François
Feutrie

MÀJ . 30.10.2020

Cabanes & paysages ambulants en Amériques

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Au sein d’une ferme expérimentale tendant vers la permaculture, Holy Palm Tree s’implante dans un décor urbain au cœur de Los Angeles. Composée d’objets hétéroclites, trouvés en masse sur place mais originaires pour la plupart de Chine, cette installation sacralise le palmier, icône de la Californie à l’étranger. Cet arbre symbolique, illustrant les cartes postales de Los Angeles, souvent accompagné du célèbre couché de soleil, fut importé des Canaries. Considérant une des approches de la permaculture — telle que l’utilisation de matériaux naturels, comme de l’argile et du bois existant naturellement sur le site en petite quantité, pour la construction des différents éléments architecturaux — Holy Palm Tree devient paradoxal entre icône paysager et marchandises importées au sein d’un essai de permaculture.

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Au sein d’une réserve de pampa — se traduisant par champs plats — dans la province de Buenos Aires, la última cortadera interroge une plante native et représentative de la pampa: la cortadera, plus communément appelée en français l’herbe des pampas. Elle est symbole de cette terre fertile du paysage de la province de Buenos Aires qui peu à peu disparait pour laisser place aux champs de culture. Cette plante est d’autant plus intéressante car importée en France au 19e siècle, elle est aujourd’hui, une plante invasive, considérée comme peste végétale, sa commercialisation et sa multiplication est interdite dans certains pays. Elle possède un caractère un peu désuet dans les jardins mal agencés. L’installation, au sein de la réserve — lieu de protection, de sensibilisation et de conservation — met en abyme la cortadera grâce à un système de roseaux en pêle-mêle l’entourant. Cette structure reprend l’aspect agressif de ses feuilles tout en lui offrant un écrin. Puis, elle prolifère et s’étale vers l’extérieur. La última cortadera propose alors un véritable contraste entre sa grandeur et la platitude de la pampa, entre sa protection et son invasion.

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Au sein de la Quebrada de Humahuaca — « Quebrada » désigne un rio entre deux chaînes de montagnes — Elevación por la Pacha Mamá est née dans un champ aride à 2500 m d’altitude dans le village de Tilcara au Nord de l’Argentine. La base de l’installation est en pierre et s’inspire de la forme architecturale des monticules de pierres que l’on trouve ça et là dans les montagnes de cette région. Ces cônes servent d’autels pour réaliser des offrandes d’alcool, de cigarettes, de feuilles de coca, etc. à la « Pacha Mamá ». De plus, l’entrée est étroite et rectangulaire et les murs sont percés de trois fenêtres. Lors de la période tardive (1000-1480 ap. J.-C.), les anciennes maisons en pierre, des ruines partiellement restaurées du village originaire de la Pucara de Tilcara, étaient conçues de cette manière pour garder ou se préserver de la chaleur.

Cependant, durant la construction de notre installation et à cause de la pluie, les murs de l’entrée se sont effondrés et cet aspect est resté en l’état. L’utilisation de branches souples de conifères propose une charpente apparente et élève l’installation vers le ciel. Chacun peut s’aventurer à l’intérieur et s’installer sur le tronc d’arbre pour contempler les alentours ou réaliser une offrande à la Pacha Mamá. Chaque matériau de construction vient uniquement du champ où est réalisée l’installation. Elevación por la Pacha Mamá est une interprétation du paysage local et ancestral. Lors de l’inauguration l’ouvrage a été sacralisé par des offrandes faites à la Terre Mère.

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Chalet Inca a pris toute son ampleur dans le paysage architectural de Samaipata, un petit village dans la région tropicale de Santa Cruz en Bolivie. Cet ouvrage a eu l’appui d’une organisation publique, « Liverarte », qui a pour but de promouvoir l’éducation et la culture à travers une école alternative et des ateliers d’expressions plastiques.

Auparavant, étant une décharge à ciel ouvert, une semaine de nettoyage du terrain extérieur de la « Casa del Arte », espace dédié à « Liverarte », s’est imposée. Puis, l’installation, petit à petit a vu le jour en s’inspirant de deux symboles de Samaipata : le site archéologique « El Fuerte » — ruines Inca — et les chalets bavarois. L’installation Chalet Inca possède trois murs et une entrée qui se prolonge vers l’extérieur. Cette entrée très géométrisée rappelle les cinq portes creusées à même la roche du site « El Fuerte ». Entre 1400 et 1600, les Incas habitaient ce lieu et y donnaient des fêtes pour les dieux en réalisant des offrandes. « El Fuerte » est aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO.

L’architecture de base de l’installation Chalet Inca est surélevée par un toit inspiré de ceux des chalets bavarois. Une colonie allemande a construit un grand nombre de ces chalets européens, dans les montagnes aux alentours de Samaipata. L’installation est en roseaux creux, matériau largement utilisé dans les constructions locales de la région de Santa Cruz. Chalet Inca est une interprétation poétique de la cohabitation de différents styles architecturaux dans le même paysage et de la cohabitation entre différentes époques et traditions qui participent aujourd’hui à la même histoire.

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Coroico est une petite ville de la province de la Paz, dans la région Nor Yungas à 1750 mètres d’altitude à mi-chemin entre les Andes et l’Amazonie. Dans ce paysage tropical, on y trouve haut perchés dans les eucalyptus, les nids du Uchi. Ces nids d’oiseaux, qui sont devenus la source d’inspiration pour la 6e installation el Nido Parásito, ressemblent à des grands sacs tressés de brindilles accrochés aux branches des eucalyptus. L’installation, grâce à un tressage de branches de pins, saisit un siquili, arbre protégeant les plantations de café du soleil. L’arbre, ici, n’est pas le support de la structure, mais il fait partie intégrante de Nido Parásito. L’installation devient parasite du siquili. Toute la création est conçue avec des matériaux naturels et locaux, comme des branches de pins et du fil issu des feuilles de cáñamos. À partir de formes simples du nid de Uchi, Nido Parásito propose des formes nouvelles plus complexes pour laisser libre cours à son imagination.

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Histoires, mythes et légendes émergent de l’île du Soleil, située à 4 000 mètres d’altitude sur le plus haut lac navigable au monde, le Lac Titicaca (côté bolivien). C’est dans ce paysage mystique de l’Altiplano, berceau des civilisations Tiwanaku et Inca que de nombreuses portes célestes se dressent dans les restes des temples de cette région.

On peut citer comme exemples les célèbres portes du soleil et de la lune, du site archéologique situé à côté du village de Tiwanaku. Il existe aussi trois portes de purification à Chincana, haut site archéologique sur l’île du soleil, représentant trois dieux symboles de trois mondes. Le condor représente le monde d’en-haut (le ciel), le puma, le monde d’ici (la montagne) et le serpent, le monde d’en-dessous (souterrain). La septième installation Warawara Punko (Porte des étoiles en aymara) s’inspire de ces dernières par un système de portes encastrées les unes aux autres. Nous pouvons distinguer à l’intérieur de cette unique et grande Porte des étoiles trois niveaux (une petite entrée, une porte intermédiaire et une grande sortie panoramique) qui font écho aux portes de purification de Chincana.

Réalisée en branches d’Eucalyptus récoltées sur une île à une demi-heure de barque de l’île du Soleil, Warawara Punko amène l’observateur à contempler le paysage lacustre ou le paysage astronomique par sa position stratégique sur une ancienne terrasse de cultures (Takana prehispánica).

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Refugio Urbano (Abri urbain) est la construction d’un abri urbain sur le toit du Complejo Cultural Chávez de la Rosa (rattaché à la Universidad Nacional de San Agustín), dans le centre-ville de la deuxième plus grande ville du Pérou, Arequipa.
Cette installation réalisée avec 220 grandes branches d’eucalyptus liées par de la corde naturelle de jute — l’eucalyptus est utilisé localement pour réaliser la charpente des toits des maisons de cette région et des abris pour se protéger du soleil sur les terrasses-toits des habitations — propose une forme globale brute à géométrie complexe basée sur le triangle ; qui pourrait rappeler généralement la forme des toits en France.

Paradoxalement à cette précédente idée, la grande majorité des toits arequipeños sont plats et servent pour beaucoup de terrasses pour faire sécher son linge, vu l’ensoleillement presque annuel dans cette région désertique du Pérou. Refugio Urbano par sa forme, les matériaux utilisés dans sa construction et le sens qui s’en dégage, contraste avec le paysage environnant de la forme arrondie des arches des architectures coloniales (la cathédrale et les vieilles bâtisses) autour réalisées en sillar blanc (pierre volcanique). Trois grandes avancées triangulaires permettent d’observer trois points culminants de la ville : un panorama sur le volcan Misti, un panorama sur la cathédrale et un panorama sur la place des Armes.
Ainsi, entourée des architectures espagnoles réalisées entre le XVIe et le XVIIIe siècle, l’installation Refugio Urbano s’impose dans le paysage local, à la fois comme un abri haut-perché dominant la ville et un refuge naturel intégrée en son sein.


Cabanes & paysages ambulants en Amériques, l’édition, 2011

Cabanes & paysages ambulants en Amériques, 2011
48 pages, 200 exemplaires, A5, reliure piqûre à cheval, tirage offset quadrichromie, papier Novatech Satin 135 g pour les pages intérieures et 250 g pour la couverture, Carnet N°3 — Installations, etc., édité par la Direction de la culture de l’Université, Angers, octobre 2011.

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