Haie trogne plesse fagot
Hommage au paysage bocager façonné par des générations de paysans de l’île Mouchet.
Dessins, fagots et plantation de haie, dimensions variables, 2025
Le projet : Un pont vert de la Loire aux Ursulines
Le MAT, en partenariat avec la commune Ancenis-Saint-Géréon, invite, à partir de 2025, JBFL duo - Julie Bonnaud et Fabien Leplae -, à dialoguer avec l’écomusée de la Vallée et d’autres acteurs locaux en faveur du maintien de la biodiversité, pour tisser un récit de l’île Mouchet au jardin des Ursulines.
# 1 - Île mouchet - des Ursulines à la Loire
Avec Julie et Fabien, nous marchons sur les bords de Loire, nous faisons le tour de l’île Mouchet à plusieurs reprises. Nous y cherchons Loire qui se perd dans la brume. Elle respire et floute la ligne d’horizon.
# 2 - Des haies en lanières
Nous y observons en compagnie de Gilles Gérard, ancien responsable des espaces verts de la commune et connaisseur de l’île Mouchet ses haies en lanières. Gaële Le Brusq paysagiste et co-présidente du MAT attire notre attention sur la densité de haies exceptionnelle qui caractérise le paysage de lîle.
# 3 - Des trognes remarquables
Julie et Fabien sont fascinés par les trognes de frênes de l’île Mouchet. Ils regardent leurs troncs larges et les écosystèmes qu’ils abritent dans leurs cavités comme des sculptures vivantes. Ces vestiges des pratiques paysannes bocagères de l’île sont le point de départ de leur projet.
# 4 -Des jardins des Ursulines
Le couvent des Ursulines, qui a abrité des religieuses à partir de 1643 à la Davrais était entouré d’une parcelle de 6 hectares qui se composait de plusieurs jardins, de vignes et d’un pré. Dans ce paysage, les trognes avaient probablement déjà leur place. Leur bois servaient de bois chauffage pour les religieuses. La continuité entre le couvent et la Loire étaient davantage liée à ces jardins successifs. Un article de l’Arra, revue d’histoire du Pays d’Ancenis, permet de se figurer une relation d’interdépendance forte et davantage en alliance avec le paysage.
# 5 - Aux espaces morcelés d’aujourd’hui
Peu à peu, le ruisseau et les jardins se sont effacés pour devenir souterrains, tuyaux, buttes et remblais, puis parking, goudron et constructions. La Loire et les Ursulines se sont éloignées dans l’imaginaire du promeneur rendant cette circulation peu engageante.
# 6 - De l’arbre têtard au fagot
Les artistes ont constaté que l’usage du fagot reliait les frênes des bords de Loire aux habitant(e)s de la Chapelle, le fagot sera un motif récurrent du projet et un objet que l’on retrouvera à divers endroits et moments.
# 7 – Fagots sculptures, fagots d’allumage
Une partie du projet est la création de fagots avec diverses variétés de saules récoltées cet hiver. Regroupés chacune en séries de fagots sculptés, certains seront exposés et d’autres brûlés lors de l’intervention culinaire des artistes Camille Orlandini et Corentin Massaux.
# 8 - Et des fagots plantés
Le duo souhaite implanter des fagots de saules vivants qui deviendront un seul et même arbre en moins de dix ans. Les brins se souderont par anastomose, greffe naturelle entre les racines et les brins d’une même essence.
# 9 – Trognes en devenir
Certains fagots seront creux, et n’auront que le pourtour d’un cercle garnis de brins, d’autres pourront être des cercles pleins de brins. Les hauteurs de chaque fagot vivant pourront varier. Ces plantations seront accompagnées d’essence et de variétés de haies bocagères que l’on retrouve en bords de Loire. Le tout formera une haie, les fagots plantés seront conduits en tétard afin d’évoquer les tétards de frênes présents en grand nombre dans les haies de l’île.
# 10 – Le plessage pour retisser une histoire paysagère
Plusieurs années après la pousse de ces arbres de haie, un plessage pourrait être réalisé, ainsi trognes, fagots et plesses seraient réunis dans cette haie durable et qui sera une mémoire du patrimoine des pratiques bocagères. « Créer une trogne : s’engager auprès de l’arbre et engager les générations futures avec cet arbre. »
# 0 – L’exposition comme espace de présentation
L’exposition collective « L’haleine de la rivière » accueille les dessins de la conception de Haie Trogne Plesse Fagot. L’atelier s’invite dans l’exposition dont le temps correspond à celui du dévoilement progressif de cette plantation collective. Un traceur, activé par l’équipe du centre d’art, lève progressivement le rideau sur la planification, reproduisant des dessins partageant l’orchestration de la plantation avec les visiteurs, détaillant ses thèmes et étapes, son implantation spatiale et temporelle…
L’entretien et la conduite de cette œuvre plantée sur une durée étendue sera un support à l’entretien et la création des divers maillages que le projet noue et nouera entre la géographie, les sites à relier et les vivants que cela engage ou met en lumière.
texte : Isabelle Tellier
Une Plantation collective lors du finissage de l’exposition L’haleine de la rivière, le 7 décembre 2025, avec une proposition artistique et culinaire de La nappe.
L’oeuvre plantée est composée d’une ligne ondulante formée par des fagots secs couchés. De part et d’autre de cette mini haie sèche, viennent s’implanter, du nord au sud, les grands fagots vivants de saule, puis les autres arbrisseaux de la haie. L’écartement des végétaux est de 1 mètre maximum, l’orientation suivant un ordre décroissant (du plus grand au plus petit et du Nord vers le Sud), afin que les fagots plantés ne fassent pas d’ombre aux jeunes plants. Les essences proposées ci-dessous sont des essences présentes sur l’île Mouchet. Il s’agit de grands arbustes ou arbrisseaux, elles ont été retenues car elles supportent des sols frais à sec, sont peu exigeantes vis-à-vis de l’exposition. Elles présentent un très bons potentiel de résistance en conditions chaudes et sèches. - Cornus sanguinea (Cornouiller sanguin) - Crataegus monogyna (Aubépine à un style) - Prunus spinosa (Prunellier) - Clematis vitalba (clématite des haies) - Salix atrocinerea (saule noir ou noir cendré) endémique, accepte les terrains relativement secs. - Salix eleagnos - Hedera helix (lierre grimpant) et Vinca minor (petite pervenche) en couvre sol. La végétation herbacée poussent librement sans tonte, à l’exception d’un passage tondu de part et d’autre de la haie.
Haie trogne plesse fagot au fil des saisons