Tony
Regazzoni

NEW . 02.04.2026

Surprise Party

Exposition personnelle à l'Atheneum, Centre culturel de l'université de Bourgogne Dijon
, 2006

Une première exposition a quelque chose d’un rite de passage. Ce qui y était montré tenait de la fête de « prom », d’un enterrement et d’une intronisation symboliques. On quittait un monde, celui des études, pour rentrer dans un autre, celui de l’art. Une table avait été dressée pour l’occasion, sur laquelle s’entassaient des cocktails très étudiés et colorés, ainsi que des sucreries à profusion. Les lignes peintes sur les murs évoquaient elles aussi le vocabulaire de la fête (les serpentins), tout comme les formes déposées au sol, ressemblant à des confettis surdimensionnés, pouvant renvoyer simultanément aux pièces rigoureusement horizontales d’un certain sculpteur minimaliste. Il est permis de voir aussi dans les lignes colorées de la peinture murale un clin d’œil au Maniérisme (les lignes « serpentines » étaient une caractéristique de la peinture de la Renaissance tardive) et, indirectement, au maniérisme de l’art abstrait d’aujourd’hui, lui aussi entré dans l’ère de sa répétition, et de son outrance.

[…] Aujourd’hui, du fait qu’elle est aussi une histoire et pas seulement un genre, qu’elle est devenue par la force des choses un ensemble d’images répertorié dans des livres ou tout autre support, l’abstraction a, paradoxalement, basculé dans le registre de l’imagerie. N’importe quelles formes – carré, rond, ellipse, rectangle, etc. – en un certain ordre assemblées renvoient inévitablement à une composition qui l’a précédée. Mais l’abstraction est également passée dans les mœurs. On la retrouve sur les murs (intérieurs et extérieurs) des bâtiments, sur la signalétique, dans le design graphique, d’espace, d’objet, sur les plateaux de télévision. L’abstraction est devenue séculaire.

L’abstraction, telle que la pratique Tony, est bien une forme de réalisme. Cette phase maniériste et « réaliste » succède à la période héroïque de l’abstraction. Cela ne veut pas dire qu’elle soit moins digne d’intérêt, ou moins estimable. Plutôt que de parler de « post- » et de « néo- » ceci ou cela, avec ce que cela suppose d’historicisme, Tony suggère de parler de la fin d’un « premier épisode ». Lui joue bien entendu dans le sequel, la suite. L’analogie est d’autant plus pertinente en cette ère de « culture B », comme dit John Armleder, et de confusion grandissante entre les mondes de l’art et de l’entertainment.

Extraits du texte de Vincent Pécoil.

Peinture murale
MDF peint
Dessins à l’encre blanche sur papier


Photos : Tony Regazzoni