Charlotte
Vitaioli

MÀJ . 12.12.2022

Garderas-tu cet éclat ?

Garderas-tu cet éclat ? Vues de l'exposition à la fondation Zervos, 2018

Joy, 2018
Céramique, polystyrène extrudé peint
150 x 130 x 150 cm

Saudade, 2018
Tissu peint à l'acrylique
600 x 300 cm

Jane F., 2018
Gouache sur bois
90 x 90 cm

L'odeur du Jasmin, 2018
Peinture sur soie,
270 x 300cm

Vénus, 2018
Laine, mousse
130 x 100cm

Sucre à la crème, 2017
Deux gouaches sur papier
98 x 50 cm

Nymphea, 2018
Laine, mousse
100 x 130 cm
Production : Fondation Zervos
Photos : Charlotte Vitaioli

S’il fallait proposer à Charlotte Vitaioli une marraine artistique, je lui choisirais volontiers Sophie Taeuber-Arp, bien que celle-ci fut plus adepte des expressions abstraites que sa filleule de circonstance qui explore le plus souvent, sans renier pour autant les compositions géométriques, une multiplicité de représentations inspirées de la réalité. Mais l’une et l’autre entrent en totale connivence lorsqu’elles s’accordent l’entière liberté de déplacer constamment leur pratique. Passant du dessin au feutre à l’objet, de l’installation au tissage, de la peinture à la broderie, du tapis au costume… elles transgressent la hiérarchie des catégories académiques, comme les techniques et les frontières entre les arts décoratifs, les arts appliqués et les beaux-arts. Cette attitude, qui accorde à l’artisanat une égale reconnaissance face aux arts dits « majeurs », fait resurgir une tendance ponctuellement repérable dans histoire de l’art, notamment au cours du XIX ème siècle ainsi qu’en France, juste après la Seconde Guerre mondiale. En réaction à l’industrialisation et au développement des fabrications mécaniques, lors de la création vers 1860 du mouvement Arts & Crafts en Angleterre, William Morris et John Ruskin promurent le renouveau des pratiques artisanales traditionnelles, tels l’ébénisterie, le vitrail, la tapisserie ou la céramique, afin de replacer leurs potentiels créatifs dans le cercle des beaux-arts. Renouant avec l’image d’un passé médiéval idéalisé, la fusion des compétences de l’artiste et de l’artisan devait servir de modèle à tous les plasticiens. Bien qu’excluant toutes références aux esthétiques du passé dans leurs créations, les membres du Bauhaus contribuèrent également à cette entreprise de décloisonnement, installant conjointement dans chaque atelier de l’école de Dessau, deux enseignants, un maître artisan et un artiste. Aujourd’hui, comme une réaction à la généralisation des productions numériques, aux créations réalisées par délégation et aux oeuvres usinées en série, par une relance d’intérêt pour le travail de la main, il y a tout lieu de penser qu’un même état d’esprit renoue actuellement avec cet engouement pour des expressions artistiques au plus près de la diversité des matériaux et des matières, plus légitimes à s’intégrer aux espaces de vie domestique.

Texte de Jacques Py pour le catalogue de l’exposition Garderas-tu cet éclat, Fondation Zervos, 2018.

© Charlotte Vitaioli, ADAGP, Paris