John
Cornu

MÀJ . 28.01.2026

Bau

2025
Tubes et module métal, bâche, chaise moderniste (d’après la chaise Wassily / B3 de Marcel Breuer)
Dimensions variables

Exposition personnelle BAU, 27+, Hangzhou, Chine, 2025

Vues de l’exposition "BAU", 27+, Hangzhou, Chine, 2025
Photos : John Cornu

L’architecture, dans une certaine acceptation, pourrait être considérée comme un type. En effet, si nous disposons d’un plan, des techniques et des matériaux nécessaires, alors il est envisageable de construire plusieurs fois une même maison, un même bâtiment, au même titre qu’il est possible de jouer plusieurs fois une même partition de musique.

Exposée à 27+ à Hangzhou, l’installation Bau, produite à partir de tubes et de connecteurs en acier, ainsi que de toile cirée mise en tension, reprend la forme d’une célèbre architecture de Walter Gropius. Il s’agit de l’école du Bauhaus construite il y a cent ans à Dessau, en Allemagne. Cette dernière est l’un des premiers bâtiments à mettre en œuvre le principe de la façade libre, intégralement transparente, grâce à une structure faite en béton, métal et panneaux de verre.

John Cornu cherche ici à restituer de mémoire la forme de cette architecture iconique, et à la mettre en œuvre sur le rooftop d’un gratte-ciel (dont les fondamentaux de construction coïncident avec cette avant-garde des années 1920/30) situé à Hangzhou — ville réputée pour abriter la China Academy of Art (CAA), l’une des plus grandes écoles d’art de Chine.

Jouant avec une dose d’approximation ou d’adaptation libre propre aux souvenirs, John Cornu opère ici l’inclusion d’une architecture dans une autre architecture. Si la référence à Walter Gropius reste incontournable, et si le fauteuil praticable inclus dans l’installation — modèle Wassily/B3 conçu par Marcel Breuer en 1925-1926 — confirme bel et bien la référence au Bauhaus, l’œuvre affirme un décalage. La question de la reproductibilité technique relève ici d’une réinterprétation.

Le fauteuil utilisé, par exemple, est une réédition achetée sur Alibaba, plateforme de commerce en ligne — dont le siège est basé à Hangzhou — proposant de nombreuses versions des standards du design de Charles Eames, Jean Prouvé, Isamu Noguchi, ou encore d’Eileen Gray… De même, le dialogue entre le bâtiment original, l’œuvre et son site d’apparition affiche des points de conformité/convergence (structure métallique ; caractère orthonormé, aspect chromatique — l’œuvre reprend la couleur des murs extérieurs du centre d’art) ainsi que des oppositions fortes (modification de l’échelle — la structure créée est un modèle réduit de l’école à taille humaine —, orientation non indexée sur la perspective du site, absence de transparence pour les façades qui entraîne un renversement de la notion de visibilité…).

Bau se veut être une traverse entre deux bords, un tiret entre des enseignements artistiques et des zones géographiques. C’est un volume ambigu possédant un squelette d’acier et, en même temps, une précarité matériologique (esthétique du camping avec les bâches tendues). C’est un intermédiaire entre un meuble (on peut penser aux mobiliers de la marque USM Haller) et une architecture moderne et contemporaine.

Si Bau peut s’imaginer dans d’autres lieux, l’installation trouve ici à Hangzhou une façon très singulière de poser un dialogue interdisciplinaire entre art contemporain, design et architecture, principe fondateur du Bauhaus.