Guillaume
Pinard

UP . 15.09.2022

Vandale, 2013

Vandale, 2013

BBB, centre d’art contemporain, Toulouse.

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Photos : Guillaume Pinard

« Savoir regarder une image, ce serait, en quelque sorte, se rendre capable de discerner là où elle brûle, là où son éventuelle beauté réserve la place d’un «signe secret », d’une crise non apaisée, d’un symptôme. Là où la cendre n’a pas refroidi.»
Georges Didi-Huberman - Penser par les images : autour des travaux de Georges Didi - Huberman, Editions Cécile Defaut, 2006

Ouverture, introduction et invitation à l’exposition, « Vandale », apostrophe brutale et définitive, se révèle être dans le projet de Guillaume Pinard un énoncé ouvert et polysémique. Dans un espace dédié à la création contemporaine et à la présentation de ses œuvres, l’artiste convoque l’idée d’un possible vandalisme, usage courant (incivilités) et culture de la conservation patrimoniale (destruction physique, négation symbolique d’œuvres de l’esprit) mêlés. Depuis son travail artistique, Guillaume Pinard questionne l’acte et le fait culturel, la possible « valeur du pari de l’art ».1

Une trouée dans la cimaise séparant l’espace d’accueil de l’espace d’exposition : si les dimensions réelles sont proches de celles d’un hublot, le visiteur peut vite avoir la sensation de regarder par le trou d’une serrure, attentif, curieux, orientant la position de son corps, organisant la circulation de son regard, à la fois guidé et contraint par l’encadrement. Ouverture, introduction et invitation à l’exposition : s’offre la possibilité d’une expérience physique, intuitive dans la fréquentation des œuvres et de l’espace, où le regardeur est pleinement sollicité - jeux d’échelles, de points de vue, de focales, de relations et libres associations entre les pièces, depuis les choix de l’artiste, depuis ceux du spectateur.
Dans le premier espace d’exposition, trois dessins monumentaux s’imposent dans leur frontalité et verticalité. Une matière noire poudreuse, volatile, déposée à même le mur peut susciter une sensation inhabituelle dans la contemplation du dessin par l’usage décalé du fusain, technique habituellement employée à petite échelle, pour des formats réduits, dans la pratique classique du croquis, du dessin préparatoire. La matérialité même des dessins, la précision et l’échelle des détails réveille une mémoire visuelle qui convoque la peinture classique plutôt que la spontanéité du croquis, dans une tradition d’interventions artistiques à échelle architecturale, de la fresque Renaissance au wall drawing contemporain.
Rudolph, David, Jean-Dominique Auguste… Guillaume Pinard présente des dessins, une sélection affirmée de copie de reproductions d’œuvres (vulgarisation scientifique, élément de langage publicitaire, document personnel de travail…), dans une joyeuse compilation de standards et d’exhumés de l’histoire occidentale de l’art et de la culture populaire contemporaine, il donne matière à des fantômes d’images. Puisant en grande partie dans l’extraordinaire banque d’images et base de référencement qu’est Internet, il rejoue et déjoue la tradition classique de la copie (il ne reproduit pas que les maîtres) et la tradition moderne de la singularité de l’artiste et de la primauté de l’œuvre.
Être absorbé par une image. Guillaume Pinard partage avec le spectateur de son travail le fruit de son observation attentive, de ses digressions réflexives ou de ses approches tactiles. L’attention de l’artiste se concentre dans cette exposition sur des fragments d’œuvres ; plaisir esthétique et jouissance du détail autrement ignoré dans la vision des grandes œuvres de peinture classique ; perception épidermique de la surface dessinée. C’est en amateur (celui qui aime) qu’il regarde les œuvres ; il dessine pour explorer, éprouver la réalité et la densité des signes déployés, exposer permettant qu’un autre que soi-même intègre ce processus.
À échelle du lieu, par associations d’idées et d’images se déploie ainsi une libre composition, incarnation d’une pensée en mouvement. Peintures, vidéos, sculptures sont les contrepoints, bascules et tangentes d’un artiste qui travaille depuis le dessin mais qui pour autant ne s’enferme ni dans une pratique ni dans une esthétique.

Communiqué de presse de l’exposition

1Guillaume Pinard, Un art sans destinataire, Semiose éditions, 2012