La terre a-t-elle couvé ce jardin de couleur ?
Photos : Gwenn Mérel
Artiste topographique, Gwenn Mérel arpente le paysage, observe, prélève, capte l’atmosphère, les couleurs et les lumières des portions de nature parcourues. Les éléments iconographiques capturés sont le point de départ de son travail plastique, utilisant différents médiums. Elle s’adonne en particulier au dessin et à des techniques ancestrales telles que la broderie, le tricot et le travail du tissu. Des ouvrages qui demandent concentration et patience, un labeur qui contraint à prendre le temps.
En résidence à L’aparté, Gwenn Mérel poursuit ses recherches et ses expérimentations sur le paysage. L’artiste s’imprègne de l’environnement immédiat de Trémelin et la Chambre au loup à Iffendic pour développer sa série de dessins composés de petites croix au crayon de couleur sur papier coloré, commencée lors de sa résidence à la Galerie des Petits Carreaux à Saint-Briac-sur-Mer au printemps 2019.
Dans la continuité de son rapport aux techniques « domestiques », en ce qu’elles se pratiquent dans l’intimité du domicile, Gwenn Mérel a cultivé des plantes pendant le temps de sa résidence et réalisé des oyas-sculptures qui permettent d’irriguer la terre régulièrement et avec parcimonie. Cet ensemble de plantations et d’oyas est disposé au cœur de la salle d’exposition, sous un puits de lumière naturelle. Ce paysage « macro » dialogue avec le panorama extérieur du lac de Trémelin que l’on aperçoit à travers les vitres.
Sophie Marrey, chargée de la programmation et de la médiation, 2023
Sculptures en terre cuite, bac en bois, terre et plantes
Dimensions variables
Production : L’aparté, lieu d’art contemporain
Entre Glaine et Futaie, 2023
Polystyrène extrudé, molleton de polyester, tissus divers,
Dimensions variables
Production CAC Pontmain
Sculptures en terre cuite, bac en bois, terre et plantes
Dimensions variables
Production : L’aparté, lieu d’art contemporain
Cancale, Le Hock, 2020
Crayon de couleurs sur papier bleu, 40 x 30 cm
Collection FRAC Bretagne
Le Grand Vaupiard, 2019
Crayon de couleurs sur papier saumon, 29,7 x 21 cm
Collection privée
Boutavent, 2023
Crayon de couleurs sur papier vert, 29,7 x 21 cm
Production : L’aparté, lieu d’art contemporain
Britzer Garten, Berlin, 2022
Crayon de couleurs sur papier rouge, 31 x 65 cm
Sculptures en terre cuite, bac en bois, terre et plantes
Dimensions variables
Production : L’aparté, lieu d’art contemporain
Sculptures en terre cuite, bac en bois, terre et plantes
Dimensions variables
Production : L’aparté, lieu d’art contemporain
Sculptures en terre cuite, bac en bois, terre et plantes
Dimensions variables
Production : L’aparté, lieu d’art contemporain
Rue Jean Marin, 2023
Crayon de couleurs sur papier orangé, 65 x 50 cm
Production : L’aparté, lieu d’art contemporain
Sculptures en terre cuite, bac en bois, terre et plantes
Dimensions variables
Polystyrène extrudé, molleton de polyester, tissus divers,
Dimensions variables
Production CAC Pontmain
Sculptures en terre cuite, bac en bois, terre et plantes
Dimensions variables
Production : L’aparté, lieu d’art contemporain
Sculptures en terre cuite, bac en bois, terre et plantes
Dimensions variables
Production : L’aparté, lieu d’art contemporain
Sculptures en terre cuite, bac en bois, terre et plantes
Dimensions variables
Production : L’aparté, lieu d’art contemporain
Sculptures en terre cuite, bac en bois, terre et plantes
Dimensions variables
Production : L’aparté, lieu d’art contemporain
Édition réalisée en résidence à L'aparté, lieu d'art contemporain de Montfort Communauté
Texte : Véronique Boucheron
Graphisme : Atelier Wunderbar – Richard Louvet
Imprimé à Media Graphic, Rennes
en marchant en dessinant en jardinant
Gwenn Mérel prend son temps et nous invite à en faire autant.
Découvrir l’univers artistique de Gwenn Mérel, c’est prendre le temps de la promenade, corps et âme, prendre le risque de l‘errance entre intérieur et extérieur, entre jardin et paysage, c’est vivre une expérience esthé- tique où contemplation rime avec action, où le jardinage tutoie le dessin de paysage, où la fabrication artisanale rencontre la performance.
Elle nous offre le paysage dans tous ses états, représenté ou à expérimenter seul ou collectivement, nous invite à emprunter des chemins de traverse.
De l’observation à la contemplation, ça circule
Pendant sa résidence à Trémelin, Gwenn Mérel a exploré le territoire, en marchant à la rencontre des vivants qui habitent ici, en dessinant aussi, et en jardinant encore.
Elle dessine ici un paysage d’ailleurs, qu’elle convoque grâce aux souvenirs de sensations colorées par le truchement de photographies comme Rue Jean Marin.
Présent, passé et projection croisent des géographies diverses réunies par cette attention sensible à la présence végétale, atmosphérique et minérale. Le paysage peut aussi voyager, il est interprétation d’expé- riences sensorielles, émotionnelles et spirituelles, y compris celles des autres. Britzer Garten, Berlin, paysage par procuration, né 2 ans après la circulation d’images entre amis en des contextes éloignés, témoigne de ce besoin d’invention de nature, d’escapade.
Le paysage procède, chez Gwenn Mérel, d’une succession d’opérations, de mises à distance, à travers des circulations géographiques et temporelles.
Mêlant réel et virtuel, expérience et idéalisation, le paysage est désir de mise en commun d’un nouvel imaginaire.
À condition de prendre le temps : voir, être et faire.
Du jardin au paysage et retour, le beau et l’utile
Gwenn Mérel a aussi jardiné ici, prenant soin de plantes sur le toit de L’aparté le temps de la résidence. Elle dispose des bacs jardiniers, l’un à l’intérieur pour l’espace d’exposition sous le puits de lumière, deux autres pour le dehors. À l’extérieur dans le jardin le jour, ce jardin nomade rentre le soir. Paysage intérieur et jardin extérieur sont liés par le regard à travers la fenêtre, ouverture sur le monde.
La représentation dialogue avec le jardin qui évolue tout au long de l’été, couleurs et composition comprises.
Ces jardins en bac abritent des oyas, sculptures qui condensent le beau, l’usage et l’imaginaire. En terre cuite, ils permettent une irrigation lente et diffuse, perfusant le végétal de l’élément vital qui pourrait bien devenir rare, l’eau.
Dans l’atelier, ces formes modelées suscitent un imaginaire organique aux accents magiques, telles des incarnations mythologiques. Dans le bac, la terre abrite ces créatures, une part de mystère qui laissera éclore une composition de couleurs, d’odeurs et peut-être de saveurs. Correspondance synesthésique entre intérieur et extérieur.
Geste artistique autant qu’artisanal, le bricolage, dont Claude Levi-Strauss a fait l’éloge, demande expérimentation et répétition jusqu’à l’absorption, temps propice à la méditation.
Contraintes, liberté et imaginaire
Entre Glaine et Futaie, bas-relief molletonné et marqueté semble faire le lien entre un espace mental, celui du paysage occidental pictural, et l’espace réel du jardin et de notre présence.
Chez Gwenn Mérel, tout est lié, tout est mouvement, voire métamorphose, même la représentation figée, cadrée d’un paysage dessiné, brodé, tricoté ou sculpté. L’espace pictural prend du relief, se découpe et déconstruit le cadre de départ. Le dessin contraint par le cadre se libère par répétition laborieuse de croix jusqu’à devenir un espace libre abstrait où règne la couleur. La couleur fait sensation, entre le fond du papier coloré et la couleur crayonnée.
Une œuvre peut en générer une autre. Le bas-relief découpé est la réinterprétation d’une œuvre in situ pensée dans le contexte d’une autre résidence au printemps dernier à Pontmain. Le paysage se régénère, cir- cule et se réinvente, s’adapte à l’instar de l’évolution du vivant.
L’esprit invente des figures en attribuant aux pierres et aux nuages l’intention de représenter des créatures animales ou végétales sous le doux nom de paréidolie.
Véronique Boucheron, 2023