Tony
Regazzoni

NEW . 02.04.2026

Equinox #02

Installation réalisée dans le cadre de Plastic Queer, AFIAC, 2015
Commissariat : Patrick Tarrès, Magali Gentet et Karine Mathieu

Production : Les Abattoirs, Frac Midi-Pyrénées, Toulouse & AFIAC, Fiac

Dithyrambe

Tony Regazzoni est reçu à Fiac par une famille récemment installée au village et qui vient de rouvrir le café multiservice. Greg, heureux tenancier de ce commerce de proximité, a une solide expérience de la nuit : il fut videur puis organisateur de soirées à Paris et en Île-de-France. Très vite esquissé, le projet de Tony ravit Greg, ça se passe au comptoir du bistrot où il est question de lumière noire et de cocktails fluorescents. C’est la verrière faisant office d’entrée du lieu qui est occultée et transformée en une installation faite d’impressions sur bâches, de sculptures aux formes minimales et aux évocations ambigües, de tabourets reproduisant des colonnes gréco romaines, le tout réagissant à la lumière noire - un concentré de clubbing années 80/90 organisé autour d’un écran plat qui diffuse en boucle le film « Célébration (Petty Dancing) », réalisé par l’artiste cinq ans avant et dont il dit : « Mon appréhension du queer s’est développée grâce à une « famille » que j’ai rencontrée à mon arrivée à Paris il y a 10 ans. J’ai connu et appris ce qu’était le queer non pas à travers des livres mais à travers la fête et les rencontres du week-end. À l’époque, il n’y avait pas encore cet engouement qu’on retrouve aujourd’hui pour cette terminologie de « queer ». Paris n’était pas vraiment une fête, les moments de rassemblements festifs se faisaient rares. Un seul bar et un seul club nous réunissaient chaque week-end, quels que soient notre « genre », notre couleur ou notre sexualité. La fête nous permettait de célébrer nos différences sans le moindre clivage. Tous nous étions beaux dans notre représentation et notre appétit de célébration. C’est donc ce qui m’a porté en réalisant ce film. Rendre hommage à cette beauté qui frôle l’universel, en réunissant une grande partie des protagonistes de cette famille recomposée qui s’est épanouie dans ce mouvement queer et l’a rendu palpable et excitant. » De jeunes gens dansent sur Ocean song de The Miracles Club dans un espace matérialisé par des formes géométriques abstraites faites de matière fluorescente ou de traits de lumière captés par de la fumée. La musique est électronique et les danseurs très éthérés. Equinox est le nom de la boîte de nuit où nous nous trouvons et qui n’en est pas une. C’est juste une image en deux ou trois dimensions dans laquelle nous prenons place pour y participer en adoptant la posture inhérente au dispositif des night clubs où la piste de danse concentre tous les regards périphériques. La géométrie semble tout régler dans la conception de cette œuvre, les mots, les formes, les images et l’organisation de l’ensemble. Ainsi, un équinoxe est un instant de l’année où le soleil traverse le plan équatorial terrestre, mais c’est aussi un des deux points d’intersection de la ligne des équinoxes avec la sphère terrestre. Ces géométries semblent cependant s’apparenter d’avantage au symbolique qu’au formel et l’on se sent parfois dans la peau d’un archéologue à la recherche de sens devant un monument mégalithique de type Stonehenge. Quel est donc le culte auquel nous assistons ? Il y a bien sûr une célébration par le rassemblement périodique d’une communauté qui veut renforcer sa cohésion, ici par la danse, la musique, le culte de la fête, du plaisir et des différences, une sorte de dithyrambe, cet hymne religieux de la Grèce antique, chanté par un chœur d’hommes et accompagné d’une danse représentant l’emprise de Dionysos sur les hommes.

Patrick Tarrès

Video HD couleur, 7’58”Musique originale : The Miracles Club, Portland

Oeuvre produite avec le soutien de la DRAC Île-de-France (ministère de la Culture et de la Communication) et du Parc Saint-Léger, centre d’art contemporain de Pougues-les-Eaux

Photos : Tony Regazzoni