L'assemblée lexique lacunaire pour maintenant
Conçu entre 2021 et 2024 dans le cadre d’un 1% artistique pour le collège Niki de Saint-Phalle à Nancy, L’assemblée, lexique la cunaire pour maintenant est une œuvre participative et éditoriale qui prend la forme d’un lexique collectif imaginé par Jocelyn Cottencin avec des collégien·ne·s et des étudiant·e·s du Campus Artem. Elle prolonge la recherche menée depuis une quinzaine d’années par Jocelyn Cottencin autour de la fin de la modernité et de l’idée d’universel relatif, qu’il aborde comme des questions esthétiques : elles façonnent la manière dont nous percevons et représentons le monde.
Il propose donc de réengager une lecture du présent à travers les interdépendances écologiques, sociales et politiques que la modernité a occultées. Ateliers, dessins muraux, typographie et productions visuelles composent un corpus fragmentaire qui oscille entre livre, signalétique et installation. Loin d’une encyclopédie exhaustive, ce “lexique lacunaire” invente une langue partagée, à la fois poétique et critique. Il transforme l’espace scolaire en laboratoire où savoirs, récits et gestes se mettent en circulation, ouvrant la possibilité d’habiter autrement notre temps.
Temps d'atelier
Photos : Myr Muratet
L'assemblée lexique
lacunaire pour
maintenant, 2024
Edition Crossing
Imprimé sur les presses de Mediagraphic, Rennes, Mars 2024
Photos : Jocelyn cottencin
Documentation de l'édition
Interdépendances dessins muraux
Collège Niki de Saint-Phalle à Nancy
Photos : Jocelyn cottencin
Interdépendances Poème
Collège Niki de Saint-Phalle à Nancy
Photos : Jocelyn cottencin
Interdépendances Poster
Collège Niki de Saint-Phalle à Nancy
Photos : Jocelyn cottencin
Signalétique
Collège Niki de Saint-Phalle à Nancy
Photos : Jocelyn cottencin
Texte extrait de la conférence faite dans le cadre d’ELIA (European network of higher arts education) à Helsinki en Novembre 2022
LE CONTEXTE COMME PROJET
Le contexte de cet 1% artistique” est la création d’un collège sur le campus Artem, dans la ville de Nancy.
Un collège est un lieu de transition.
Transition d’un âge à un autre, de l’enfance à l’adolescence, du choix et orientation pour le lycée et évidemment pour la vie après le lycée.
Nous vivons dans une société qui est en plein bouleversements sociaux, culturels, politiques dans une relation au terrestre qui se modifie. Le changement climatique aura un impact décisif sur les milieux dans lequel nous vivons.
De nouveaux modèles doivent être inventés.
Pour ce projet, j’ai voulu donner une matière qui puisse être au cœur d’une série d’échanges et de création par l’écriture, le récit et le dessin.
Le campus Artem est constitué de 3 grandes écoles, l’école des Mines, école ICN (commerce) et école nationale supérieure d’art et de design de Nancy.
C’est donc sur ce terrain où se trouvent des étudiant.e.s de ces 3 grandes écoles que les adolescent.e.s du futur lycée viendront étudier. Et ces adolescent.e.s sont la génération qui subira de plein fouet les conséquences du changement climatique.
Le projet part de là. De cette terrain et de ces communautés en tant que possibilités.
L’ASSEMBLÉE
L’assemblée, lexique lacunaire pour maintenant, est un projet à la fois ambitieux et modeste, utopique et déterminé.
Nous sommes en plein dans l’effondrement de la biodiversité, le réchauffement climatique, les bouleversements sociaux et culturels. Tous ces événements ne sont plus annoncés mais déjà bien là et s’aggravent chaque jour.
A partir du champ de l’art en lien avec d’autres espaces disciplinaires ou plutôt indisciplinaires, ce projet tente modestement mais avec une ambition importante de réengager une lecture du monde à la lumière d’un nouveau rapport possible à celui-ci.
Non pas comme une terre qui ne serait qu’une ressource à exploiter, mais comme un sol auquel nous sommes liés, avec lequel nous sommes interdépendants, et dont nous faisons partie.
Le projet repose sur l’idée que nommer, c’est définir, c’est donner une lecture.
Re-nommer, c’est essayer de réengager une compréhension de ce monde, de voir autrement.
La réalisation d’un lexique pour nommer le monde, ou plutôt pour en réengager une lecture à la lumière des interdépendances animales, végétales, climatiques, sociales qu’il semble que nous ayons oubliées. Parler de ” milieu ” plutôt que d’environnement, c’est déjà le début d’un changement de posture pour comprendre où nous sommes.
L’assemblée, lexique lacunaire pour maintenant existe en tant que :
Une série d’ateliers avec les collégien.ne.s, des étudiant.e.s des 3 grandes écoles et des enseignant.e.s, un poème, une série d’affiches, trois dessins muraux, ainsi qu’un projet éditorial.
2020
LA TYPOGRAPHIE COMME OUTIL
Dans le cadre du projet pour le concours 1%, j’ai conçu une typographie comme premier élément du projet. Je considère cette typographie comme le fondement de l’ensemble du projet. Un alphabet est un système de signes. C’est un véhicule graphique et symbolique.
La typographie a été développée sur une grille graphique issue d’une transcription du plan architectural du lycée.
La grille joue symboliquement avec l’arc de cercle et le segment. Il s’agit d’un monotype,
c’est-à-dire que chaque lettre occupe le même espace.
Une autre particularité de ce caractère a été de concevoir une typographie qui se compose d’un signe par lettre. Ce qui implique une vision plus horizontale de l’écriture la rendant moins hiérarchique.
Pas de majuscule, pas de minuscule.
2021
DESSINER LE MONDE
Dessiner le monde ça a commencé comme ça dans notre histoire Et ça a commencé comme ça dans ce projet. Le dessin est pour moi une possibilité
De ralentir D’avoir un point de vue Dessiner, c’est intégrer. Dessiner, c’est observer, intégrer et traduire.
*De mars à juin 2021, nous avons fait une première étape en travaillant avec une classe de collégien.ne.s de 6e avec des étudiants de l’école supérieure et du département Communication de l’ENSAD-Nancy, pour constituer un codex de dessin autour des catégories qui ont été définies au cours du travail en cours : plante, animal, climat, social, etc.
Nous avons produit des centaines de dessins. Nous avons beaucoup parlé et nous avons beaucoup regardé. Les enseignant.e.s qui ont participé aux ateliers ont également été impliqués dans les dessins.
Après la réalisation de ce codex, nous avons conçu avec les collégien.ne.s une version de la typographie en utilisant les mêmes catégories pour re-définir le dessin des lettres. Cela a donné une autre version de la typographie « l’assemblée »
OCTOBRE 21 MARS 2022
L’ASSEMBLÉE / ATELIER ARTEM
Dans le cadre de l’Atelier Artem, d’octobre 2021 à avril 2022,j’ai travaillé de manière atypique avec des ateliers réunissant des étudiant.e.s du campus Artem (ENSAD Nancy, MINES Nancy et ICN) et des collégien.ne.s d’une classe de 5ème du futur lycée Artem. L’atelier a été conçu comme un groupe faisant appel à la recherche, à la documentation et à l’expérimentation. Ce travail est engagé autant par la parole, le texte que par une pratique de l’image, de la sculpture ou du dessin.
Différentes méthodes de travail ont été testées au cours de cette année d’atelier. Tout en partageant et en lisant des textes, le groupe a travaillé sur des mots choisis par les collégien.nes et des étudiants des trois écoles du Campus Artem, en utilisant différents outils tels que la sculpture, le dessin, la collecte d’images, l’écriture et le débat pour aborder la définition d’un mot.
De cet atelier, nous avons produit deux publications
le journal lacunaire 1 Ce projet de publication est composé de 4 séquences éditoriales correspondant à 4 groupes de travail qui ont reproduit les recherches d’un ensemble de mots choisis par chaque groupe d’étudiants.
Différentes méthodes de travail ont été discutées mais ce qui a été traversé, c’est avant tout l’expérience de travailler collégialement malgré les différences d’âge et de champs de recherches différents. Comment les étudiant.es peuvent échanger avec les collégien.ne.s et vice versa.
le journal lacunaire 2 a été consacré à la production de textes et d’images plus individuels.
Les textes étant parfois écrits en les pensant comm des textes de Rap.
L’ASSEMBLÉE
LA PART VISIBLE ET LA PART INVISIBLE
Cette dernière partie présente les différents types d’œuvres et de productions qui sont installées dans le lycée.
Dans le cadre du 1%, j’ai réalisé une signalétique pour le lycée à partir de la typographie ” l’assemblée ” et une série d’interventions graphiques et visuelles intitulée Interdépendances ainsi qu’une édition « l’assemblée lexique lacunaire pour maintenant ».
SIGNALÉTIQUE
Dans le cadre de la signalétique, un des éléments les plus importants a été de faire accepter le changement de la devise de l’état français.
LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ
par LIBERTÉ ÉGALITÉ ADELPHITÉ
Fraternité est un grand mot, ” Lien existant entre des personnes considérées comme membres de la famille humaine ; sentiment profond de ce lien “. “C’est un grand mot mais il est basé sur le patriarcat. L’adelphité est la même notion, mais sans inférence de genre.
” Bien sûr, la substitution lexicale ne peut à elle seule établir l’égalité en droits, en dignité et en faits. Mais ce neutre inclusif d‘“adelph” pourrait être une base à partir de laquelle reconstruire la force du lien matriciel, débarrassé d’un binaire opposant “frère” et “non-frère”, “même” et “différent”, femmes et hommes, nationaux et étrangers, vieux et jeunes, etc. “
Le mot adelph a été l’un des premiers sur lequel nous nous sommes penché.e.s lors des ateliers, il a suscité beaucoup de débats entre les groupes mais aussi avec les élus de la ville de Nancy et du département venus assister à une séance de travail.
Petit à petit, ce changement est devenu une réalité.
Il est donc inscrit sur toutes les façades vitrées du bâtiment.
ŒUVRES GRAPHIQUES ET VISUELLES
Les œuvres graphiques et visuelles présentes dans le bâtiment se divisent en 3 types : le dessin mural, l’affiche et le poème.
> interdépendances Poster
> Interdépendances Poème
> Interdépendances dessins muraux
Le poème est une phrase écrite dans la cour de récréation qui nomme à la fois les enfants, les plantes et les animaux présents dans la cour. La phrase est composée avec les deux versions de la typographie “L’assemblée”, version normale et version dessinée.
Les dessins muraux sont une série de trois dessins Deux sont réalisés à partir d’un assemblage de divers dessins des collégien.ne.s. Le dernier est une composition typographique ” du ciel et de la terre » renvoyant à des écrits en particulier de Bruno Latour et Aldo Léopold.
La dernière intervention est une série d’affiches en sérigraphie. Chaque couleur correspond à une catégorie ” nuage arbre, fleur, animal, groupe, mot ” et chaque poster joue avec une combinaison des éléments jusqu’à des versions complètes.
Le dernier élément est un livre imprimé pour chaque élève du collège, qui sera la première version du lexique lacunaire.
Ce livre est composé de mots qui renvoient à d’autres mots, les définitions “classiques” sont référencées dans un index à la fin du livre, et des dessins traversent toute la publication. Le livre laisse la possibilité d’écrire les définitions à venir, donnant ainsi un espace de réflexion.
VISIBLE
INVISIBLE
le travail que je fais depuis des années passe par la production de forme, mais dans ces projets où j’engage le collectif, la notion d’expérience collective en tant qu’œuvre, est pour moi une des choses les plus importantes.
Je parle de sculpture sociale productive dans le sens où, pendant un temps donné, un groupe de personnes se réunit et partage des imaginaires, des fictions communes du projet.
Ce groupe qui se réunit et tisse différents types de liens produit pour moi une sculpture dans l’espace et dans le temps.
Ce qui est particulier, c’est que cette sculpture continue à se transformer au-delà du projet.
LIBERTÉ FRATERNITE ADELPHITÉ en est un exemple.
C’est précisément ce lieu qui me fascine et m’intéresse pour le vivre de différentes manières.
Projet réalisé dans le cadre du 1% artistique.
Remerciements à l’école supérieure d’art et de design de Nancy