Étienne
Bossut

MÀJ . 16.01.2020

« Ceci n'est pas une pipe »

Les titres des sculptures d’Etienne Bossut sont essentiels à la compréhension de son œuvre. C’est avec beaucoup d’attention qu’il les choisit, jouant avec les mots et les formes, faisant référence à l’histoire de la sculpture, de l’art ou du cinéma. Ces titres sont des indices pour nous aider à regarder et à voir. En effet, Etienne Bossut, en moulant des objets de la vie quotidienne pour réaliser ses sculptures, nous entraîne dans un monde qui nous est si familier que notre attention n’est pas toujours en alerte pour saisir tout ce qu’il veut nous montrer.
Lorsque le titre nomme simplement l’objet moulé, Etienne Bossut nous entraîne dans un leurre qui n’est décevable qu’avec attention : Fauteuil (1976), Monochrome (1980), Néons (1986) ou Miroirs (1987) présentent des « coutures » laissées très lisibles afin de rappeler la technique du moulage et ne sont alors que des « images » en trois dimensions de l’objet d’origine. L’artiste joue avec l’objet, se démarquant ainsi fortement du ready-made duchampien et proposant, tel un peintre, une nouvelle interprétation de la réalité. Aucun de ces titres ne permet de discerner que nous sommes devant une sculpture. Il y a homothétie entre le titre et l’objet « représenté ». Cependant Etienne Bossut ne cherche pas à traduire l’effet lumineux du néon ou le jeu de reflets induit par un miroir. Ce sont des indices qui nous permettent de comprendre que nous sommes devant autre chose que ce qui est nommé. Parfois, comme pour Des pots (1995) ou Ma cabane (1996), c’est par la couleur qu’Etienne Bossut initie le déplacement.
En effet, en uniformisant la couleur qu’il donne à toute une série d’objets, il les déréalise et met en évidence alors son travail de sculpteur. C’est avec beaucoup de soin que l’articte choisit ses couleurs. Il a ainsi décliné Monochrome ou Fauteuils en proposant de multiples variations. La couleur introduite aussi dans ses titres est un des indices de lecture de l’œuvre. (…)
Prenant pour source l’histoire de l’art et plus particulièrement celle de la sculpture, Etienne Bossut nous propose Parthénon bidon (1980) en référence au célèbre temple grec, Pâques 81 (1981) qui renvoie aux sculptures que l’on trouve sur l’île homonymique, Bas-relief (1985) où les gravures du microsillon deviennent sculpture sonore puisque le moulage est si fidèle que, placé sur un tourne disque on peut entendre “Si j’avais un marteau”, interprété par Claude François. (…)
Si par le biais du moulage, Etienne Bossut ne réalise que des « images » d’objets, il ne cherche cependant pas à nous leurrer, puisque par différents indices (la couleur, les coutures, la répétition), il indique que ce que nous regardons n’est pas l’objet mais une autre histoire, celle de la sculpture et de notre rapport au monde.

Blandine Chavanne In Etienne Bossut, Souvenirs, Fage Editions, 2010