Eva
Taulois

MÀJ . 01.07.2022

Intersection

Pollen, Monflanquin
Intersection, 2008
Bois contreplaqué, laque glycéro blanche, dimensions variables
Photos : Dominique Delpoux
Pointure n°2, 2009
Installation de 48 chaussures miniatures, dimensions variables
Vue de l’exposition Rentrée, Galerie de l’École Supérieure d’Arts de Brest, 2009
Pointure, 2008
Tirage numérique contrecollé sur dibon, 60 x 90 cm
Sous-bois, 2009
Tirage numérique sur dibon, 60 x 90 cm
Lavoir, 2009
Tirage numérique contrecollé sur dibon, 60 x 90 cm

“Chez Eva Taulois, le vêtement est à la fois central et périphérique. Central parce qu’il se manifeste comme l’élément générateur à partir duquel tout s’engage et auquel tout se rapporte. Périphérique parce qu’il se détache de tout ancrage décisif et ne se laisse saisir que comme un passage où il abandonne beaucoup de son identification. C’est une sorte de MacGuffin c’est-à dire un prétexte qui, selon Alfred Hitchcock, désigne un déclencheur nécessaire pour activer le cours de l’histoire sans avoir une réelle importance en soi. Mais le Mac-Guffin a ici l’allure d’un fantôme. Le vêtement n’est plus qu’une affaire de contours. Une zone d’imprécision l’entoure d’une blancheur absorbante et l’empêche d’avoir une place définitive. Il avance dans l’espace et semble vouloir basculer dans le champ du design. Il a aussi la vitalité et l’originalité d’une écriture qui se mobilise d’abord dans la découpe de sa lumière. Il n’arrive pas à exprimer une fonction consistante, non seulement parce que cette fonction est en elle-même insaisissable, mais parce qu’elle s’est enfoncée dans les profondeurs de la mémoire, si bien qu’on ne peut plus à la localiser.

C’est un outil visuel. Il se veut d’abord aiguillon qui ouvre à autre chose. Sa capacité au changement ne le contraint pas à abandonner son enveloppe originelle, mais à y revenir. Le retour consiste à dépasser le point de départ et à faire de ce point un mélange de décision et d’interrogation, de transmutation et d’imagination qui montre que quelque chose se joue dans ce déplacement sans commencement ni fin. Cet outil est un au-delà du visible. Mais cet au-delà du visible ne peut être atteint qu’à travers le visible. Eva Taulois donne à voir des formes dépliées, figées sur un fil, des formes creusées, vidées, devenues étagères, boîtes ou signes. Des formes mobiles et interchangeables qui affirment une présence à la fois étrange et familière. Elle les propose face à nous, et frappe notre attention sans recours à la démonstration. Tout se fluidifie et se transforme. Tout tient à ce fil, celui de la légèreté – cette pratique de l’écart et de l’envol – et Eva Taulois nous incite à le dérouler.”

Didier Arnaudet, 2008

© Adagp, Paris