Eva
Taulois

MÀJ . 01.07.2022

Le Club

29ème résidence, les Ateliers des Arques.

Une proposition de Solenn Morel avec Io Burgard, Chloé Dugit-Gros, Dominique Giliot, Yoan Sorin et Eva Taulois

Le club, c’est un petit monde, constitué au départ de cinq artistes, Io Burgard, Chloé Dugit-Gros, Dominique Gilliot, Yoan Sorin, Eva Taulois et d’une commissaire, moi. Peu d’entre eux se connaissaient, mais tous étaient liés par le même goût de l’aventure - pas celle qui s’épanouit dans les grands espaces ni dans la conquête, non, celle qui se vit de proche en proche, avec ses camarades, ses voisins, les voisins de ses voisins, et se nourrit de leur inventivité dans toutes les choses de la vie, dépassant largement celles du monde de l’art.
Dans ce village des Arques, à l’abri de tout, nous avions l’intuition que le club encore enfant, pourrait grandir, remplir gros ses poumons et former une belle équipe aimante et accueillante. Durant ces mois de printemps, loin de l’agitation du monde, il pourrait en faire une expérience intense : en respirant le souffle de l’air, en creusant la terre, en déplaçant des pierres, en mimant le courage des oiseaux. De coups dans l’eau en coups de chance, il profiterait de chaque occasion pour élargir son cercle avec tous ceux qui font la vie d’ici.

Ici, dans la périphérie, il trouve l’unité, la cohésion qu’il ne trouve plus vraiment ailleurs. Il regarde comment font les gens dans les autres clubs, qui sont partout. Partout dans les marges, partout ils fédèrent des petits groupes, des petites sociétés solidaires. Ils se réunissent les mercredis ou les dimanches, dans une salle communale, dans un stade de football, au bord d’un étang, dans un bistrot. La vie, là, fait se mélanger les gens. Quelque soit la passion partagée ou l’intérêt commun, ils cherchent ensemble à appartenir au monde, à ne plus se sentir en-dehors. Le club inscrit ces existences dans le temps du récit, il fait décoller le réel des contingences quotidiennes.

Le club est né d’une envie de raconter des histoires, et d’en inventer beaucoup, comme celle d’un Sultan sous les traits d’un faisan doré, de sculptures chantant par le vent, ou encore d’une eau jaillissant d’immenses coquillages bleu de jade. Il se plaît à imaginer des chemins encore plus sinueux que les routes tortueuses du Lot propices aux détours et pauses improvisées. Cette traversée contemplative du paysage nous apprend que toutes les formes de vie ont dû s’associer pour se développer, se transformer, qu’elles sont une lente et inévitable adaptation à l’autre.

Penser avec les autres, faire corps commun, les communautés utopistes, Monte Verita ou les clairières libertaires pour ne citer qu’elles, en ont fait l’expérience à la fin du 19e et au début du 20e siècle ; en prônant un retour à la nature, une vie simple libérée des pesanteurs de la civilisation et des rapports de domination. La nature devient le lieu de l’authenticité, là où tout peut renaître. Le travail ne s’exerce plus en dehors de la vie, à une époque où la révolution industrielle, dans les villes, scinde progressivement les deux. Fuyant cette nouvelle organisation de la production qui tend à séparer le corps et l’esprit, ces coopératives restaurent des rapports harmonieux entre la pensée et le faire.

Le club, à son tour, ponce le bois comme il écrit des chansons d’amour, tisse comme il lit de la poésie, taille la pierre comme il danse sur les hit-parades. La manière est légère, empreinte de nonchalance parfois, mais pourtant il a conscience qu’il se joue ici quelque chose qui n’est pas fini, qui a toujours lieu d’être : penser le monde et tous ceux qui l’habitent en dehors des enjeux de pouvoir. Le club est un hymne au mouvement, au déplacement, à la danse qu’elle soit solo, en duo, ou en groupe, parce qu’on peut être avec les autres, penser avec eux, agir pour eux, n’importe où, et même dans une cabane isolée avec vue sur tout.

Solenn Morel, Les Arques, juin 2019.

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