erreur, il révèle la Pluie qui tombe et le processus, les enjeux poïétiques de l’œuvre. La réverbération des gouttes d’eau sous l’action du flash cisèle la profondeur nocturne. Par la convocation d’une forme d’incertitude elle nous donne à voir à la surface de l’image une constellation de points, de grains qu’il investit, non sans rappeler les grains de beautés de ses modèles tatoués.
John Cornu s’approprie une nouvelle fois le réel et compose avec ses infimes aléas. Notre horizon d’attente est ainsi trompé, abusé, au sens étymologique du latin illudere. L’illusion convoquée par l’artiste est en effet totale, hypnotique. Elle ne trompe pas nos perceptions, mais anime par un réinvestissement des codes de l’art minimal et de l’art concret, une volonté poétique qui trouble la perception de l’infime. Elle génère par l’appropriation de ces précipitations, une œuvre qui ne s’épuise pas, qui résiste à toute interprétation jusqu’à faire d’un microcosme météorologique, le macrocosme d’une cosmogonie par laquelle nous sommes irrésistiblement happés. Elle nous invite à nous enfoncer par-delà l’indicialité, dans la profondeur de la nuit étoilée jusqu’à pénétrer les brèches blanches, la surface ciselée du papier.
Par une poïétique de l’écart, John Cornu entaille par la rutilance de ses gouttes de pluie, par l’ambivalence de leurs nitescences, la noirceur céleste et trouble l’essence d’une image photographique trop illusoire pour être stellaire.

Hélène Virion
in John Cornu, catalogue monographique, Edition cultureclub-studio – La Criée centre d’art contemporain – Les presses du réel, 2025.