Tristan
Deplus

MÀJ . 10.06.2026

Maintenance et gestes mineurs

Résidence de recherche-création Habiter/ Occuper, site du Bois Perrin, 2022

Dans le cadre de la résidence “Occuper/Habiter. Le temporaire et le lieu comme conditions de création” au sein de l’EUR CAPS (École Universitaire de Recherche - Creative Approaches to Public Space) et à travers une immersion longue sur le site du Bois Perrin, je m’attelle à questionner les notions de la maintenance et de l’entretien par une série de gestes mineurs. En réactualisant la figure du concierge : de la remise en état d’objets à l’animation sociale de situations, en passant par l’écoute et l’amplification des bruits du lieu ou encore l’ouverture des portes et fenêtres, il s’agit d’interroger ici comment cohabitent différents degrés de nécessité sur un lieu.

Amplification osseuse, documentation Bois Perrin, 2022

Interphone

On entre aujourd’hui sur le site du Bois Perrin par son ancien accès de service. À côté d’un portail dorénavant ouvert, un vieil interphone est toujours encastré dans le mur d’enceinte, mais ne fonctionne plus. 

Avec l’artiste et performeuse sonore Sonia Saroya, nous démontons puis récupérons le boitier et son électronique, non pas dans l’optique de le remettre en état, mais plutôt d’en faire le support pour un dispositif sonore qui diffusera, de manière aléatoire et interactive, des messages de bienvenue et des bribes de définition à propos des notions de maintenance et d’hospitalité. 
Ces samples sont tirés d’une série d’entretiens réalisés avec les trois concierges (Jade, Gwenola et Nicolas) de l’hôtel Pasteur, en 2023, à Rennes.

Quelques exemples des extraits diffusés par l’interphone :
- “Tu as le droit toi aussi de t’approprier cet espace, de t’en faire un chez toi.”
- “On fait confiance mais pas en se dédouanant”
- “Bienvenue. Vous avez le droit d’être là.”
- “Un concierge c’est une personne qui donne des clés et qui ouvre des portes avec tous les sens que celà comprend.”
- “Concierge c’est aussi prendre soin. Prendre soin du lieu et prendre soin des personnes.”
- “Les personnes, pour qu’elles soient en sécurité, il faut aussi qu’elles soient libres, la sécurité ce n’est pas uniquement mettre des règles et des contraintes, c’est aussi être en capacité d’agir par exemple.”
- ”Comment on cohabite ? On cohabite car il y a un récit commun.”

Avec l'artiste et performeuse sonore Sonia Saroya

Rentrée par accident

Un incident semble s’être produit récemment : un arbre gît dans le parc généreusement arboré du Bois Perrin. Avec l’aide de dix complices et deux jeunes habitants du site curieux de nos agissements, nous parvenons à déplacer et acheminer le tronc sous un préau afin qu’il commence à sécher. Sous la forme d’un chantier-école ouvert, le tronc est ensuite équarri pour devenir tantôt un module de skateboard tantôt une assise, mobilier dont le lieu est dépourvu. L’objet inspire rapidement la construction d’une dizaine d’autres modules qui s’assemblent pour former un skatepark dans la cour de l’école. Elle sera le théâtre de plusieurs événements festifs et de temps conviviaux, invitant les communautés voisines et les occupant.es du lieu à se rencontrer à travers toutes sortes de jeux d’équilibres.

L’école buissonnière

Dans l’ancienne école se trouvent de nombreuses salles de classes équipées de tableaux qui, bien que n’étant plus aux normes (ils datent de l’époque où les institutrices écrivaient à la craie), sont toujours fonctionnels. Le premier des gestes “mineurs” exercé sur place consistera à démonter un de ces tableaux pour l’installer dehors, fixé sur un des murs extérieur de l’école afin de créer un support d’expression.

Passé syndical

Plusieurs anciens panneaux d’affichages syndicaux en bois, où l’on ne trouve plus que des papiers jaunis, sont encore présents sur les murs du Bois Perrin. Un de ceux-ci sera remis en état, puis pyrogravé avec le mot « communication » et ses traductions dans une dizaine de langues parlées au sein du lieu.

3 points

Qu’est ce qu’un panier de basket sans filet ? Afin de remédier à un souci majeur, les artistes Célestine Pelletier et Lise Denise, qui utilisent les fils de scoubidous pour réparer divers objets du quotidien, se lancent dans le tressage de filets afin de les installer sur les arceaux des deux panneaux de basket toujours debouts.

Ménage de printemps

Le Bois Perrin était, il y a encore quelques années, un hôpital pédopsychiatrique. Pour des raisons de sécurité, les fenêtres des bâtiments ne disposent pas de poignées. Seule une clé triangle (d’ailleurs rapidement disparu) permet de les ouvrir. Durant les mois de la résidence, des objets divers et matériaux seront glânés sur le site, puis sculptés afin de réaliser une série de clefs et profiter des joies du dehors. Ces poignées de fenêtre sont ensuite inventoriées, comme l’ensemble des outils mis à disposition par l’EUR CAPS, dans un tableur qui indique leurs états et leurs niveaux d’usures.

L’Abrivélo

Suite à une rencontre entre cyclistes sur site, nous prenons connaissance de l’existence passée d’un atelier de réparation de vélos dans les sous-sols d’un des bâtiments.Une des traces restantes est un vieil abri en train de pourrir. Nous le déplaçons afin de remplacer ses tôles de couverture et lui refaire une étanchéité. La structure sert alors de préau pour les personnes de passage et de cabane de jeu pour les enfants du Bois Perrin. Quelques mois plus tard, des ateliers d’auto-réparation seront régulièrement mis en place et assurés par une occupante des lieux.

Photos : Tristan Deplus