Delphine
Lecamp

28.11.2025

Delphine Lecamp

Claire Desmitt, 2025

Jeux avec les échelles, les mots et les représentations, travail de la matière, variation des formes ; tels sont les contours de la démarche artistique de Delphine Lecamp, sculpteure des êtres, des choses et des objets du monde, en acier (principalement).
À rebours des modes ou des lubies éphémères de l’art contemporain, son œuvre fondée sur le travail patient et passionné du métal peut se lire comme une exploration minutieuse du monde des choses matérielles et de notre rapport à ces hordes d’objets qui nous entourent. En grand format, les détails nous sautent aux yeux et viennent questionner nos modes de perception du réel en soulignant l’importance de l’accessoire, du petit trait, de la géométrie d’une semelle ou du pli de la tige d’une botte. C’est en ce sens que le travail précis de Delphine Lecamp interroge notre système de hiérarchies et de valeurs entre des objets du quotidien – une paire de lunette, un gilet de protection routière, un tube de rouge à lèvre, des baskets… – et des objets socialement promus et consacrés au rang d’œuvre d’art. Avec humour, malice et détachement, les œuvres de Delphine Lecamp invitent à la réflexion quant au passage de l’un à l’autre état : du banal à l’exceptionnel. De la norme au hors-normes. Mais d’un art semblant prendre les apparences du jeu et de
la légèreté surgit alors l’ironie qui nous aspire vers des questions éminemment plus politiques quant à la valence différentielle des objets, qu’ils soient profanes ou sacrés, et leurs effets sur les individus. Le travail de Delphine Lecamp suspend alors les évidences ; la banalité n’a plus rien de banal, la normalité n’a plus rien de normal et ce sont nos rapports au monde et à nos systèmes de classement qui s’en trouvent totalement bouleversés.