Sharon
Kivland

22.03.2023

UN VENT DE RÉVOLUTION

Passerelle Centre d'art contemporain, Brest, 2012

Nana, résumé selon la lumière et les effets d'éclairages y compris les métaphores, 2012

Le roman éponyme d’Émile Zola, est assimilé ou repris selon les lumières et les effets d’éclairage y compris la métaphore. Initialement conçu pour le projet du premier numéro tangible de Crux Desperationis, une revue internationale éditée et publiée par Riccardo Boglione, le travail est devenu plus matériel et aboutit à la mort de son héroïne, bien sûr, tandis que les Prussiens sont aux portes, annonçant les événements de la Commune à venir. Les lampes à gaz étaient, à l’époque, utilisées pour éclairer les passages de Paris, où se trouvaient les premiers magasins de mode, d’articles de luxe et les précurseurs des grands magasins.
Dans les trois séries de textes, Nana se regarde dans un miroir, sous l’œil du comte Muffat. C’est une situation assez banale dans la littérature du XIXe siècle, le miroir servant habillement comme un signe de solipsisme de la femme, de narcissisme, et de sexualité perverse. Nana paraît abandonnée et égocentrique, embrassant son reflet. Texte et image se reflètent ; le pauvre comte est exclu de cette scène de désir, bien qu’il se complaît à être chevauché et cravaché par Nana. Dans le roman, Nana se comporte comme un objet de convoitise, ou comme une forme de marchandise, dans la mesure où elle prend une double forme : physique et de valeur. Elle est objet et porteuse de valeur. Nana n’appartient à personne, et peu importe le nombre de fois qu’elle a ni par combien. Sa valeur réside dans le fait qu’elle peut être échangée, transmise.

Encore un effort, 2012

Encore un effort, 2012
24 pages, impression numérique n/b, 22 x 15,5 cm - 100 exemplaires
Brisbane : Grahame Galleries and Editions

Des femmes et leur éducation, 2008-2012
Robes en lin, broderie à la machine

Des femmes et leur éducation, 2008-2012

Mes Pétroleuses, 2008
Eau-forte sur papier Rives Moulin de Gué, tempera à l'œuf

Noms propres (Ma pétroleuse), 2012
Collier en argent - Édité en 10 exemplaires à l'occasion de l'exposition

Noms propres (Ma pétroleuse), 2006
Collier en argent fait main, boîte recouverte de soie doublée de velours_

Photo : Shavon Kivland

Mariannes, 2008
Feutre découpé au laser

Mariannes, 2008
Feutre découpé au laser

Marianne, symbole de la France est montrée portant un bonnet Phrygien. Les Sans-culottes parisiens exhibaient leur ardeur révolutionnaire et leur solidarité plébéienne en portant le bonnet, qui, pendant la Grande Terreur, était adopté même par ceux qui auraient pu être dénoncés comme des modérés ou des aristrocrates, avides de démontrer leur adhésion au nouveau régime. Mes Mariannes, copiées à partir de planches de mode de 1871, année de la Commune de Paris, se transforment pour ainsi dire toutes en bonnets, voire en silhouettes phaliques, un éponyme d’après Etienne de Silhouette, le Ministre des Finances qui en 1759 imposa des mesures économiques si drastiques sur le peuple français que son nom devint synonyme de tout ce qui était fait à rabais.

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Ma poufiasse, 2008-2012

Ma poufiasse II, 2012

Vue de l'exposition Ma Nana (encore), autres filles, et quelques petites explosions à la galerie des Petits Carreaux, Paris, 2012-2013

Marcel Proust décrit la robe d’Odette dans son roman À la recherche du temps perdu, comme ayant l’apparence d’être composée de pièces différentes mal emmanchées les unes dans les autres :

“mais ne s’attachaient nullement à l’être vivant, qui selon que l’architecture de ces fanfreluches se rapprochait ou s’écartait trop de la sienne, s’y trouvait engoncé ou perdu”

Un pouff est un coussinet qui supporte les mouvements. Ici, il est confectionné de soie rouge avec des rubans de velours noir. Une tournure, en taffetas noir, se réfère au déhanchement et à l’assemblage de grandes quantités de tissu sur les fesses, une forme qui disparaît en 1875, et qui revient en 1885 avec une fantastique exagération. Emile Zola, dans son roman Au Bonheur des Dames, décrit les tournures de crin et de brillanté qui prolongeaient ces manches à balai en croupes énormes et tendues, dont le profil prenait une inconvenance caricaturale. Un joli ruban de velours (fixé par un délicat bouton de verre), copiant la cruelle lame de la guillotine, est modelé, si on peut dire, par une partie d’un cerf naturalisé, sa pauvre tête coupée (ses yeux brillants), tandis que ses sabots sont utilisés pour représenter le corset et la tournure, un triste trophée. Dans son ouvrage Le Livre des Passages (The Arcades Project), Walter Benjamin remarque comment le journaliste Alphonse Toussenel (un fouriériste), qui s’occupait de la rubrique des sciences naturelles dans un journal de mode, considérait la femme comme le médiateur entre l’homme et les animaux, une sorte de décorateur du monde animal, qui en échange dépose à ses pieds son plumage et ses fourrures.

Le lever, 2008
Vue de l'exposition un vent de révolution au centre d'art Passerelle, Brest, 2012

Photo : Nicolas Ollier © cac Passerelle

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Le lever, 2008

Les cinq courts textes, transformés en chapitres déchirés d’un livre, proviennent d’un catalogue de la vente aux enchères de gravures d’après une peinture de Pierre-Antoine Baudouin, le gendre de Boucher, qui, comme son beau-père, dépeint le voluptueux érotisme de l’Ancien Régime. La servante à genoux devant sa maîtresse, tenant sa mule en satin.
“À bas les aristos ! La terreur n’est Autre Chose Que la justice prompte, sévère, inflexible. Tempête à l’horizon !”
Pétition des sans-culottes présentée à l’Assemblée Nationale en 1792.

Mes sans-culottes, 2012
Vues de l'exposition un vent de révolution au Centre d'art passerelle, Brest, 2012

Photo : Nicolas Ollier © cac Passerelle

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La Forme-valeur, 2006-2012
Photo : Nicolas Ollier © cac Passerelle, Brest

Dans La Forme-valeur, il est question de trouver, dans Le Capital de Karl Marx, au chapitre trois sur la valeur d’échange, à la section forme-valeur, une femme qui parle. Cependant, tout ce qui est trouvé n’est qu’un objet, la voix charmante d’une marchandise qui s’élève parmi le chœur des marchandises allant au marché. Si une marchandise pouvait parler, nous dit Marx, elle dirait ceci : ma valeur d’usage peut intéresser les hommes, mais elle ne m’appartient pas comme un objet. Elle continue : ce qui m’appartient en tant qu’objet est ma valeur. Sa valeur, cependant, n’est pas une possession logique, mais ce qui est attribué à ce terme a, en outre, une fonction symbolique. Quelque chose se trouve au-delà de l’objet, et c’est ce qui donne à l’objet sa valeur.

Juin en vacances, 2012
Vidéo
Vue de l'exposition un vent de révolution au centre d'art Passerelle, Brest, 2012

Photo : Nicolas Ollier © cac Passerelle

Juin en vacances (extrait), 2012
Vidéo

Ce court métrage est réalisé à partir d’une cinquantaine d’images extraites de magazines français datés de 1968. Ces magazines sont destinés à l’économie encore ambitieuse de la ménagère de l’époque, qui reste néanmoins tout à fait consciente que le monde est bien plus grand que son désir présumé d’être élégante tout en étant une mère attentive, une femme et une couturière pratique et économe. L’intérêt de ces images était de montrer à l’origine les détails des tenues faites à partir de modèles fournis dans chaque numéro, mais ici, elles deviennent des femmes qui s’éloignent, dos à la caméra, sortant du champ - un peu comme Arletty, à la fin du film Les Enfants du Paradis de Marcel Carné. Toutefois, ces femmes ne disparaissent pas dans la foule, ni ne partent en voiture, en perdant à jamais Jean-Louis Barrault, car elles sont des femmes modernes. Elles disparaissent dans les ténèbres, échappant joliment chaussées ou les pieds nus. Elles sont insouciantes, sans attaches, elles jettent leurs cheveux et ne se retournent pas et ne se donnent pas en spectacle. C’est 1968, une époque de bouleversements politiques et de flux social et l’avenir peut être envisagé différemment.