Œuvres dans
l’espace public

Hervé
Beurel

Folia

1% artistique, 2010

FOLIA* 2010

Une œuvre double
Mon intervention s’inscrit dans cet axe qui de la rue au jardin passe par le parvis, le sas d’entrée, l’espace d’accueil, le cloître, matérialisant un parcours où chaque étape a son identité, sa fonction. Dans ce cheminement, j’ai privilégié l’espace d’accueil et le cloître autant pour leurs importances à la fois visuelles et fonctionnelles que pour leurs différences. L’un s’inscrivant davantage dans le projet de restructuration et de modernisation, l’autre, dans celui de la rénovation d’un ensemble architectural où le caractère patrimonial du bâtiment s’est affirmé par rapport à la vocation initiale religieuse.

Les photographies utilisées pour ce projet ont été prélevées à l’intérieur d’une chambre anéchoîque**, ou chambre sourde aux parois tapissées de matériaux absorbants en relief verticaux et horizontaux servant à l’étude et à la mesure du son.
Aucune intention esthétique n’a sans doute pris part à la conception de ce dispositif scientifique. Néanmoins, sa forte présence visuelle et graphique, accentuée par les variations d’ombres et de lumières, sa dimension ornementale, sa configuration spatiale l’apparentant à un dispositif scénique, ont contribué à l’élaboration de cette œuvre, en évitant toute simplification illustrative.
La recherche artistique que je mène depuis 1996 autour de l’architecture de l’après-guerre et des grands ensembles a naturellement conforté ce choix. En effet, les reliefs de la chambre anéchoïque présentent de telles similitudes formelles avec les décors muraux et les motifs modernistes que je photographie, qu’il m’a semblé pertinent d’introduire, entre un bâtiment traditionnel et une architecture contemporaine, une esthétique abstraite et géométrique, qui emprunte à l’Op-Art et à l’art cinétique.

Tableau photographique
Dans l’espace d’accueil, la grande photographie relève d’un régime d’image à valeur documentaire. En noir et blanc, descriptive, elle peut se lire comme une amorce visuelle concentrant en elle ce qui va se déployer dans l’espace du cloître par un éclatement de couleurs. Son emplacement n’est pas neutre, il prolonge et multiplie un effet d’emboîtement en jouant d’oppositions entre espace réel et espace figuré, entre plein et vide. Accrochée comme un tableau au mur, la photographie crée un vis-à-vis entre la représentation paradoxalement ouverte d’un espace clos, d’une scène vide et l’espace d’accueil, lieu public de circulation et de rencontre.
L’espace que la photographie décrit crée les conditions d’un dialogue avec celui où l’on se trouve, la regardant.

Partition chromatique
Les galeries du cloître à partir desquelles se distribuent les différents espaces de la cité, s’ouvrent d’un côté par des arcades vitrées sur l’ancien jardin devenu cour et de l’autre s’adossent aux murs de granit percés irrégulièrement de fenêtres désormais obturées. Le niveau du sol ayant été rabaissé de près d’un mètre, chaque porte se trouve surmontée d’une imposte aux dimensions approximativement équivalentes à celles des fenêtres obturées. Ces emplacements « résiduels » découlent directement du projet de restructuration et peuvent être considérés comme des interstices entre le bâti ancien et la nouvelle configuration. C’est là, précisément, que s’inscrit un ensemble de vingt-deux éléments photographiques sur verre.

Inscrite dans chacune des fenêtres, chaque photographie se voit en quelque sorte encadrée par l’architecture même. Les variations chromatiques contribuent à différencier l’atmosphère de chacune des galeries du cloître tandis que les variations graphiques, par les différentes orientations du motif, photographié frontalement ou latéralement créent un rythme au sein du parcours.
Un contraste très marqué entre un univers technologique très coloré et l’austérité minérale du cloître, se voit relativisé par la référence au vitrail, appuyé en cela par la vision en contre-plongée.

Hervé Beurel